Réuni à Paris ce mardi 15 avril 2025, le gouvernement a organisé une conférence sur les finances publiques à l’initiative de François Bayrou, en présence de plusieurs ministres, parlementaires, représentants syndicaux et acteurs économiques. Aucune annonce réglementaire ou budgétaire n’a été formulée. L’objectif affiché était de poser un constat partagé sur la situation des comptes publics, dans un contexte de déficit élevé et de dette croissante.
Bayrou réaffirme l’urgence sur l’état des finances publiques
La conférence, organisée avenue de Ségur à Paris, a rassemblé une quarantaine de responsables, parmi lesquels les ministres Éric Lombard (Économie) et Amélie de Montchalin (Comptes publics), ainsi que des représentants de l’Assemblée nationale, des syndicats (CGT, CFDT), du patronat (Medef) et des organismes de protection sociale. L’Association des maires de France (AMF), qui avait critiqué l’absence de concertation préalable, a décliné l’invitation. L’objectif de la réunion, selon François Bayrou, était d’« établir un diagnostic partagé » sur l’état des finances publiques et les déséquilibres structurels accumulés au fil des décennies – 30 ans, voire plus, a-t-il tenu à préciser.
Le Premier ministre a rappelé que le déficit public, estimé à 5,8 % du produit intérieur brut (PIB) pour l’année 2024, s’écarte nettement des objectifs fixés. La trajectoire budgétaire prévoit une réduction à 5,4 % en 2025, puis à 4,6 % en 2026, avec pour horizon un retour sous les 3 % du PIB en 2029. La dette publique dépasse actuellement les 3 300 milliards d’euros, soit l’équivalent de 113 % du PIB. À cela s’ajoute un coût annuel du service de la dette estimé à 100 milliards d’euros à l’horizon 2029, un montant supérieur à celui alloué à l’Éducation nationale. En bref, tous les indicateurs sont au rouge depuis longtemps déjà, et cette conférence n’a fait que confirmer une nouvelle fois ce constat, si besoin était, aux participants présents.
Objectif : 40 milliards d’euros d’économies pour 2026
Le principal objectif budgétaire évoqué lors de cette conférence est la réalisation d’un effort d’économies de 40 milliards d’euros pour l’exercice 2026. Éric Lombard a précisé que cette consolidation budgétaire devra être mise en œuvre « essentiellement par des économies », soit, sans augmentation généralisée des prélèvements obligatoires. Le ministre de l’Économie a toutefois évoqué la possible pérennisation de la contribution différenciée sur les hauts revenus (CDHR), mise en place en 2024, qui pourrait constituer une source de recettes ponctuelle et ciblée.
Ministre chargée de la Fonction publique et des Comptes publics, Amélie de Montchalin a quant à elle évoqué plusieurs leviers de maîtrise des dépenses, sans entrer toutefois dans une logique de rupture. Parmi les pistes mentionnées figurent une révision des modalités de prise en charge des arrêts maladie, en forte progression, ainsi qu’une réorganisation des structures publiques afin de limiter les redondances et d’optimiser les moyens existants.
Cette approche, orientée vers une rationalisation progressive plutôt qu’une réduction brutale, traduit la volonté du gouvernement de préserver un équilibre entre effort budgétaire et acceptabilité politique – populaire. Dans cette optique, certaines dépenses symboliques sont remises en question. François Bayrou a ainsi exprimé des doutes sur l’opportunité d’étendre le bonus réparation à de nouveaux biens de consommation, estimant que cette mesure pouvait difficilement s’inscrire dans un contexte de contrainte budgétaire affirmée.
Aucun arbitrage immédiat en vue
Aucune mesure réglementaire concrète n’a été annoncée à l’issue de la conférence. François Bayrou a précisé que la phase actuelle consistait à établir un constat avant d’engager des discussions approfondies. Une conférence des territoires est programmée le 6 mai 2025, tandis que les grandes orientations du budget 2026 seront rendues publiques avant le 14 juillet. Le chef du gouvernement a indiqué que la méthode retenue visait à associer l’ensemble des acteurs institutionnels aux choix budgétaires à venir, tout en maintenant une exigence de rigueur compatible avec les engagements européens.
Du côté des partenaires sociaux, plusieurs organisations ont exprimé des critiques. La CGT pour sa part a qualifié l’initiative de « mise en scène anxiogène », tandis que la CFDT a regretté l’absence de précisions sur les leviers mobilisables. Enfin, le Medef a tenu à insister sur le fait que les entreprises ne devaient pas être mises davantage à contribution, arguant qu’elles étaient déjà soumises à des contraintes en raison de la conjoncture actuelle, notamment le climat économique international, la crise énergétique et la pression réglementaire. Le gouvernement a confirmé que le prochain plan structurel à moyen terme (PSMT) serait adressé à la Commission européenne dans les délais prévus, intégrant les pistes actuellement en discussion.

