Feuille de route énergétique : pourquoi Lecornu affronte Retailleau et Le Pen

La feuille de route énergétique du gouvernement va enfin sortir ce jeudi 12 février. Attendue depuis près de trois ans, la programmation pluriannuelle de l’énergie doit fixer les orientations énergétiques de la France jusqu’en 2035. Entre souveraineté, compétitivité et climat, cette stratégie énergétique suscite déjà une vive confrontation politique, notamment avec Bruno Retailleau et Marine Le Pen.

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Une feuille de route énergétique sous pression politique et industrielle, au cœur de la programmation pluriannuelle

Ce jeudi 12 février 2026, Sébastien Lecornu va dévoiler officiellement la programmation pluriannuelle de l’énergie lors d’un déplacement dans le Jura, sur les barrages hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans. Le texte couvrira la période 2025-2035 et sera publié par décret au Journal officiel vendredi 13 février 2026. Ainsi, cette stratégie énergétique, plusieurs fois différée, entend apporter de la visibilité aux acteurs industriels, alors même que les investissements et les emplois dépendent directement de cette programmation pluriannuelle.

En effet, la PPE était attendue depuis près de trois ans, en raison de débats intenses entre partisans du nucléaire et défenseurs d’un mix davantage renouvelable. D’abord, un projet de loi avait été présenté début 2024, puis abandonné face à ce que L’Info Durable qualifie de « guerre des religions » entre pro-nucléaires et pro-renouvelables. Ensuite, le gouvernement a opté pour un décret, jugé plus rapide. Roland Lescure a assuré : « Ce décret s’inspirera de toutes les discussions que nous avons eues avec les uns et les autres », selon BFMTV. Il a ajouté : « Et face à l’urgence géopolitique, face à l’urgence économique, face à l’urgence industrielle et face à l’urgence climatique, notre responsabilité à tous, c’est d’avancer ». La dimension énergétique apparaît donc centrale, tant sur le plan économique que géopolitique.

Une stratégie énergétique marquée par le nucléaire et les renouvelables dans la programmation pluriannuelle

Le contenu de cette feuille de route énergétique repose sur un double accélérateur. D’une part, le gouvernement confirme l’inscription de six réacteurs nucléaires de nouvelle génération de type EPR et « huit supplémentaires en option », selon BFMTV. Cette orientation rompt avec la précédente programmation pluriannuelle (2019-2024), qui prévoyait la fermeture de plusieurs réacteurs. D’autre part, des investissements sont annoncés « dans l’éolien en mer, le photovoltaïque, la géothermie » et l’éolien terrestre, toujours selon BFMTV. Cependant, pour l’éolien terrestre, la priorité sera donnée au remplacement d’équipements existants par des modèles plus puissants, afin de limiter les tensions locales. Cette stratégie énergétique cherche donc un équilibre entre acceptabilité sociale et décarbonation.

Les chiffres avancés soulignent l’ampleur des enjeux énergétiques. Selon L’Info Durable, les énergies fossiles représentent encore 60 % de la consommation énergétique française en 2026. Par ailleurs, d’après RTE cité par L’Info Durable, l’importation d’énergies fossiles a représenté 64 milliards d’euros en 2024, tandis que l’exportation d’électricité n’a rapporté que cinq milliards d’euros. En revanche, la production d’électricité française est déjà décarbonée à 95 %, notamment grâce au nucléaire, selon BFMTV. Pour le solaire, Jules Nyssen, président du syndicat des énergies renouvelables (SER) souligne dans L’Info Durable : « il y a déjà 30 GW de puissance installée en France, et 10 GW de projets autorisés en file d’attente. Si la feuille de route indiquait un objectif de production de 40 GW en 2030, cela équivaudrait à un moratoire car il n’y aurait alors aucune possibilité de développement », dans « Nouvelle feuille de route énergétique : les clés pour tout comprendre ». Ainsi, la programmation pluriannuelle cristallise les attentes d’une filière électrique en quête de visibilité.

Une bataille énergétique frontale avec le RN et Bruno Retailleau sur fond de souveraineté

La publication de cette feuille de route énergétique déclenche une offensive politique immédiate. Bruno Retailleau, président des Républicains, a demandé au gouvernement de renoncer à publier la PPE et souhaite mettre « un terme au financement public » des renouvelables, selon BFMTV. De son côté, Marine Le Pen multiplie les critiques. La dirigeante du RN voit dans la publication du décret « une faute démocratique », « une folie », un « choix brutal ». Elle estime également que « Les objectifs de coût des énergies, aussi bien l’électricité, le gaz que les carburants, sont à des niveaux bien trop élevés, niveaux qui ruineront le pouvoir d’achat des Français et la compétitivité des entreprises », selon Le Parisien.

Le RN chiffre l’impact à 300 milliards d’euros et conteste la méthode du décret. Marine Le Pen a aussi dénoncé « une lourde faute du Premier ministre », selon BFMTV. En réponse, Sébastien Lecornu a répliqué sur X : « La vraie faute serait de ne rien faire ». Il a également évoqué une « dépendance géopolitique » devenue « dangereuse ». Dans ce contexte, l’énergie devient un axe stratégique majeur. Comme le résume Jean-Philippe Tanguy dans Le Parisien : « Si l’économie est un organisme, l’énergie, c’est le sang ». La programmation pluriannuelle cristallise ainsi une confrontation idéologique entre souveraineté énergétique, pouvoir d’achat et transition climatique, à un an de la clause de revoyure prévue en 2027.

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