Chaque année, employés et employeurs scrutent de près les prévisions salariales. Le dernier rapport du cabinet WTW, intitulé « Salary Budget Planning », éclaire les tendances pour 2026 en France. Réalisée auprès de 944 entreprises du territoire, l’enquête, reprise par BFMTV, montre une orientation assez contrastée : la prudence économique et la volonté de différencier les talents redéfinissent les politiques salariales dans une situation économique fragile.
Où en sont les augmentations salariales ?
D’après WTW, les entreprises en France prévoient une hausse salariale médiane de 3,1 % pour 2026. C’est un peu en dessous de la moyenne européenne (3,2 %) et inférieur à des économies comme l’Allemagne et le Canada (toutes deux à 3,4 %), et surtout aux États-Unis (3,5 %). Moins d’un tiers des entreprises (29 %) envisagent toujours des augmentations générales cette année, contre 61 % en 2025 — une baisse nette.
On observe aussi un réajustement des intentions initiales : en 2025, les entreprises prévoyaient 3,5 % en début d’année mais ont finalement alloué 3,1 %. Pour 2026, les prévisions restent calées sur ce niveau. Les entreprises adoptent une logique budgétaire plus retenue, signe d’une normalisation après la période d’inflation marquée entre 2021 et 2023, et cela se reflète dans les métiers en 2026.
Des augmentations plus personnalisées et une attention à l’équité
On va vers plus d’individualisation des hausses. Khalil Ait Mouloud, directeur de l’activité enquêtes de rémunération chez WTW en France, le dit clairement : « L’enjeu n’est plus d’augmenter tout le monde pour compenser l’inflation, mais de différencier les talents pour soutenir la performance et la transformation des organisations. » En 2026, 46 % des entreprises prévoient d’affecter une partie de leur budget à l’équité interne, principalement pour corriger des écarts salariaux non justifiés entre hommes et femmes. C’est plus que les 40 % enregistrés en 2025.
L’accent est mis sur un arbitrage intelligent plutôt que sur des hausses générales. Ce mouvement vise à récompenser les salariés aux compétences critiques ou recherchées, tout en s’assurant que les écarts de salaire reposent sur des critères objectifs.
Siège social et différences entre secteurs
Les entreprises françaises manifestent une prudence plus marquée : elles prévoient des hausses de 2,0 % pour 2026, contre 2,2 % en 2025. En revanche, les filiales de groupes étrangers opérant en France tendent à proposer des augmentations plus élevées, soulignant les disparités salariales entre acteurs nationaux et groupes internationaux face à une croissance modérée et à la pression des coûts.
Les écarts entre secteurs restent limités : les services, le transport et la distribution tablent sur 3,0 %, tandis que l’industrie et le secteur des Technologies, Médias et Télécoms (TMT) affichent 3,2 %. Ces chiffres traduisent une relative homogénéité, même si certains secteurs bénéficient d’un léger avantage, ce qui témoigne d’une stabilité malgré un climat géopolitique incertain.
Les politiques salariales s’ajustent aussi en prévision de la directive européenne sur la transparence salariale, qui devrait être transposée en droit français d’ici juin 2026, pour garantir une rémunération juste.



