Nommé Premier ministre le 10 septembre, Sébastien Lecornu aborde son mandat dans un contexte marqué par la défiance. Les enquêtes d’opinion publiées ces derniers jours sont sans appel : seulement 16 % des Français expriment une opinion favorable selon Ipsos-BVA et 34 % de confiance d’après Harris Interactive. Un démarrage historiquement faible qui complique la tâche du gouvernement à un moment charnière pour l’économie française.
Un défi budgétaire immédiat
Le premier test pour Sébastien Lecornu sera le budget 2026, attendu comme une épreuve de vérité. Les sondages montrent que six Français sur dix anticipent un échec dans la recherche d’un compromis avec l’opposition. Cette perspective alimente les incertitudes sur la capacité du gouvernement à faire voter un texte clé dans un Parlement fragmenté.
La situation budgétaire est déjà sous pression. Le ralentissement de la croissance, la persistance de l’inflation et la nécessité de contenir la dette publique contraignent fortement les marges de manœuvre. Pour Sébastien Lecornu, la difficulté sera de conjuguer rigueur financière et réponses sociales, tout en préservant la crédibilité de la France auprès des partenaires européens et des marchés.
Une fragilité politique aux répercussions économiques
Le niveau de confiance historiquement bas accordé au Premier ministre pourrait limiter sa capacité à porter des réformes économiques ambitieuses. Les milieux d’affaires redoutent un scénario d’instabilité : incapacité à dégager une majorité parlementaire solide, tensions accrues avec les oppositions et climat social tendu.
Dans ce contexte, chaque initiative budgétaire ou fiscale risque de se heurter à une contestation immédiate. L’image d’un exécutif affaibli dès son installation pourrait également peser sur les anticipations économiques, alors que la consommation des ménages et l’investissement des entreprises demeurent fragiles.
L’ombre d’Emmanuel Macron
La situation d’Emmanuel Macron complique davantage les choses. Avec une popularité au plus bas depuis 2017, le président entraîne son Premier ministre dans sa chute. Pour de nombreux observateurs, la nomination de Sébastien Lecornu n’a pas créé l’effet de rupture attendu et laisse planer l’idée d’une continuité politique peu en phase avec les préoccupations économiques des Français.
Or, cette perception peut avoir un coût : si l’exécutif apparaît affaibli sur la scène nationale, sa capacité à défendre les positions françaises au niveau européen, notamment sur la réforme du Pacte de stabilité et de croissance ou les négociations énergétiques, pourrait être réduite.
Une crédibilité européenne sous surveillance
L’arrivée de Sébastien Lecornu à Matignon intervient à un moment où la France doit défendre des dossiers stratégiques à Bruxelles. La réforme du Pacte de stabilité, suspendu depuis la pandémie, fait l’objet de discussions serrées, avec un retour à la discipline budgétaire qui pourrait contraindre la politique économique française.
Or, un chef de gouvernement perçu comme fragile sur le plan intérieur aura plus de mal à peser dans ces négociations. Les partenaires européens scrutent attentivement la situation : un exécutif fragilisé pourrait limiter la voix de la France sur les grands débats, de l’avenir de la transition énergétique à la coordination des politiques industrielles.
Dans le même temps, les marchés financiers observent avec prudence l’évolution de la situation politique. Toute incertitude sur la capacité de Paris à maîtriser ses dépenses publiques pourrait se traduire par une pression accrue sur les taux d’emprunt de l’État, déjà en hausse depuis plusieurs mois.
Des attentes fortes, une confiance limitée
Au-delà des équilibres macroéconomiques, les attentes sociales sont considérables : pouvoir d’achat, coût de l’énergie, emploi. Autant de dossiers où l’exécutif est attendu de pied ferme. Mais les sondages montrent que l’opinion doute de la capacité de Sébastien Lecornu à apporter des réponses convaincantes.
En somme, Sébastien Lecornu entame son mandat dans une situation paradoxale : il hérite d’une responsabilité centrale au moment où la France doit affronter des choix économiques décisifs, mais sans disposer du crédit politique nécessaire pour créer l’élan indispensable.


