L’absentéisme au travail atteint des niveaux préoccupants en France. Face à cette situation, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a annoncé jeudi 9 avril un plan de lutte combinant prévention et renforcement des contrôles. Avec plus de 9 millions d’arrêts maladie délivrés chaque année, soit environ 30 000 par jour, l’enjeu économique et social devient considérable pour les entreprises comme pour la Sécurité sociale.
L’évolution préoccupante de l’absentéisme en France
Les chiffres révèlent l’ampleur du phénomène : l’absentéisme pour maladie touche désormais 9 millions de salariés par an, un niveau qualifié d' »astronomique » par le ministre du Travail. Cette tendance haussière se confirme depuis 2019, plaçant la France face à un défi majeur.
Le coût pour la Sécurité sociale s’avère considérable. En 2025, près de 18 milliards d’euros d’indemnités journalières ont été versées aux salariés en arrêt maladie. Cette charge financière pèse lourdement sur les comptes publics, d’autant plus que la tendance ne cesse de s’accentuer.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution :
- Le vieillissement de la population active
- L’augmentation des problèmes de santé mentale au travail
- La dégradation des conditions de travail dans certains secteurs
- Une sensibilisation accrue aux risques professionnels
Les objectifs du plan gouvernemental
Le gouvernement veut « inverser la tendance » selon Jean-Pierre Farandou. L’approche se veut équilibrée, articulée autour de deux axes principaux : la prévention en amont et la lutte contre les abus potentiels. Cette stratégie vise à préserver la santé des salariés tout en maîtrisant les coûts pour l’entreprise et la collectivité.
L’accent mis sur la prévention répond à une logique économique simple : « quand vous voulez vous attaquer à la maladie, la meilleure des choses à faire, c’est la prévention », explique le ministre. Cette approche préventive permet d’agir sur les causes structurelles de l’absentéisme plutôt que sur ses seules conséquences.
Un kit de prévention pour les entreprises
Dès vendredi, un « kit de prévention » sera accessible sur le site du ministère du Travail. Cet outil pratique vise à accompagner les entreprises dans l’élaboration de leurs plans de prévention des risques professionnels.
Le kit comprendra notamment :
- Des guides d’amélioration des postes de travail
- Des recommandations pour réduire les accidents du travail
- Des conseils de prise en charge des troubles musculo-squelettiques
- Des outils d’évaluation des risques psychosociaux
Cette initiative s’accompagnera d’un meilleur accompagnement médical des salariés, en présence de la ministre de la Santé Stéphanie Rist. L’objectif : réduire particulièrement les arrêts de longue durée qui représentent le coût le plus élevé pour la Sécurité sociale.
Le renforcement des contrôles avec le « bouton d’alerte »
Pour lutter contre les abus, un dispositif innovant sera mis en place avant la fin de l’année : un « bouton d’alerte » accessible aux employeurs sur le site du ministère. Ce mécanisme permettra de signaler plus rapidement les situations douteuses concernant l’absentéisme d’un salarié.
Concrètement, les employeurs pourront solliciter directement la Caisse nationale d’assurance maladie pour déclencher des contrôles de manière « plus facile et directe » qu’actuellement. Si les employeurs disposaient déjà de ce droit, la procédure sera désormais accélérée et simplifiée.
Le gouvernement envisage également la mise en place de « doubles avis » médicaux, particulièrement pour les arrêts de longue durée. Cette mesure permettrait de compléter un premier diagnostic par l’intervention d’un spécialiste, tout en préservant la confiance accordée au corps médical.
Les conséquences pour les salariés
Ces nouvelles mesures suscitent des interrogations légitimes sur leurs impacts pour les salariés. Le ministre du Travail a voulu rassurer : « la grande majorité des gens, quand ils sont malades, ils sont vraiment malades ». L’objectif n’est pas de remettre en cause la légitimité des arrêts maladie, mais de lutter contre les fraudes avérées.
Les salariés en arrêt légitime ne devraient pas subir de contraintes supplémentaires. En revanche, ceux qui abuseraient du système pourraient faire l’objet de contrôles plus fréquents. Le ministre a cité l’exemple de « salariés en arrêt maladie qui postent leur séjour au bord de la mer de l’autre côté de la Méditerranée », sans toutefois quantifier l’ampleur de ces pratiques.


