D’après une révélation des Échos, le projet de loi de finances pour 2026 introduirait une taxe sur le patrimoine non professionnel des sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés (IS). Sous des dehors techniques, cette mesure revient à instaurer un impôt sur la fortune appliqué aux holdings et aux foncières patrimoniales. Inspirée des travaux de l’économiste d’ultra gauche Gabriel Zucman, partisan d’une taxation mondiale du capital, cette disposition va même plus loin que ce qu’il proposait. elle marque un virage idéologique à 180 degrés pour un gouvernement qui se disait libéral et pro-investissement.
La faiblesse d’un pouvoir sans cohérence
Ce tournant n’est pas le fruit d’une vision économique, mais d’une faiblesse politique profonde. Un exécutif sans majorité, un Premier ministre démissionnaire et un chef de l’État tétanisé à l’idée de se confronter à nouveau au suffrage universel : tout concourt à la confusion. Pour sauver un budget déjà contesté et préserver quelques équilibres fragiles à l’Assemblée, le pouvoir reprend les thèses d’une gauche radicale qui ne pèse plus que 3 % de l’électorat. Le budget 2026 devient alors un exercice de survie : les compromis remplacent les principes, la tactique prend le pas sur la cohérence. Incapable d’assumer une ligne claire, le gouvernement navigue à vue, au gré des rapports de force, préférant céder aux pressions idéologiques plutôt que de défendre une stratégie économique lisible. Cette taxe, présentée comme une mesure de justice, traduit en réalité l’épuisement d’un pouvoir qui ne gouverne plus, mais compose pour durer.
Une mesure économiquement absurde
Le dispositif viserait toutes les sociétés à l’IS ayant plus de 5 millions d’euros d’actifs, contrôlées par une personne physique, percevant plus de 50 % de revenus passifs et non détenues par une autre société. L’impôt frapperait les actifs non professionnels à hauteur de 2 %, sans possibilité de déduction sur l’IS. Seraient ainsi concernées les holdings familiales, les foncières patrimoniales et les structures d’investissement à long terme — celles qui financent les PME, soutiennent l’industrie et préservent le capital productif français. Or ces structures ont été créées et encouragées par l’État lui-même. Elles constituent l’un des piliers du capitalisme français, un outil de transmission et de stabilité. Les taxer revient à pénaliser la gestion prudente, à dissuader la capitalisation et à fragiliser le financement de l’économie réelle. C’est une erreur de logique et de méthode : on confond optimisation et investissement, prudence et spéculation. La “taxe Zucman” frapperait ceux qui investissent dans le pays, pas ceux qui en sortent les fonds. Elle découragerait la planification patrimoniale et renforcerait les incitations à l’exil fiscal. Ce débat rappelle un principe fondamental que beaucoup de responsables politiques semblent avoir oublié : c’est le secteur privé qui crée la valeur. Contrairement aux incantations idéologiques de certains partis de gauche, ce ne sont pas les administrations, les impôts ou les décrets qui produisent la richesse nationale. Ce sont les entreprises, petites ou grandes, qui innovent, qui emploient, qui investissent. Les affaiblir par une fiscalité mal conçue, c’est s’attaquer directement à la seule source durable de croissance et de prospérité.
Le triomphe du cynisme politique
Mais le plus inquiétant reste la logique politique sous-jacente. Les petites combines d’appareil, les marchandages de couloir et les équilibres artificiels ont désormais remplacé la réflexion sur l’intérêt général. La peur de la dissolution et la hantise de perdre le pouvoir ont pris le dessus sur toute cohérence idéologique. C’est assez stupéfiant, en effet, de constater à quel point la politique contemporaine se compromet sans scrupule. Ce n’est plus l’avenir collectif qui guide les choix, mais la préservation des postes. Les responsables politiques, de droite comme de gauche, se montrent prêts à renier leurs convictions les plus élémentaires pour maintenir un équilibre de façade, prolonger une majorité bancale ou sauver une carrière. Dans ce contexte, la “taxe Zucman” n’est pas seulement une erreur économique : c’est le symbole d’un pouvoir qui ne croit plus en rien. Un gouvernement censé défendre la compétitivité adopte des mesures d’extrême gauche. Des partis qui se disent libéraux avalisent des propositions qu’ils dénonçaient hier. Et l’économie réelle, elle, paie le prix de ces compromissions. Changer les règles du jeu au gré des rapports de force politiques installe une instabilité permanente. Chaque volte-face détruit un peu plus la confiance des investisseurs, brouille la lisibilité du système et éloigne la France de tout projet de long terme. La peur des urnes est devenue la seule boussole d’un État qui ne gouverne plus : il réagit, il négocie, il temporise mais il ne conduit plus rien. Et pendant ce temps, les entrepreneurs, les investisseurs et les créateurs de valeur avancent dans un brouillard fiscal et politique, où tout peut changer du jour au lendemain. La survie du pouvoir se fait désormais au détriment de la stabilité du pays.


