Cette alerte d’EDF concerne particulièrement la centrale du Bugey, dans l’Ain, un site stratégique en Auvergne-Rhône-Alpes, où quatre réacteurs de 900 mégawatts électriques fonctionnent en circuit ouvert.
Production : un Rhône sous haute surveillance thermique
« En raison des prévisions de températures élevées du Rhône, des restrictions de production sont susceptibles d’affecter le parc de production nucléaire d’EDF à partir du mercredi 25 juin, et plus particulièrement le site de Bugey », a précisé EDF dans un message officiel daté du 19 juin 2025. La mesure, courante en période de forte chaleur, répond à une exigence environnementale stricte : limiter la température de l’eau rejetée pour protéger la faune et la flore aquatiques. En cas de dépassement thermique, la production est réduite voire interrompue. EDF ajuste ces seuils pour chaque site ; à Saint-Alban (Isère), par exemple, le Rhône ne doit jamais excéder 28 °C.
Rhône : un signal climatique qui interroge la résilience du parc nucléaire
L’eau du Rhône est indispensable au refroidissement des réacteurs et des piscines de combustible usé. Mais lorsque sa température grimpe sous l’effet de la canicule, les marges d’exploitation se réduisent. EDF le sait bien : entre 2000 et 2024, les pertes de production liées aux conditions environnementales n’ont représenté « que 0,3 % de la production annuelle » selon les chiffres repris par BFMTV. Pourtant, l’enjeu s’aggrave. Le réchauffement climatique rend ces épisodes plus fréquents, plus longs et plus intenses. L’entreprise surveille donc avec attention la situation, prévoyant une révision des conditions « à J-1 ».
EDF : garantir l’électricité en période de tension estivale
La centrale du Bugey a produit 18,5 térawattheures (TWh) en 2024, soit l’équivalent de 40 % de la consommation d’électricité de toute la région Auvergne-Rhône-Alpes. Une baisse, même temporaire, ne serait pas anodine. Elle surviendrait alors que la demande grimpe – notamment à cause de la climatisation – et que le réseau électrique doit s’adapter rapidement. Pour l’heure, EDF n’évoque aucun risque de pénurie, ni de recours exceptionnel aux centrales thermiques. Mais l’ajustement prévu pourrait contraindre RTE (Réseau de Transport d’Électricité) à moduler l’offre ou mobiliser davantage d’énergie renouvelable.
Électricité et climat : vers une mutation inévitable des stratégies énergétiques
La fragilité des centrales en cas de canicule remet en question la dépendance aux eaux fluviales pour la production d’électricité nucléaire. Des pistes sont déjà explorées : optimisation des tours de refroidissement, réacteurs nouvelle génération, ou révisions réglementaires encadrant les rejets thermiques. Mais à moyen terme, EDF devra conjuguer ses ambitions industrielles avec la nouvelle donne climatique, pour garantir la stabilité du système électrique français, tout en respectant les équilibres écologiques du Rhône.

