La campagne présidentielle américaine de 2016 a révélé un nouveau front dans la guerre de l’information: l’intervention de l’Internet Research Agency (IRA), une organisation Russe, a démontré la puissance de l’intelligence économique appliquée à la manipulation politique. Cette agence auparavant inconnue a utilisé des stratégies sophistiquées pour influencer l’opinion publique américaine et favoriser la candidature de Donald Trump. Au cœur de la stratégie déployée par l’IRA, l’intelligence économique a joué un rôle prépondérant, tel un coup de maître qui a su ébranler les fondations du leader mondial. Cette manœuvre, d’une finesse et d’une précision inégalées, a marqué les esprits, révélant au grand jour la puissance insoupçonnée d’une guerre de l’ombre menée sur l’échiquier numérique.
Les Manœuvres d’Influence de l’IRA: Au-delà des Simples Sites Web
A travers l’exploitation des réseaux sociaux et par sa stratégie sociale complexe, L’Internet Research Agency (IRA), a orchestré une campagne de désinformation sans précédent, exploitant en particulier les réseaux sociaux comme tremplin pour influencer la campagne présidentielle américaine de 2016. Cette stratégie, fondée sur la création et l’utilisation massive de faux comptes et de pages thématiques (on a compté à travers notre enquête près de 400 faux sites internet a but d’influence), visait à diffuser de fausses informations, à amplifier les tensions sociétales et à polariser l’électorat. Au-delà des sites Internet, on a retrouvé la trace d’événements politiques organisés par l’IRA, ou encore des masses de bots (faux comptes de réseaux sociaux) ayant pour but de diffuser et amplifier le contenu polarisant. En fait, la stratégie Russe s’est appuyée sur trois outils : des tentatives d’intrusion dans l’infrastructure des systèmes de vote, la diffusion d’e-mails du Parti démocrate volés par piratage, et une campagne sur les réseaux sociaux.
En se faisant passer pour des citoyens américains, ces comptes ont publié, partagé et promu des contenus créant la confusion, exacerbant les clivages politiques et sociaux existants. On a noté que les partis politiques étaient de plus en plus éloignés. Et les militants d’un camp politique ne pouvaient plus accéder aux opinions adverses. Cette manipulation soigneusement orchestrée n’avait pas seulement pour but de favoriser un candidat par rapport à un autre ; elle cherchait également à miner la confiance dans le système électoral américain lui-même. L’une des tactiques les plus pernicieuses de l’IRA a été son habileté à cibler des groupes spécifiques d’électeurs grâce à l’analyse de données volumineuses, cette technique a donc permit une personnalisation poussée de la désinformation. Ces campagnes ciblées ont utilisé des algorithmes pour identifier les susceptibilités des individus et des groupes, en fonction de leurs préférences politiques, démographiques et sociales, pour ensuite leur présenter du contenu conçu pour résonner avec leurs croyances ou pour les inciter à la méfiance.
Par cette méthode, l’IRA a réussi à faire basculer les avis à l’intérieur même du débat public, à influencer les perceptions et, potentiellement, à orienter les comportements de vote, exploitant les vulnérabilités de la société américaine dans un contexte déjà polarisé. Roman Bornstein, directeur des études internationales Pour l’OBS estime qu’environ 126 millions d’américains ont été directement ou indirectement impacte par les manipulations de l’agence Russe.
