On avait élu un réformateur. Un président libéral, moderne, promettant l’efficacité et la prospérité. Emmanuel Macron devait être celui qui remettrait la France sur ses pieds, le président de la compétitivité, de la responsabilité et du travail. Il incarnait la promesse d’un État allégé, d’une économie dynamique, d’une société réconciliée avec la réussite. Huit ans plus tard, il ne reste rien de ce projet. La France de la réforme est devenue la France du renoncement. Le macronisme est passé du mouvement à l’immobilisme, du courage à la peur.
1. Le président du réformisme devenu gardien du statu quo
Il faut se souvenir de l’élan de 2017. Emmanuel Macron avait su convaincre une majorité de Français qu’il était possible de sortir de la paralysie politique et de la démagogie budgétaire. La flat tax, la réforme du marché du travail, la baisse de la fiscalité du capital, la réforme courageuse des retraites : autant de signaux clairs adressés à la France des entrepreneurs, des salariés, de ceux qui croient à la valeur de l’effort. Et il faut le reconnaître, pendant plusieurs années, les résultats furent au rendez-vous. Le chômage recula, la croissance repartit, les investissements affluèrent. La France, pour un temps, sembla renouer avec la logique de la réussite. Certes, le sociétal fut sacrifié, les fractures culturelles et territoriales laissées en friche, mais l’économie, elle, fonctionnait. Puis vint le grand retournement. L’esprit réformateur a cédé la place à la peur. L’homme du courage est devenu le président du maintien. Ce qui se joue avec le gouvernement Lecornu, c’est la transformation d’un projet de libération en un réflexe de survie. Macron ne gouverne plus, il se cramponne. Il ne réforme plus, il amortit.
2. Lecornu ou le gouvernement de la peur
Le choix de Sébastien Lecornu n’est pas neutre. Il ne s’agit pas d’un choix de politique économique, mais d’un choix de conservation du pouvoir. Macron ne veut ni dissoudre ni s’effacer, il veut durer coûte que coûte. Lecornu est le symbole de cette stratégie : loyal, discret, inoffensif. Un bon soldat qui ne fera pas d’ombre et qui tiendra la maison jusqu’à la fin du mandat. Mais à quel prix ? Sous ce gouvernement, tout ce qui avait été entrepris au nom de la réforme est méthodiquement détricoté. Le cap libéral a disparu, la dépense publique repart à la hausse, les taxes s’empilent, les réformes sont remises en cause une à une au nom d’une stabilité illusoire. Ce gouvernement n’a plus de ligne. Il ne défend ni la gauche ni la droite, ni même le centre. Il défend la survie d’un pouvoir. Et pour cela, il sacrifie tout : la cohérence économique, la parole donnée, l’idée même de la réforme. Lecornu n’incarne pas une politique, il incarne la peur panique de perdre le pouvoir.
3. La République des reniements
Ce qui s’effondre aujourd’hui, ce n’est pas seulement un programme, c’est une promesse morale. Celle d’un président qui se voulait réformateur, courageux, lucide. Celle d’un homme qui prétendait réconcilier l’efficacité et la justice. En réalité, le macronisme a glissé vers son exact contraire : une République de l’équilibre précaire, du compromis mou, du renoncement permanent. On taxe au nom de l’égalité, on dépense au nom de la paix sociale, on subventionne au nom du consensus. L’État ne réforme plus, il redistribue pour acheter la tranquillité. Les réformes libérales sont devenues taboues, le courage politique s’est évaporé, et l’on gouverne désormais à la petite semaine, en espérant éviter la colère du lendemain. Le résultat est cruel : une économie en perte de confiance, des entrepreneurs découragés, des classes moyennes pressurées, un État obèse et inefficace. Le libéralisme de raison, celui qui devait remettre la France au travail, a cédé la place au socialisme résiduel des compromis permanents.
4. Le pouvoir avant les principes
Macron ne veut plus réformer, il veut rester. Il ne veut plus convaincre, il veut durer. Son horizon n’est plus le redressement du pays, mais la préservation du pouvoir. C’est la grande maladie de la Ve République : l’instinct de survie du chef finit toujours par tuer la logique de réforme. Lecornu est son instrument. Il administre la France comme on administre une fin de règne : avec prudence, avec lassitude, avec peur. Les principes fondateurs du macronisme, l’efficacité, le courage, la responsabilité, ont été jetés aux oubliettes au profit d’une politique du moindre risque. Le macronisme n’est plus un espoir, ni même une déception. C’est un déni, celui d’un pouvoir qui ne croit plus à ce qu’il fut, mais qui ne veut pas l’admettre.
5. Le crépuscule du réformisme
Ce qui reste du macronisme, ce n’est pas la réforme, mais son cadavre administratif. La France est revenue à son point de départ : impôts, dépenses, bureaucratie, immobilisme. Tout ce que Macron prétendait combattre triomphe aujourd’hui sous son propre mandat. Le président de la réforme est devenu le gardien de l’ordre établi. Le président de la rupture est devenu le président du maintien. Et cette dérive n’a pas seulement tué la crédibilité du pouvoir, elle a abîmé l’idée même de la réforme en France. La République des reniements est née : un système où l’on promet la réforme pour mieux la fuir, où l’on parle de liberté tout en renforçant la dépendance, où l’on se dit moderne tout en ressuscitant les vieux réflexes de la dépense publique. Emmanuel Macron avait promis la révolution du pragmatisme, il aura offert la revanche du conformisme.



