Réforme des retraites : le coût d’une suspension inquiète Bercy

Suspendre ou modifier la réforme des retraites, comme l’a évoqué Élisabeth Borne, entraînerait un coût massif pour les finances publiques. Roland Lescure, ministre démissionnaire de l’Économie, alerte sur un coût élevé à des « centaines de millions d’euros en 2026 » et « des milliards en 2027 ».

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Réforme des retraites : le coût d’une suspension inquiète Bercy
Réforme des retraites : le coût d’une suspension inquiète Bercy | journaldeleconomie.fr

Le 8 octobre 2025, sur France Inter, Roland Lescure a mis en garde contre les conséquences budgétaires d’une modification de la réforme des retraites. Selon lui, l’État devrait assumer une charge financière colossale si l’âge légal de départ, fixé à 64 ans depuis 2023, venait à être revu à la baisse. Cette réforme, symbole du second quinquennat d’Emmanuel Macron, reste au cœur des tensions politiques et économiques.

Un avertissement budgétaire clair de Bercy

Le ministre démissionnaire de l’Économie a confirmé que ses services « évaluaient le coût d’une modification ou d’une suspension de la réforme des retraites », alors que cette hypothèse ressurgit dans les négociations politiques. « Quelle que soit la manière dont on modifie la réforme des retraites, cela va coûter beaucoup d’argent », a-t-il déclaré sur France Inter. D’après Bercy, une telle mesure représenterait des centaines de millions d’euros en 2026 et des milliards en 2027.

Cette estimation repose sur l’effet cumulé du retour à un âge légal inférieur et sur l’augmentation mécanique du nombre de départs anticipés. La réforme de 2023 avait progressivement repoussé l’âge de départ de 62 à 64 ans, permettant d’économiser plusieurs milliards par an dès 2030. Revenir sur ce calendrier compromettrait donc la trajectoire budgétaire établie, selon les analyses économiques relayées par Les Échos.

Des tensions politiques autour de la réforme des retraites

L’idée d’une suspension a été remise sur la table par Élisabeth Borne, ancienne Première ministre, qui a affirmé que « la stabilité du pays est plus importante qu’un totem sur les retraites », rapporte BFMTV. Cette ouverture vise à trouver un terrain d’entente avec la gauche afin de permettre au gouvernement de Sébastien Lecornu de présenter un budget sans risque de censure parlementaire.

Cependant, la proposition a suscité de vives réactions au sein même du camp présidentiel.

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a jugé cette option « gênante », estimant qu’« il ne faut pas renoncer aux grandes réformes », rapporte le média.

Du côté des oppositions, les positions divergent : la CFDT salue un « signal positif », tandis que la CGT réclame un abandon pur et simple de la réforme. Pour Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, « c’est l’abrogation ou rien ». Ces divisions illustrent l’impasse politique dans laquelle se trouve l’exécutif, à quelques jours du dépôt du projet de loi de finances 2026.

Une équation économique et politique délicate

Roland Lescure a rappelé que « toutes les concessions auront un prix et il faudra les financer ». Cette remarque met en lumière la contrainte majeure qui pèse sur le budget : la France doit déposer son projet de loi de finances avant le 13 octobre pour respecter les délais constitutionnels. Malgré la démission du gouvernement, les équipes de Bercy poursuivent les simulations d’impact, notamment sur les dépenses de retraite et l’équilibre du système par répartition.

Les experts de la direction du Trésor estiment qu’un recul partiel de la réforme pourrait déséquilibrer la trajectoire de réduction du déficit public, alors que celui-ci dépasse encore 5 % du PIB. En 2024, les économies issues de la réforme représentaient près de 1,8 milliard d’euros.

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