Stellantis a détaillé le 1er décembre un plan de charge révisé pour ses cinq usines tricolores. Après un rebond ponctuel à plus de 661 000 véhicules en 2025, les volumes devraient retomber sous la barre des 590 000 unités en 2028, soit à un niveau proche du creux de 2024 (565 000 unités). Selon les estimations syndicales issues de ces présentations, Poissy serait le site le plus affecté. Ces données ne sont pas officiellement confirmées par la direction de Stellantis, mais elles dessinent un horizon industriel cohérent avec les dynamiques qui traversent le secteur : baisse de la demande, cycles produits resserrés, montée en puissance de l’électrique et réallocation des investissements vers des activités à plus forte valeur ajoutée.
Un outil industriel sous contrainte et une allocation des ressources plus sélective
L’analyse fine des projections montre que la contraction ne résulte pas d’une stratégie défensive isolée, mais d’un repositionnement global. La production française passerait ainsi d’un ordre de grandeur supérieur à 660 000 véhicules à environ 587 800 unités en 2028. Cette évolution reflète un arbitrage entre plusieurs impératifs : compétitivité des sites, coûts d’adaptation à l’électrique et anticipation d’un marché européen durablement sous tension. Les données syndicales soulignent que les cinq usines d’assemblage de Stellantis seront touchées à des degrés variés, notamment Poissy, où la fin de cycle de deux modèles réduira mécaniquement les volumes.
L’usine francilienne, forte d’environ 2 000 salariés, incarne les dilemmes d’un constructeur contraint de maintenir une présence industrielle tout en rationalisant ses capacités. D’après les chiffres communiqués, sa production passerait d’un ordre de grandeur supérieur à 90 000 véhicules en 2025 à près de 55 000 unités en 2028.
Pour amortir ce choc, Stellantis investira environ 20 millions d’euros dans des activités de travail du métal et de recyclage, créant près de 200 emplois, tout en réservant sa décision sur une éventuelle poursuite de la production automobile après 2028. Ce repositionnement partiel vers des métiers annexes de l’industrie automobile préfigure ce que pourraient devenir les sites les plus exposés de l’ensemble du secteur : des plateformes hybrides mêlant assemblage résiduel, fabrication de composants et économie circulaire.
Une réponse à un marché européen contracté et instable
L’ajustement prévu par Stellantis doit également se lire à la lumière des prévisions sur le marché européen. D’après un rapport d’analyse cité dans les documents présentés aux représentants du personnel, la production de véhicules légers en Europe devrait reculer de près de 6 % entre 2024 et 2028, pour atteindre 8,9 millions d’unités. La production 2024 se situait déjà plus de 30 % sous le niveau de 2017. Dans cet environnement, les constructeurs arbitrent entre localisation, automatisation et investissement dans l’électrification. Pour Stellantis, dont la croissance européenne figure parmi les plus marquées à la baisse depuis 2017, la réduction progressive des volumes en France représente un pilier de cette adaptation.
Ce contexte explique aussi la multiplication des arrêts temporaires observés depuis 2024, notamment à Poissy. En 2025, le groupe avait déjà interrompu la production sur certains créneaux en raison d’une demande insuffisante. La dynamique de marché ne montre pas de retournement significatif : la progression des ventes électriques, qui atteignent désormais environ 26 % des immatriculations neuves en France fin 2025, ne compense pas le recul des segments thermiques traditionnels, historiquement les plus porteurs pour Stellantis. Le groupe revoit donc l’échelle de ses capacités pour éviter l’érosion de ses marges, tout en réallouant ses investissements aux projets électriques rentables et aux activités connexes.
Entre pression réglementaire et effritement du pouvoir d’achat
À l’intérieur même du marché français, l’équation commerciale s’est complexifiée. Le durcissement du malus, l’instauration des zones à faibles émissions, le discours public incitant à réduire l’usage de la voiture et la montée des coûts d’acquisition produisent un effet cumulé sur les ventes. Les ménages prolongent la durée de possession de leur véhicule, se reportent vers l’occasion ou adoptent les formules de location longue durée. Cette transformation profonde des comportements d’achat limite la visibilité industrielle des constructeurs, qui ajustent leur production par paliers afin d’éviter des capacités excédentaires structurelles.
Pour Stellantis, le résultat est clair : les usines françaises doivent s’adapter à un marché plus étroit, plus volatile et plus segmenté. En réduisant de 11 % la production d’ici 2028, le groupe inscrit sa stratégie dans une perspective de rendement industriel plutôt que de volume. Cette logique, qui s’impose à l’ensemble du secteur automobile européen, pourrait demain redessiner la carte industrielle française, en distinguant les sites capables de se repositionner sur des activités à forte valeur ajoutée de ceux appelés à devenir des plateformes multifonctions, à l’image de Poissy.

