Depuis qu’Olivier Faure dirige le Parti socialiste, il semble s’être donné pour mission de le transformer en version pâle d’une gauche plus radicale que lui. Problème : le PS fut historiquement un parti de gouvernement, ancré à gauche mais compatible avec l’exercice du pouvoir et le compromis central. À force de vouloir le gauchir, sa direction découvre aujourd’hui une vérité simple : plus on s’éloigne du centre de gravité électoral, plus le parti disparaît. Et le plus étonnant reste que, face à cet échec manifeste, personne à sa tête ne paraît en tirer la moindre conclusion.
Politique politicienne et tripatouillage d’arrière cuisine
Il fut un temps où le Parti socialiste incarnait une certaine idée du pouvoir : austère, technocratique parfois, mais convaincu d’être né pour gouverner. Aujourd’hui, il donne plutôt l’impression d’un locataire en colocation idéologique, prié de demander la permission à LFI avant de présenter un candidat. D’où la question, perfide mais inévitable : PS veut-il encore dire Parti socialiste, ou bien Parti soumis ? Le plus savoureux est que la base militante, elle, semble a conservé son bon sens. Une majorité ne souhaite pas d’accord durable avec La France insoumise, formation qui confond souvent radicalité verbale, programme politique et qui maintenant flirte avec la violence en maintenant Raphael Arnault le leader de la Jeune Garde dans son groupe parlementaire. Mais à la tête du PS, Olivier Faure paraît avoir choisi une stratégie de reddition préventive : accepter des alliances ponctuelles avec LFI, pourvu que ses élus jurent, la main sur le cœur, qu’ils renoncent à la violence. C’est une approche innovante : on ne condamne plus les pratiques, on négocie leur suspension temporaire, un peu comme on demanderait à un cambrioleur de promettre de ne voler que les week-ends. L’éthique ? oui pas trop quand même. Cette posture a quelque chose de troublant. Elle ressemble moins à une stratégie qu’à une abdication. Face aux ambiguïtés de certains partenaires, le PS ne proteste pas : il s’adapte. L’histoire jugera peut-être que c’était de la souplesse. Pour l’instant, cela ressemble surtout à une disparition progressive.
Histoire d’une chute
Le paradoxe est cruel : le Parti socialiste fut historiquement un parti réformiste, un parti de gouvernement, construit sur l’idée d’une transformation sociale par l’État, la redistribution et l’action publique. François Mitterrand l’avait compris avec son fameux programme commun : s’allier pour mieux dominer, absorber pour mieux survivre. Olivier Faure, lui, semble avoir retenu la première moitié de la leçon sans comprendre la seconde. Résultat : le PS s’allie… mais se fait absorber. Le cheminement idéologique n’aide pas. Après avoir quitté la gauche sociale classique, celle du travail, des salaires, de la protection sociale, le PS a tenté une conversion vers une gauche davantage sociétale en flirtant avec le wokisme, puis vers une coalition mouvante où écologistes radicaux et insoumis fixent l’agenda. Cette succession de virages a produit un résultat simple : plus personne ne sait ce que le PS défend, sauf peut-être sa propre survie organique. Les électeurs, eux, ont déjà rendu leur verdict. Le score d’Anne Hidalgo à la présidentielle, 1,7 %, restera comme un accident industriel. Un grand parti de gouvernement réduit à une note de bas de page. Et pourtant, la situation politique actuelle pourrait théoriquement offrir au PS une opportunité : la fatigue vis-à-vis du macronisme et la place laissée libre pour une gauche réformiste crédible. Mais encore faut-il un capitaine qui veuille diriger le navire vers le large. François Hollande, quoi qu’on pense de son quinquennat, incarnait encore une gauche identifiable et compatible avec l’exercice du pouvoir. En comparaison, la direction actuelle donne l’impression d’un parti qui a confondu radicalité verbale et stratégie électorale. Ce n’est pas les outrances des Zucman et Piketty qui crédibilisent le PS. Faire du social ne veut pas dire faire de la démagogie en hurlant qu’il faut taxer les riches. Le PS c’est un subtil mélange de pragmatisme et d’idéalisme, une recette complexe permettant de faire une coalition rassemblant une gauche très rose tendant le rouge et des sociaux-démocrates. En tout cas depuis qu’Olivier Faure est là c’est la dégringolade qui ne s’arrête jamais.
Les Français votent majoritairement au centre, ou dans des zones politiques compatibles avec le gouvernement. Chercher à gauchir le PS jusqu’à le rendre indistinct de ses partenaires les plus radicaux n’est pas une audace : c’est une erreur de diagnostic. Si le PS veut redevenir autre chose qu’un label nostalgique, il devra choisir : redevenir un parti social-réformiste assumé, ou accepter définitivement son rôle de supplétif. En attendant, la question demeure : Parti socialiste… ou Parti soumis ?



