Depuis début mars 2026, les tensions au Moyen-Orient et les perturbations du commerce maritime international font craindre une nouvelle hausse des prix alimentaires. La situation concerne en particulier le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour l’énergie et certains produits indispensables à l’agriculture. Cette situation survient alors que les prix de l’alimentation étaient déjà repartis à la hausse. L’indice mondial des prix alimentaires a atteint 125,3 points en février 2026, soit une augmentation de 0,9 % sur un mois selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Si les tensions actuelles se prolongent, plusieurs mécanismes pourraient faire grimper les prix dans les mois à venir.
Les prix des engrais en hausse, un impact direct sur le coût de l’alimentation
Le premier facteur concerne les engrais, essentiels à la production agricole. Sans fertilisants, les rendements agricoles diminuent et les coûts de production augmentent. Or une grande partie du commerce mondial d’engrais dépend du détroit d’Ormuz. Environ 33 % du commerce maritime mondial d’engrais, soit près de 16 millions de tonnes, transitent par cette zone stratégique selon l’UN Trade and Development. Lorsque les tensions perturbent les routes maritimes ou la production dans la région, les prix des fertilisants montent rapidement.
Les effets se font déjà sentir. Reuters rapporte que certains engrais importés aux États-Unis ont vu leur prix passer de 516 dollars à 683 dollars la tonne métrique en quelques jours. L’urée, un fertilisant très utilisé dans le monde, a également augmenté d’environ 80 dollars par tonne, soit près de 73 euros. Cette hausse intervient au moment où les agriculteurs achètent leurs engrais pour les semis de printemps dans l’hémisphère Nord. « Cela ne pouvait littéralement pas arriver à un pire moment de l’année », a expliqué l’analyste Josh Linville selon Reuters. Si les agriculteurs paient leurs intrants plus cher, ils devront ensuite répercuter une partie de ces coûts sur le prix des récoltes.
Le prix de l’énergie influence toute la chaîne alimentaire
Le deuxième facteur concerne le pétrole et l’énergie. Le transport des produits agricoles dépend fortement du carburant, que ce soit pour les tracteurs, les camions, les navires ou les systèmes de réfrigération. Le 12 mars 2026, le prix du pétrole Brent atteignait 100,52 dollars le baril, soit environ 92 euros, après avoir atteint 119,50 dollars quelques jours plus tôt. Lorsque l’énergie devient plus chère, tous les maillons de la chaîne alimentaire deviennent plus coûteux.
Les distributeurs et les industriels doivent alors absorber ces dépenses supplémentaires ou augmenter leurs prix. Dans certains cas, le transport représente entre 5 % et 10 % des coûts d’exploitation d’un distributeur explique Reuters. Une hausse durable de l’énergie peut donc rapidement se répercuter sur les prix dans les supermarchés.
Les organisations agricoles européennes alertent déjà sur ce risque. « Une spirale inflationniste tirée par les coûts semble presque inévitable, en commençant par la hausse du transport qui affecte toute la chaîne, de la ferme à la table », a déclaré Massimiliano Giansanti, entrepreneur agricole.
Des perturbations du commerce mondial qui limitent l’offre et des marchés agricoles déjà orientés à la hausse
Les tensions internationales perturbent également la production et l’approvisionnement mondial en intrants agricoles. Certaines installations industrielles ont dû ralentir ou arrêter leur production.
Reuters rapporte par exemple que QatarEnergy a interrompu la production du plus grand site unique d’urée au monde après la perte de son approvisionnement en gaz, ce qui réduit l’offre mondiale d’engrais. Dans le même temps, plusieurs usines ont dû réduire leur production dans certains pays. L’Inde, par exemple, dépend fortement des importations d’engrais du Moyen-Orient : plus de 40 % de ses achats d’urée et d’engrais phosphatés proviennent de cette région.
Un autre élément renforce les inquiétudes sur l’évolution des prix alimentaires : les marchés agricoles avaient déjà commencé à remonter avant la crise actuelle.
Selon la FAO, plusieurs catégories de produits ont enregistré des hausses en février 2026. Les prix des céréales ont progressé de 1,1 %, les huiles végétales de 3,3 % et les prix de la viande de 0,8 %. Les prix étaient donc déjà orientés à la hausse avant les perturbations liées au conflit. Si les tensions énergétiques et logistiques se prolongent, elles pourraient amplifier cette tendance.


