Depuis plusieurs mois, un phénomène inédit prend de l’ampleur en France : le boycott des marques américaines. Porté par un rejet de la politique de Donald Trump et une volonté affirmée de consommer local, ce mouvement touche des géants comme Coca-Cola, McDonald’s ou encore Tesla.
Un rejet croissant des marques américaines en France
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la perception des États-Unis en France s’est fortement dégradée. Selon une étude Ifop commandée par le site NYC.fr, 62 % des Français soutiennent le boycott des produits américains, tandis que 32 % affirment déjà boycotter au moins une marque. Ce rejet ne se limite pas aux discours politiques : il s’exprime directement dans les habitudes de consommation.
Les marques américaines les plus touchées par ce mouvement sont celles qui incarnent l’American way of life. Coca-Cola est la marque la plus boycottée (48 %), suivie de McDonald’s (44 %), Tesla (19 %), Starbucks (15 %) et KFC (12 %). X (ex-Twitter) est également concernée (10 % des sondés boycottent l’entreprise), notamment parce qu’elle appartient à Elon Musk, membre de l’administration Trump.
Le rejet de Tesla en particulier est frappant : les ventes du constructeur automobile en Europe ont chuté de 45 % en un an. La figure d’Elon Musk, perçue comme proche de Donald Trump, semble jouer un rôle clé dans ce désaveu. Un constat renforcé par le fait que 47 % des Français déclarent vouloir boycotter Tesla en 2025.
Un boycott aux motivations multiples
Si ce boycott est largement porté par un anti-trumpisme assumé, il trouve également ses racines dans une volonté plus profonde de patriotisme économique. Selon François Kraus, directeur du pôle politique et actualités de l’Ifop, ce rejet va bien au-delà d’un simple réflexe anti-Trump : « Il y a une convergence entre des sensibilités de gauche, attachées à la protection de l’environnement et au progressisme sociétal, et des sensibilités de droite, motivées par la défense de l’emploi français », explique-t-il.
Cette dynamique se retrouve dans le profil des boycotteurs :
- 50 % des électeurs du Nouveau Front Populaire affirment boycotter au moins une marque américaine.
- 37 % des électeurs de droite participent à ce mouvement.
- 23 % des électeurs du Rassemblement National déclarent faire de même
Les mesures protectionnistes de Trump, comme l’augmentation des droits de douane de 25 % sur les produits européens, ont également contribué à ce rejet. De nombreux consommateurs considèrent ce boycott comme une réponse symbolique et économique aux décisions du président américain.
Un impact économique réel ou symbolique ?
Si les effets psychologiques et politiques de ce boycott sont indéniables, son impact réel sur l’économie américaine reste sujet à débat. D’un côté, certains chiffres montrent une baisse de la consommation des produits américains en France : les ventes de Tesla divisées par deux en un an, une diminution de 4 points des intentions touristiques vers les États-Unis, et un effondrement de l’image des États-Unis, avec une cote de sympathie tombée à 25 %, son plus bas niveau en 40 ans.
Mais de l’autre, certaines entreprises résistent mieux que d’autres. Apple, Netflix et Amazon restent peu affectés, en raison de leur forte intégration dans le quotidien des consommateurs. Contrairement aux sodas et aux fast-foods, les alternatives européennes à ces services sont encore limitées.
Les économistes restent donc divisés : si le boycott a un effet sur certaines entreprises spécifiques, il semble difficile d’imaginer un effondrement général du poids économique des États-Unis en France. Toutefois, il témoigne d’un basculement idéologique : acheter américain n’est plus neutre, c’est devenu un choix politique.
Un phénomène durable ?
Contrairement aux précédents appels au boycott, qui s’essoufflaient rapidement, ce mouvement semble s’ancrer dans le temps. Selon l’Ifop, « le soutien au boycott transcende désormais les générations et les clivages politiques, ce qui laisse présager une dynamique durable ».
Le contexte international pourrait également jouer un rôle clé. Les tensions croissantes entre Washington et l’Union européenne, notamment sur les questions commerciales et climatiques, pourraient nourrir cette défiance envers les produits américains.


