La France va se doter de deux bombardiers d’eau supplémentaires. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a signé la commande le 4 juin à Nîmes, en ouverture de la campagne contre les feux de forêt. Modèle retenu : le DHC-515, version modernisée du Canadair, fabriqué par l’entreprise canadienne De Havilland. Montant prévu au budget 2026 : 209 millions d’euros d’autorisations d’engagement. « Il s’agit d’un investissement majeur pour l’État à hauteur de près de 200 millions d’euros », cite franceinfo.
Ces deux appareils s’ajoutent à deux autres DHC-515 commandés en août 2024 dans le cadre du programme européen RescUE, financés à hauteur de 98,8 millions d’euros par la Commission européenne (via la DG ECHO). Ces derniers seront livrés respectivement en avril et novembre 2028. Les deux nouveaux, eux, n’arriveront pas avant fin 2032 ou courant 2033. Soit, au total, quatre appareils commandés à ce stade, pour une flotte cible de seize avions bombardiers d’eau amphibies.
L’urgence du contexte n’est pas difficile à mesurer. L’Office national des forêts a enregistré près de 15 000 départs de feu en France durant l’été 2025, pour quelque 30 000 hectares de forêts et de végétation touchés. Sébastien Lecornu a indiqué depuis l’Assemblée nationale que 14 500 hectares avaient déjà brûlé cette saison, soit trois fois plus qu’à la même date l’année précédente. Des incendies sont en cours dans les Pyrénées-Orientales, mobilisant des centaines de pompiers, des hélicoptères et des Canadair.
Une flotte vieillissante, des commandes à répétition annulées
La France dispose actuellement de 12 Canadair dont l’âge moyen dépasse trente ans. Un rapport du Sénat de 2023 qualifiait la flotte de performante, tout en signalant que « sa mobilisation croissante et le vieillissement constituent des facteurs de préoccupation ». Depuis, la situation ne s’est pas simplifiée.
De Havilland, seul fabricant mondial de ce type d’appareil, avait arrêté sa chaîne de production pendant plus de dix ans faute de clients. Sa relance, en 2025, n’a été rendue possible que par une commande groupée de 22 appareils passée par six États membres de l’Union européenne (France, Italie, Grèce, Espagne, Portugal et Croatie). Emmanuel Macron avait pourtant annoncé dès 2022 sa volonté de renouveler la flotte française. Une première commande avait même été engagée, avant d’être abandonnée : la commission des finances du Sénat a établi qu’un décret d’annulation de crédits de 52,8 millions d’euros, pris sous le gouvernement Attal, avait contraint la Direction générale de la sécurité civile à y renoncer.
Le coût d’un seul DHC-515 donne une idée de l’investissement en jeu. Le Sénat estimait l’ensemble des postes de dépenses pour un appareil autour de 91 millions d’euros TTC, en incluant la TVA à l’importation, les frais de douane et le lot initial de pièces de rechange, en plus du prix d’achat pris en charge par Bruxelles pour les deux premiers.
Nuñez a prévenu que « la France restera particulièrement attentive au respect des calendriers de livraison » : avec des délais s’étirant jusqu’en 2032 ou 2033, le message est adressé autant à De Havilland qu’à l’opinion publique.
Des alternatives françaises encore loin de la production en série
Face à la dépendance vis-à-vis d’un fabricant unique et à des délais de livraison très longs, des industriels français tentent de proposer une solution nationale.
L’entreprise girondine Hynaéro, lancée en 2020, travaille sur le Frégate-F100, un aéronef capable de larguer 10 000 litres d’eau. Son dirigeant, un ancien de l’armée de l’Air et de l’Espace et de la Sécurité civile, avait signé l’an dernier trois lettres d’intention pour 27 appareils avec la Sécurité civile. Kepplair développe de son côté le Kepplair 72, bombardier d’eau multi-rôles de 7 500 litres. Dans les deux cas, une production industrielle n’est envisagée qu’autour de 2030.
Nuñez a dit « compter beaucoup sur le dynamisme des acteurs industriels français », citant explicitement Kepplair et Hynaéro, tout en reconnaissant que leurs productions à grande échelle restent pour l’heure des projets.
Airbus propose également un kit de lutte contre les incendies destiné à l’avion de transport militaire A400M, de type « roll on/roll off » (sans modification de l’appareil), avec une capacité allant jusqu’à 20 000 litres d’eau ou de retardant. L’Espagne a annoncé qu’elle déploierait ce dispositif cet été pour la première fois.
La Fédération nationale des sapeurs-pompiers presse le gouvernement d’agir sans attendre : « La France ne peut pas attendre la livraison de nouveaux appareils étrangers pour préparer l’avenir », a-t-elle indiqué dans un communiqué, appelant à « bâtir dès aujourd’hui une capacité française et européenne de production d’avions bombardiers d’eau ». Elle s’inquiète par ailleurs d’une diminution de 54,7 % de la dotation de soutien à l’investissement structurant des services départementaux d’incendie et de secours.




