Derrière les slogans sur la solidarité et la justice sociale, le système français des retraites repose sur un mécanisme économiquement aberrant : il capte des montants massifs de cotisations pour produire un rendement dérisoire. C’est ce que montre un article récent. À effort identique, une retraite par capitalisation bien conçue générerait des pensions nettement supérieures, y compris pour les bas salaires, tout en allégeant durablement le coût du travail. La question n’est donc plus idéologique, elle est politique et économique.
Ce que disent les chiffres, sans discours ni morale
Prenons deux trajectoires salariales réalistes, volontairement simples, pour comparer froidement répartition et capitalisation. Premier profil : un salarié qui commence à 2 000 euros nets mensuels et termine à 5 000 euros nets après quarante-trois ans de carrière. Son salaire net moyen est de 3 500 euros, soit environ 4 550 euros bruts. Les cotisations vieillesse totales représentent environ 28 % du brut, soit près de 1 270 euros par mois et un peu plus de 15 000 euros par an. Sur l’ensemble de la carrière, l’effort cumulé dépasse 650 000 euros. Dans le système actuel par répartition, ce salarié percevra une pension nette comprise entre 3 000 et 3 200 euros par mois, soit environ 60 à 65 % de son dernier salaire, sans aucun actif patrimonial en contrepartie. En capitalisation, avec un rendement volontairement faible de 1,5 %, ces mêmes cotisations produiraient un capital proche de 940 000 euros, permettant une pension équivalente d’environ 3 100 euros mensuels. À rendement réaliste de long terme de 7 %, niveau observé historiquement sur les marchés actions diversifiés et inférieur à celui de nombreux fonds de pension internationaux, le capital dépasserait 3,8 millions d’euros et la pension atteindrait plus de 12 000 euros par mois. La différence ne vient ni du salaire, ni de l’effort, ni de la durée, mais uniquement du mécanisme.
Le cas des bas salaires : la répartition pénalise ceux qu’elle prétend protéger
Second profil : un salarié qui commence au SMIC et termine sa carrière à 2 200 euros nets mensuels après quarante ans. Son salaire net moyen est d’environ 1 700 euros, soit approximativement 2 200 euros bruts. Les cotisations vieillesse représentent près de 615 euros par mois, soit environ 7 400 euros par an. Sur quarante ans, ce salarié verse près de 300 000 euros au système. En répartition, sa pension nette se situera entre 1 100 et 1 300 euros mensuels, souvent complétée par des mécanismes de solidarité, avec un taux de remplacement relativement élevé mais un niveau de vie contraint. En capitalisation à 1,5 %, ces cotisations produiraient un capital d’environ 420 000 euros, générant une pension proche de 1 400 euros par mois, donc déjà supérieure au système actuel. À 7 %, le capital atteindrait environ 1,6 million d’euros, permettant une pension mensuelle de l’ordre de 5 300 euros. Autrement dit, le système par répartition ne protège pas les bas salaires, il les prive du rendement du temps long. Un salarié modeste est aujourd’hui contraint d’accepter un rendement implicite de 1 à 2 %, quand ce même effort pourrait lui garantir une retraite très largement supérieure à son dernier salaire.
Le véritable enjeu politique : efficacité, souveraineté et compétitivité
Le débat sur les retraites est systématiquement enfermé dans une opposition artificielle entre solidarité et capitalisation. En réalité, le cœur du sujet est l’efficacité économique. La répartition consomme immédiatement les cotisations, empêche toute accumulation d’actifs et rend chaque génération dépendante de la suivante. À l’inverse, un système capitalisé, même partiellement, crée un stock de capital productif. Mieux encore, lorsque les droits ne sont pas intégralement consommés au décès des retraités, le capital restant continue de fructifier, ce qui permet au fonds de grossir mécaniquement avec le temps. À terme, un tel système peut réduire drastiquement, voire supprimer, le besoin de cotisations retraite, allégeant ainsi durablement les charges sociales et le coût du travail. Ce mécanisme offrirait un avantage compétitif majeur au pays qui l’adopterait, en libérant des marges pour l’investissement, l’emploi et la croissance. Les calculs détaillés montrant cette inefficacité structurelle sont parfaitement démontré par l’article NLTO. La conclusion de cette réflexion dépasse largement le cadre : persister dans la répartition intégrale relève désormais d’un choix politique assumé contre l’efficacité économique.
Conclusion
La question des retraites n’est plus une question de morale sociale, mais de rationalité collective. En refusant de capter le rendement du capital et du temps long, la France choisit sciemment un système qui appauvrit ses retraités, pénalise ses actifs et alourdit durablement son coût du travail. La vraie ligne de fracture n’oppose pas la gauche à la droite, mais ceux qui acceptent l’inefficacité au nom de l’idéologie et ceux qui veulent enfin regarder les chiffres. À ce stade, continuer à défendre la répartition intégrale revient à organiser une perte économique massive et permanente. Ce n’est plus une erreur de calcul, c’est une décision politique.


