Vie chère : Bercy met à l’épreuve le rôle de la concurrence dans les Outre-mer

Créés par la Direction générale du Trésor et l’Autorité de la concurrence, les séminaires « Philippe Nasse » interrogent les grands enjeux contemporains de la concurrence, au ministère de l’Économie et des Finances.

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Vie chère : Bercy met à l’épreuve le rôle de la concurrence dans les Outre-mer © journaldeleconomie.fr

Le séminaire « Nasse », organisé le 15 juin au ministère de l’Économie, se penchera sur l’impact réel de la concurrence sur les prix dans les Outre-mer. Économistes et juristes y croiseront leurs diagnostics. Leur objectif : mesurer jusqu’où la concurrence peut peser sur les prix dans des économies marquées par des contraintes structurelles – marchés étroits, coûts logistiques, éloignement géographique, dépendance aux importations. Leurs conclusions alimenteront les débats sur le projet de loi contre la vie chère, attendu à l’Assemblée nationale cet été.

Les règles de la concurrence produisent-elles les mêmes effets dans des territoires caractérisés par l’étroitesse des marchés et l’éloignement géographique ? Cette question de fond agite régulièrement les débats sur la vie chère dans les Outre-mer. Le 15 juin 2026, Bercy réunira économistes et juristes pour en débattre.

Quel rôle joue la concurrence dans la formation des prix ultramarins ?

Créés par la Direction générale du Trésor et l’Autorité de la concurrence, les séminaires « Philippe Nasse » interrogent les grands enjeux contemporains de la concurrence, au ministère de l’Économie et des Finances. Trois intervenants prendront part à cette édition : Jean-François Hoarau, économiste et président de l’Université de La Réunion ; Gwenaëlle Nouët, rapporteure générale adjointe de l’Autorité de la concurrence et référente Outre-mer ; l’avocat Jérôme Philippe, spécialiste du droit de la concurrence.

Ils chercheront à établir « jusqu’où la politique de concurrence peut agir sur la formation des prix » dans des économies marquées par des contraintes structurelles. Les échanges s’appuieront notamment sur les travaux de l’Autorité de la concurrence, en particulier son récent avis sur les marges de la grande distribution et des grossistes-importateurs en Martinique.

Des surcoûts largement imputables à la structure des marchés

Selon l’Insee, les prix à la consommation dans les départements d’Outre-mer dépassaient en 2022 ceux de la métropole, de 8,9 % à La Réunion à 15,8 % en Guadeloupe. Les écarts étaient encore plus prononcés pour l’alimentation, allant de 30,2 % à Mayotte à 41,8 % en Guadeloupe. Plus préoccupant, selon l’Autorité de la concurrence, ces écarts continuent de se creuser.

La relative stabilité de ces écarts d’un territoire à l’autre suggère des facteurs structurels communs. Dans la présentation du séminaire, Bercy pointe trois contraintes majeures : des marchés étroits, l’éloignement géographique et la forte dépendance aux importations, qui « pèsent sur le fonctionnement de la concurrence ».

Cette analyse rejoint celle de l’Autorité de la concurrence qui, dans son avis consacré à la Martinique, attribue le niveau élevé des prix aux « spécificités de l’économie martiniquaise ». Outre les déterminants pointés par Bercy, l’institution évoque également deux autres facteurs : le poids de la fiscalité locale – TVA et octroi de mer – et l’importance des frais d’approche.

Entendu au Sénat, le directeur général de GBH, Stéphane Hayot, évaluait à 40 % le surcoût supporté par un produit importé, dont 17 % liés à la logistique amont, 13 % à l’octroi de mer et 10 % à la logistique locale.

Quels leviers pour faire baisser durablement les prix ?

Dans son analyse, l’Autorité a une nouvelle fois écarté l’idée que la vie chère résulterait de marges excessives pratiquées par les acteurs du marché. Elle indique ainsi que « le niveau de marges pratiquées par les grossistes-importateurs et des acteurs de la grande distribution intégrés actifs en Martinique présente des similitudes avec celui observé dans l’Hexagone ». L’Autorité n’identifie donc pas de surmarges propres aux acteurs ultramarins.

Si les surcoûts sont avant tout structurels, les leviers d’action se situent ailleurs : renforcer l’intégration régionale des économies ultramarines, revoir la fiscalité locale, réduire les coûts d’acheminement, notamment via des mécanismes de continuité territoriale, ou soutenir la production locale.

Or, le projet de loi contre la vie chère traite encore peu ces enjeux. Son examen à l’Assemblée nationale, déjà repoussé à plusieurs reprises, est désormais attendu à l’été 2026. Les travaux du séminaire « Nasse » pourraient peser sur les arbitrages à venir et ainsi remettre au centre du débat les déterminants profonds de la vie chère outre-mer : fiscalité, dépendance aux importations et coûts logistiques.

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