Éolien : la justice bloque un projet stratégique dans les Ardennes

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Un projet majeur dans le secteur de l’énergie renouvelable et des éoliennes vient d’être stoppé par la justice. Cette décision pose de nombreuses questions, tant sur le plan juridique qu’environnemental et économique.

Le 3 avril 2025, la cour administrative d’appel de Nancy a annulé les arrêtés préfectoraux qui autorisaient la construction du parc éolien du Mont des Quatre Faux, dans les Ardennes. Ce projet, considéré comme le plus ambitieux du territoire français en matière d’éolien terrestre, portait sur l’installation de 63 turbines.

Un projet structurant confronté à une opposition locale persistante

Lancé en 2005 par l’entreprise belge Renner avant d’être partiellement repris en 2014 par EDF Renouvelables, le projet du Mont des Quatre Faux visait à installer 63 éoliennes terrestres sur un plateau agricole dans les Ardennes, à cheval sur plusieurs communes. L’objectif était de générer une capacité de production de 226 mégawatts, correspondant à la consommation annuelle d’environ 200 000 à 250 000 personnes, selon les évaluations. Il s’agissait du plus grand parc éolien terrestre jamais envisagé en France.

Après des années d’instruction, de concertation locale et de recours successifs, la justice a finalement annulé les autorisations administratives. La cour administrative d’appel de Nancy a estimé que l’impact visuel du projet était excessif. Les effets cumulés des 63 mâts, dans une zone déjà dotée d’éoliennes, auraient généré une saturation paysagère notable, notamment pour les communes situées à proximité immédiate.

Un contexte juridique et réglementaire en évolution

La décision de justice s’appuie sur une analyse du caractère disproportionné de l’impact visuel, au regard des mesures compensatoires proposées. Les juges ont notamment souligné l’insuffisance des éléments naturels (relief, végétation) pour atténuer la visibilité des installations et ont pointé les effets d’« encerclement » sur les populations locales. Ces considérations s’inscrivent dans une jurisprudence de plus en plus attentive aux préoccupations environnementales, mais aussi à l’esthétique des territoires.

Le contentieux du Mont des Quatre Faux s’ajoute à une série d’affaires similaires sur le territoire français. D’après les chiffres relevés en 2024, environ 16,5 gigawatts de projets éoliens seraient actuellement suspendus en raison de contentieux juridiques. Cette tendance reflète une montée en puissance des oppositions locales et une judiciarisation croissante de l’aménagement énergétique.

Enjeux économiques et territoriaux pour les porteurs de projet

Sur le plan économique, l’annulation de ce parc représente une perte significative pour le tissu local et pour les porteurs de projet. L’investissement total dépassait les 500 millions d’euros, incluant les infrastructures, les études préalables, les compensations environnementales et les coûts de raccordement. La phase de construction devait générer environ 60 millions d’euros de retombées pour les entreprises locales, notamment dans les travaux publics et le génie civil. En phase d’exploitation, le parc aurait permis la création de plusieurs emplois directs, et généré des recettes fiscales estimées à deux millions d’euros par an pour les collectivités locales concernées.

À cela s’ajoutaient les loyers versés aux exploitants agricoles accueillant les éoliennes sur leurs terres, constituant pour certains une source de revenus non négligeable. La décision judiciaire remet en cause l’ensemble de ces perspectives.

Une situation révélatrice des tensions autour de la planification énergétique

Cette affaire illustre les tensions persistantes autour de la planification des infrastructures énergétiques en France. Le pays s’est fixé pour objectif d’atteindre 40 % d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2030, contre 27 % en 2023. L’énergie éolienne, troisième source de production derrière le nucléaire et l’hydraulique, est appelée à jouer un rôle central dans cette transition.

Or, malgré les ambitions nationales, les projets rencontrent fréquemment des résistances sur le terrain. L’acceptabilité sociale, les impacts sur le paysage, les enjeux de biodiversité et les interrogations sur le modèle économique des parcs sont autant de sujets de friction. Dans le cas du Mont des Quatre Faux, bien que les porteurs du projet aient obtenu des avis favorables lors des enquêtes publiques, la mobilisation d’associations de riverains et de recours juridiques ciblés a suffi à bloquer l’initiative.

EDF Renouvelables n’a pas exclu de déposer un recours devant le Conseil d’État. Une telle procédure, si elle est lancée, pourrait repousser à plusieurs années une éventuelle relance du projet, avec des coûts juridiques et opérationnels supplémentaires à la clé.

Une gouvernance locale en quête de compromis

La situation des Ardennes révèle aussi les dilemmes auxquels sont confrontés les élus locaux. Plusieurs maires concernés par le projet se sont déclarés favorables, estimant que les bénéfices économiques et la cohérence territoriale justifiaient l’installation d’un parc de cette envergure. Pour eux, l’objectif était d’éviter une multiplication de petits projets éoliens isolés, souvent moins efficaces, mais tout aussi visibles.

La fracture entre ces élus et les opposants met en lumière un manque de mécanismes de médiation à l’échelle des territoires. Le débat sur l’implantation des éoliennes, au-delà des chiffres, pose la question de la gouvernance énergétique.

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