Made in France : ce que les usines d’ustensiles disent vraiment de notre souveraineté

La souveraineté ne se joue pas seulement sur des produits stratégiques comme les batteries ou les médicaments. Elle se joue aussi sur les biens du quotidien

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Industrie : les investissements en forte hausse en 2021
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Le Made in France n’est pas un slogan : c’est une réalité industrielle complexe, faite de compromis, de choix stratégiques et d’investissements continus. Et s’il est un secteur qui illustre parfaitement les défis et les opportunités de la souveraineté productive française, c’est celui — étonnamment — des ustensiles et appareils de cuisine. Poêles, casseroles, robots, bouilloires, multicuiseurs : derrière ces objets ordinaires se cache un enjeu géopolitique majeur. Leur banalité même masque une évidence : lorsque ces produits sont fabriqués loin, c’est un pan entier de l’autonomie économique qui se délite en silence.

Le Groupe SEB incarne l’un des modèles les plus solides de ce Made in France. Non pas un patriotisme de façade, mais une stratégie industrielle assumée : maintenir des usines en France, maîtriser une partie de la chaîne de valeur, investir dans la modernisation des outils de production, sécuriser les approvisionnements, former les compétences, exporter depuis le territoire national. Là où de nombreux concurrents ont massivement délocalisé (à l’image de certaines gammes Bosch, Philips ou Salter), SEB a fait un choix contre-intuitif : rester. Et non seulement rester, mais investir, moderniser, robotiser, renforcer les équipes, et multiplier les coopérations locales avec les territoires et les filières.

Pourquoi cela fonctionne-t-il ? D’abord, parce qu’une part significative de la valeur ajoutée se crée réellement en France : conception, design, industrialisation, assemblage de plusieurs gammes, développement des revêtements, tests de fiabilité, pilotage des normes. Ensuite, parce que les sites français sont devenus extrêmement performants : robotisation, automatisation, maîtrise thermique, récupération énergétique, réduction des défauts, capacités de petites séries. Ces usines ne sont pas des survivances ; elles sont des vitrines technologiques. Certaines lignes de production sont aujourd’hui considérées comme des références en Europe, notamment pour la stabilité thermique, la précision des emboutissages ou la durabilité des revêtements antiadhésifs.

Ce modèle s’avère particulièrement résilient dans les périodes de crise. Quand le coût du fret explose, produire localement devient un avantage. Quand les chaînes logistiques mondiales se grippent, l’intégration joue comme un amortisseur. Quand l’énergie augmente, les investissements déjà effectués dans la sobriété énergétique payent immédiatement. Quand les normes européennes se durcissent, disposer d’équipes locales capables d’adapter les process en direct devient un avantage stratégique. Là où certains concurrents ont subi des ruptures brutales, les usines françaises du Groupe SEB ont continué à produire, preuve concrète de ce que signifie une souveraineté industrialisée et non théorique.

La souveraineté ne se joue pas seulement sur des produits stratégiques comme les batteries ou les médicaments. Elle se joue aussi sur les biens du quotidien, ceux qui circulent dans tous les foyers et qui représentent des millions d’unités. Une filière de la casserole, de la friteuse, du robot cuiseur crée une autonomie industrielle essentielle : elle garantit l’accès à des produits fiables, durables, réparables, à un coût maîtrisé. Elle permet aussi de protéger des savoir-faire — métallurgie fine, revêtements techniques, assemblage de précision — qui seraient autrement partis à l’étranger et difficiles à reconstituer.

Le groupe Lyonnais illustre une autre dimension clé : l’effet d’entraînement territorial. Autour de chaque site se structure un tissu de sous-traitants (métallurgie, plasturgie, emballage, logistique), de centres de formation, d’ateliers de maintenance, d’entreprises de traitement des déchets. Une usine de casseroles n’existe jamais seule : elle est au centre d’un écosystème. Quand cette entreprise investit dans une nouvelle ligne à Rumilly ou Tournus, c’est toute une région qui suit. Les collectivités bénéficient de retombées économiques, les écoles techniques adaptent leurs cursus, les sous-traitants montent en compétence, et des emplois non délocalisables se consolident. Pour beaucoup de territoires cette présence représente non seulement une activité économique, mais une forme de stabilité qui n’a pas de prix.

L’Europe discute aujourd’hui d’une stratégie industrielle commune. Le « cas SEB » fournit un exemple concret de ce que pourrait être une souveraineté économique réaliste : un modèle intégré, durable, piloté, qui n’oppose pas compétitivité et ancrage territorial. Un modèle où le Made in France n’est pas un supplément d’âme, mais un outil stratégique. Un modèle où la casserole devient, malgré elle, un symbole politique. Un symbole silencieux, quotidien, qui résume pourtant une équation essentielle : un pays souverain est un pays qui sait encore fabriquer les objets dont ses citoyens se servent tous les jours.

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