Des Thèmes Clivants au Cœur de la Stratégie d’Influence de l’IRA
L’impact des stratégies d’influence de l’Internet Research Agency dépasse la simple diffusion de fausses nouvelles. En s’attaquant aux lignes de fracture de la société américaine – race, immigration, droits des armes, entre autres – l’organisation a amplifié les divisions, attisant la peur, la colère et le ressentiment. Ces tactiques ne visaient pas uniquement à soutenir un candidat ou à en discréditer un autre; elles cherchaient à éroder les fondements de la cohésion sociale et à affaiblir la démocratie de l’intérieur. En exacerbant les tensions préexistantes, l’IRA a créé un environnement propice à la manipulation politique, où la vérité devenait difficile à distinguer de la fiction, et où le discours public était de plus en plus influencé par des acteurs étrangers agissant dans l’ombre. L’utilisation stratégique des outils d’intelligence économique par l’IRA, notamment l’analyse comportementale et le ciblage précis, a permis une diffusion efficace de leur message. En se basant sur des données récupérées sur les réseaux sociaux, l’agence a pu personnaliser ses campagnes de désinformation pour toucher des audiences clés, exacerbant ainsi les clivages politiques et sociaux. Cette approche a non seulement facilité la propagation de la désinformation mais a également rendu sa détection et sa réfutation beaucoup plus complexes. La sophistication de ces stratégies souligne l’importance cruciale de la vigilance, de l’éducation aux médias et de la régulation des plateformes numériques comme moyens de défense contre la manipulation de l’opinion publique par des puissances étrangères
L’IRA et l’Art de l’Infiltration: Intelligence Économique au Cœur des Infrastructures Électorales
Trente des cinquante Etats américains utilisent des machines de vote électronique, dont certaines ne conservent aucune trace papier des votes enregistrés, rendant impossible une vérification fiable.
Or ces machines sont vulnérables aux intrusions, les unes se servent de bornes wifi, les autres opèrent leurs mises à jour par des logiciels téléchargés sur internet. « Impossible de s’assurer que, sur les milliers de salariés concernés [des entreprises prestataires de ces ordinateurs de vote], aucun ne finisse par cliquer sur le lien d’un mail d’hameçonnage. Un rapport du Comité spécial du Sénat des Etats-Unis sur le renseignement, publié en juillet 2019, indique que la totalité des 50 Etats américains ont été victimes de tentatives de pénétration de la part de cyber acteurs russes avant l’élection de 2016. Les pirates russes n’auraient pas été en mesure de modifier les votes, mais ils étaient en mesure de modifier ou de supprimer les données d’inscription des électeurs. De même, dans un pays où le résultat dépend d’une poignée d’électeurs et d’Etats comme la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan ont basculé pour Trump, avec 0,2 % à 0,7 % d’avance en voix, en effet, Roman Bornstein explique a travers son étude que seuls un infime changement de moins d’1% peut suffi à changer tout un état, exploitant les faiblesses du système américain.
Des unités du renseignement militaire russe (GRU) se sont infiltrées dans les ordinateurs et les comptes e-mails d’entités de la campagne Clinton, dont son directeur de campagne en 2016 (John Podesta). Dès l’été 2015, les mêmes agents avaient pénétré dans deux structures du Parti démocrate, y volant des centaines de milliers de documents. La diffusion des documents les plus gênants pour la candidate a ensuite été menée en simulant les méthodes des lanceurs d’alerte.
Ces techniques d’intelligence économique sont encore d’actualité, bien que plus anticipables aujourd’hui par les différents États. On peut également souligner le fait que ce cas peut se reproduire pour le retour de Trump en 2024 ou encore dans d’autres campagnes occidentales, en exploitant un maximum d’outils possibles, excluant bien sûr la faiblesse du système d’États américain.
Matthieu Peres
Sources :
« Senate Intelligence Research Report: Russian Influence on the US Election. » CNBC, 17 Dec. 2018,
www.cnbc.com/2018/12/17/senate-intelligence-research-report-russian-influence-us-election.html.
« Russian Trolls Who Interfered in 2016 U.S. Election Also Made an Impact in 2020. » NBC News,
« Comment l’agence de propagande russe sur Internet a tenté d’influencer l’élection américaine. »
Le Monde, 17 Feb. 2018,
« Ingérence : comment la Russie a biaisé la campagne de 2016 au profit de Trump. » Nouvel Obs, 8 Apr. 2020,
« Un an après l’adoption de l’IRA, les ‘Bidenomics’ à l’épreuve de la campagne électorale. » Les Echos, www.lesechos.fr/monde/etats-unis/un-an-apres-ladoption-de-lira-les-bidenomics-a-lepreuve-de-la-campagne-electorale-1970233.
« Ingérences russes dans l’élection présidentielle américaine de 2016. » Wikipédia,

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