À un jour d’une audience décisive à Nanterre, l’État se dit prêt à injecter 5 millions d’euros pour soutenir un projet de reprise en Scop du groupe Brandt. Un dispositif qui pourrait sauver 300 emplois sur les 750 que compte l’entreprise, plongée dans le redressement judiciaire.
Un groupe historique en péril et un soutien financier inédit de l’État
L’État a annoncé être « prêt » à investir cinq millions d’euros dans un projet de reprise sous forme de Scop pour l’électroménagiste Brandt, placé en redressement judiciaire et désormais incapable d’assurer durablement le versement des salaires. Ce soutien intervient alors que l’entreprise, fondée il y a plus d’un siècle et appartenant depuis 2014 au groupe algérien Cevital, fait face à une situation critique : sa production est quasi à l’arrêt et ses 260 millions d’euros de chiffre d’affaires ne suffisent plus à porter l’activité. Le groupe emploie près de 750 salariés sur quatre sites en France, dont deux usines en Centre-Val de Loire — Orléans et Vendôme — spécialisées dans la cuisson. Brandt regroupe également les marques Vedette, Sauter et De Dietrich. Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, a souligné que le projet de Scop pourrait permettre de sauvegarder 300 emplois, alors qu’aucun des autres projets de reprise déposés ne prévoit de maintenir les deux usines françaises.
Une Scop soutenue par Revive, dernier espoir pour maintenir l’activité industrielle
Le projet de Scop est appuyé par le groupe Revive, notamment propriétaire de la marque Happyvore. Pour Sébastien Martin, il s’agit du seul scénario réaliste pour assurer un avenir industriel à l’entreprise : « Soit on pense qu’on va pouvoir garder tout le monde, mais il n’y a pas d’avenir ; soit on accepte un recentrage de la stratégie. » Les représentants du personnel se montrent clairs. « On est au bord du gouffre, c’est la seule issue pour sauver des emplois », affirme Cyril Aubert, secrétaire CFTC du comité central social et économique. Selon lui, près de 20 millions d’euros seraient nécessaires pour relancer l’activité de Brandt, un montant qui dépasse largement le soutien public annoncé. L’entreprise ne pourra plus payer les salaires après le 15 décembre, ce qui rend cruciale l’audience du tribunal des activités économiques de Nanterre. Les élus locaux confirment que les autres projets déposés ne permettent pas de maintenir les deux sites industriels. Le projet de Scop apparaît donc comme la dernière option susceptible d’éviter la fermeture de l’un ou l’autre site historique.
Un secteur fragilisé et une entreprise au bord de la rupture
La direction de Brandt ne s’exprime plus avant l’audience de mercredi, mais le contexte dans lequel évolue le groupe est particulièrement défavorable. Le marché du gros électroménager traverse une période difficile : après une première baisse en 2023, il a connu une nouvelle contraction de 3,9 % l’année suivante, selon le Gifam. La crise immobilière aggrave encore la situation, les achats d’équipements de cuisine dépendant largement des déménagements ou des acquisitions immobilières. En parallèle de ses deux usines en Centre-Val de Loire, Brandt dispose d’un centre de service après-vente à Saint-Ouen-l’Aumône et d’un siège social à Rueil-Malmaison. La survie du groupe dépend désormais de la capacité à convaincre des investisseurs privés et à sécuriser l’appui public. À 48 heures de l’audience, l’avenir industriel de Brandt se joue dans une tension maximale, avec en ligne de mire plusieurs centaines d’emplois et la pérennité d’un acteur historique du paysage industriel français.


