La rentrée scolaire 2025 s’ouvre sur un paradoxe budgétaire. Alors que l’État affiche sa priorité donnée à l’éducation, les établissements scolaires se dégradent. Faute de moyens suffisants, les collectivités locales se heurtent à une équation intenable : entretenir, rénover ou reconstruire un parc immobilier vieillissant dans un contexte d’urgence climatique. Cette crise des infrastructures scolaires devient désormais une crise économique à part entière.
Rénovation scolaire : un gouffre financier ignoré trop longtemps
Selon l’Alliance climatique et sociale, 20 à 30 % des bâtiments scolaires en France sont aujourd’hui considérés comme vétustes et inadaptés aux extrêmes climatiques. Ce chiffre alarmant révèle l’ampleur d’un parc bâti souvent construit dans les années 1960–1980, mal isolé, énergivore, et devenu inadapté aux normes actuelles.
Au quotidien, cette vétusté se traduit par des coûts indirects : absences d’élèves et d’enseignants, recours accru aux équipements temporaires, surcoûts de chauffage ou de climatisation. En juillet dernier, plus de 2 000 établissements ont dû fermer temporairement leurs portes à cause d’une vague de chaleur, d’après des informations de CNEWS. Ce type d’événement, de plus en plus fréquent, génère des dépenses non budgétées, pèse sur les finances locales, et perturbe durablement l’année scolaire.
Un sous-investissement structurel chiffré à plusieurs milliards par an
L’alerte budgétaire est désormais claire. L’Alliance climatique et sociale réclame un plan national de rénovation à hauteur de 5 milliards d’euros par an pendant dix ans. Ce montant permettrait de traiter les urgences, de rendre les bâtiments sobres énergétiquement, et d’anticiper les futures crises sanitaires ou climatiques. Pourtant, aucun engagement clair de financement n’a été pris à ce jour par l’État.
Les collectivités locales, en première ligne, dénoncent un désengagement progressif de l’État. Nombre de maires n’ont d’autre choix que de différer les travaux, ou de recourir à des emprunts à taux élevés, dans un contexte post-inflation tendu. Le coût de l’inaction s’accumule : chaque année de retard alourdit la facture future.
Climat, santé et éducation : le triangle d’un risque financier systémique
L’impact économique dépasse les seules infrastructures. Selon une enquête relayée par franceinfo le 5 septembre 2025, « 95 % des enseignants disent rencontrer des difficultés en cas de canicule ». Le déficit de confort thermique entraîne fatigue, perte de concentration, et inégalités d’apprentissage. Or, seuls 59 % des établissements disposent d’une cour végétalisée, capable de modérer la température ambiante.
Cette absence de stratégie globale génère un coût invisible : celui d’une perte de capital humain. Les élèves qui étudient dans des conditions dégradées subissent un désavantage concurrentiel durable. À long terme, c’est la compétitivité du système éducatif français qui est en jeu.


