L’entreprise de Sam Altman séduit les milliards, défie les règles et s’impose comme un colosse de l’intelligence artificielle. Mais derrière les annonces triomphantes, une clause pourrait tout faire basculer.
40 milliards de dollars sur la table. Mais avec une condition. Et pas des moindres : devenir une vraie entreprise, profitable, d’ici fin 2025. Sinon ? Un quart de la somme s’évapore.
OpenAI : un appétit de géant pour une entreprise encore déficitaire
OpenAI, étoile montante de l’intelligence artificielle générative, n’en finit plus d’attirer les convoitises. Le 31 mars 2025, l’entreprise a confirmé une levée de fonds historique de 40 milliards de dollars (soit environ 37,2 milliards d’euros), portée par SoftBank et un syndicat d’investisseurs triés sur le volet. Cette opération propulse sa valorisation à 300 milliards de dollars. Pourtant, derrière cette valorisation vertigineuse, la structure financière d’OpenAI reste paradoxale : 3,7 milliards de dollars de revenus en 2024, mais plus de 5 milliards de pertes. L’équation est claire : l’entreprise consomme plus qu’elle ne génère, et ce n’est pas près de s’arrêter. D’après des documents internes relayés par The Verge, OpenAI n’espère pas atteindre la rentabilité avant 2029.
L’initiative vient de Masayoshi Son. Le patron de SoftBank ne s’en cache pas : il veut faire d’OpenAI la matrice d’une « intelligence artificielle surhumaine ». Une ASI (Artificial Super Intelligence) qui dépasserait l’intelligence humaine. Pour cela, il ne lésine pas sur les moyens. En janvier 2025, il annonçait un plan de 500 milliards de dollars avec Oracle et MGX pour bâtir le projet Stargate, un réseau planétaire de centres de données. Le 31 mars 2025, il remet le couvert avec cette injection colossale de capitaux. Mais il impose ses règles. SoftBank et ses partenaires ne libéreront la totalité des fonds que si OpenAI devient une entreprise à but lucratif d’ici décembre 2025. Autrement dit, pas de transformation juridique, pas d’argent. Une partie seulement (10 milliards) sera versée dès avril. Les 30 milliards restants sont suspendus à une réorganisation totale du statut d’OpenAI. Et selon Reuters, si la mutation échoue, la levée sera amputée des deux tiers.
Une ruée vers l’or computationnel, mais pour quels résultats ?
Ce passage d’un statut à but non lucratif à celui d’entreprise commerciale est tout sauf anodin. Fondée en 2015 comme une organisation dédiée à la recherche éthique sur l’intelligence artificielle, OpenAI s’était jurée de « bénéficier à l’humanité ». Aujourd’hui, les investisseurs veulent des retours, pas des principes. Sam Altman, directeur général de l’entreprise, fait face à une tempête interne et externe. Elon Musk, cofondateur d’OpenAI, est l’un des plus farouches opposants à cette transformation. Selon The Guardian, des critiques s’inquiètent du glissement possible vers une IA conçue pour maximiser les profits, au détriment de la sûreté et de l’éthique. En réponse, OpenAI évoque sa transformation en public benefit corporation, un modèle hybride censé garantir l’intérêt général. Mais cette promesse reste pour l’instant assez floue.
Ce qui fascine, c’est l’écart entre les promesses d’OpenAI et sa réalité économique. Certes, la croissance est fulgurante : l’entreprise vise 12,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025, soit un triplement par rapport à l’année précédente. Mais les dépenses explosent aussi : serveurs, puces, centres de données engloutissent des milliards. Pour justifier cette course effrénée, OpenAI mise sur ses 500 millions d’utilisateurs hebdomadaires et sur l’annonce prochaine d’un modèle de langage open-weight, plus transparent. Une manière de répondre à la pression de la communauté open-source, portée notamment par Meta et DeepSeek.


