Elles ne font pas la une, elles ne construisent pas de réacteurs. Mais sans elles, rien ne tourne. En coulisse de la grande relance du nucléaire, une nouvelle génération d’entreprises industrielles s’organise. Et l’État a décidé de les propulser.
Un atelier de chaudronnerie à Yssingeaux. Une fonderie à Haraucourt. Une startup de matériaux innovants à Venarey-les-Laumes. À première vue, aucun lien. En réalité, ces entreprises font partie d’un même écosystème discret mais stratégique : celui de la filière nucléaire française. Et depuis ce 26 mars 2025, elles partagent un autre point commun : leur entrée dans la deuxième promotion de l’Accélérateur Nucléaire, un programme monté par l’État, Bpifrance et les acteurs du secteur pour doper la croissance des PME de l’atome.
Une relance nucléaire qui change d’échelle
Le décor a changé. Fini le nucléaire cantonné aux grands donneurs d’ordre. Avec la montée en cadence annoncée, nouveaux réacteurs, prolongation du parc, arrivée des SMR, c’est tout un tissu d’entreprises qui doit suivre. Et vite.
« Les entreprises doivent anticiper les évolutions du secteur, améliorer leur performance, attirer des talents. On n’a plus le temps d’attendre », avertit Matthieu Heslouin, Directeur exécutif de l’accompagnement chez Bpifrance .
L’Accélérateur Nucléaire, c’est donc 18 mois d’accompagnement ciblé : conseils sur-mesure, séminaires stratégiques avec l’X, mise en réseau avec 5 000 boîtes partenaires. Et surtout, un diagnostic d’entrée pour fixer une trajectoire claire. Pas un gadget, mais un plan d’action pour des entreprises souvent en pleine mutation.
Le nucléaire, catalyseur d’une montée en gamme industrielle
Il y a quelques années, parler de « croissance » dans la filière nucléaire relevait du vœu pieux. Aujourd’hui, les chiffres racontent une autre histoire. Les 24 sociétés retenues emploient en moyenne 64 personnes, pour un chiffre d’affaires moyen de 15,1 millions d’euros en 2024. Derrière ces données : des acteurs qui veulent changer d’échelle.
Prenons l’exemple de Sintermat, spécialiste du frittage flash, ou de Techmeta Engineering, leader mondial du soudage par faisceau d’électrons. Ces entreprises maîtrisent des compétences de niche, très recherchées. Elles ne sont pas seulement « fournisseurs » : elles deviennent stratégiques.
Une stratégie industrielle avant tout
Ce que dit ce programme, en creux, c’est que la relance du nucléaire ne se fera pas depuis un ministère ou un grand groupe. Elle passe aussi par ces entreprises qui, à force de résilience, d’expertise et de précision, tiennent la mécanique ensemble. C’est là que se joue la fameuse « souveraineté industrielle » : dans l’atelier, pas dans les discours.
Et l’État semble en avoir pris conscience. Plutôt que de saupoudrer des aides, il structure. Il identifie, rassemble, et mise sur des entreprises capables d’être à la fois compétitives, agiles et… françaises.


