Dengue, chikungunya, virus du Nil occidental, Zika ou fièvre hémorragique de Crimée-Congo : sous l’effet de la hausse des températures, l’Europe voit progresser des maladies qui touchent directement la vie quotidienne, les voyages, la prévention et l’organisation des soins.
Pourquoi l’Europe devient plus exposée à certaines maladies
Le sujet peut sembler lointain, presque exotique, et pourtant il concerne désormais le quotidien des Européens. Le troisième rapport européen du Lancet Countdown on Health and Climate Change, publié le 22 avril 2026 dans The Lancet Public Health, décrit une aggravation générale des effets du climat sur la santé : davantage d’alertes à la chaleur extrême, une saison pollinique allongée, des tensions sur l’alimentation, mais aussi une progression des maladies transmises par des vecteurs comme les moustiques et les tiques.
Le changement climatique ne se contente plus d’alourdir un risque théorique à long terme ; il redessine déjà les conditions de circulation de certaines maladies sur le continent. Joacim Rocklöv, codirecteur du Lancet Countdown Europe, avertit ainsi : « Partout en Europe, les effets du changement climatique sur la santé s’intensifient plus rapidement que notre capacité à y répondre. » peut-on lire dans les colonnes du Monde.
La carte sanitaire de l’Europe évolue. Les épisodes de transmission locale ne relèvent plus seulement d’une curiosité épidémiologique. Ils pèsent sur la vigilance des autorités, sur les recommandations adressées aux habitants et aux voyageurs, et, de plus en plus, sur la préparation des systèmes de santé.
Dengue, chikungunya, Zika : ce que les chiffres racontent déjà
L’indicateur le plus spectaculaire concerne la dengue. Selon le rapport 2026, le risque moyen global d’épidémies de dengue en Europe a presque quadruplé par rapport à la période 1980-2010, soit une hausse de 297%. L’environnement européen devient donc plus favorable à la transmission de maladies qui étaient encore perçues, il y a peu, comme principalement tropicales.
La dynamique ne s’arrête pas à la dengue. La fréquence des foyers locaux de dengue, de chikungunya et de Zika augmente en moyenne de 1,24 fois par an, la plupart de ces foyers se produisant en France. En 2025, l’Hexagone a d’ailleurs enregistré 788 cas de chikungunya contractés localement, un niveau exceptionnel. L’European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC), de son côté, a souligné en août 2025 que l’Europe avait déjà connu 27 foyers de chikungunya sur l’année, un record pour le continent.
Cette évolution est directement liée à des conditions devenues plus favorables aux vecteurs. L’ECDC explique que l’Europe connaît des saisons de transmission plus longues et plus intenses, sous l’effet de températures plus élevées, d’étés plus longs, d’hivers plus doux et de changements dans les régimes de pluie. Pamela Rendi-Wagner, directrice de l’agence, résume ce tournant ainsi : « L’Europe entre dans une nouvelle phase, où une transmission plus longue, plus étendue et plus intense des maladies transmises par les moustiques devient la nouvelle norme. »
L’un des marqueurs de cette installation durable est la progression du moustique tigre. L’ECDC indique qu’Aedes albopictus, vecteur du chikungunya et susceptible de participer à la diffusion d’autres virus comme la dengue et Zika, est désormais implanté dans 16 pays européens et 369 régions, contre 114 régions dix ans plus tôt. Pour les particuliers, cela signifie que le risque n’est plus cantonné à quelques zones méditerranéennes très ciblées.
Des menaces plus diverses qu’on ne le pense
Réduire le débat aux seules maladies transmises par le moustique tigre serait pourtant trompeur. Le virus du Nil occidental progresse lui aussi. Le Monde rapporte qu’en 2025, 1.112 cas humains contractés localement ont été signalés en Europe, un niveau supérieur à la moyenne annuelle de la dernière décennie. Là encore, il ne s’agit plus d’un bruit de fond scientifique, mais d’un signal sanitaire concret.
Autre sujet souvent moins visible dans le débat public : la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. Elle reste davantage associée au sud et à l’est du continent, mais l’OMS Europe avertit que son potentiel de propagation vers le nord augmente avec le changement climatique et les déplacements des tiques et de leurs hôtes animaux. Cela élargit la question bien au-delà des seuls moustiques : le climat favorise aussi des recompositions écologiques qui modifient la présence et le comportement d’autres vecteurs.
Cette nouvelle donne sanitaire touche aussi des sujets plus ordinaires, et donc plus massifs. Le rapport européen du Lancet Countdown souligne que la saison pollinique a été prolongée d’une à deux semaines par rapport aux années 1990. Pour des millions d’Européens, cela signifie davantage d’exposition aux allergies, davantage de gêne respiratoire et, souvent, une dégradation de la qualité de vie bien avant l’été.
Ce que cela change pour les ménages, les voyageurs et les systèmes de santé
L’angle économique et pratique est loin d’être secondaire. Quand des maladies progressent, ce ne sont pas seulement les autorités sanitaires qui doivent s’adapter. Les ménages sont davantage confrontés aux dépenses de protection, aux consultations, aux traitements, aux perturbations de vacances ou de déplacements, et à une vigilance plus forte lors des périodes chaudes. L’ECDC recommande déjà, dans les zones concernées, le recours aux répulsifs, aux vêtements couvrants, aux moustiquaires, aux protections sur les fenêtres et à une attention renforcée pour les publics fragiles.
Le rapport du Lancet insiste aussi sur un autre paradoxe : alors que la pression sanitaire monte, la réponse politique et publique peine encore à suivre. Pourtant, le même rapport souligne qu’il existe des résultats tangibles quand les politiques changent. Le Monde cite ainsi une baisse de 84% des décès liés à la pollution atmosphérique émise par le secteur de l’électricité depuis 2000, et de 58% pour le secteur des transports. Maria Nilsson, coprésidente Europe du Lancet Countdown, résume cette ambivalence en expliquant : « Le changement climatique d’origine humaine aggrave les répercussions sur la santé dans toute l’Europe et continue de causer des pertes humaines, mais on entrevoit tout de même quelques lueurs d’espoir. »

