L’arrivée de l’euro numérique alimente en ce moment de vifs échanges au Parlement européen. Ce projet, soutenu par la Banque Centrale Européenne (BCE), vise à moderniser notre système monétaire en proposant une version digitale de l’argent liquide, utilisable dans les commerces, en ligne ou pour les transactions entre particuliers. La promesse de préserver la confidentialité des transactions séduit une partie des consommateurs, mais suscite aussi de fortes inquiétudes parmi les acteurs économiques.
Ce que ça change pour l’économie
Mettre en place l’euro numérique représenterait un vrai chamboulement pour les acteurs traditionnels du secteur financier. L’instrument est vu comme un concurrent potentiel des géants américains, Visa et Mastercard, mais aussi des solutions souveraines comme Cartes Bancaires (CB) et Wero.
Selon une hypothèse avancée, une détention de 1 000 € par citoyen pour 200 millions d’utilisateurs entraînerait un retrait de 200 milliards d’euros des bilans bancaires, ce qui pourrait « renchérir les taux des prêts aux entreprises et aux particuliers d’au moins 4 milliards d’euros », rapporte MoneyVox.
Pour limiter ces effets négatifs, la Fédération bancaire française (FBF), le Medef, et la CPME recommandent de plafonner l’euro numérique à 100 € par personne, en parallèle du plafond de 10 000 € pour les paiements en espèces. Selon eux, cela permettrait de réduire la pression sur le système bancaire tout en conservant la compétitivité de l’euro numérique comme un « moyen de paiement supplémentaire ».
Le cadre légal et les défis techniques
La BCE table sur une phase pilote dès 2027, puis un début d’émission en 2029, à condition qu’un cadre législatif européen soit adopté d’ici la fin de l’année. Les auteurs de la tribune, Daniel Baal (FBF), Patrick Martin (Medef) et Amir Reza-Tofighi (CPME), insistent pour que ce calendrier soit respecté à la lettre.
Le succès de l’euro numérique dépendra aussi de son adoption par les entreprises et les commerçants : il vaut mieux éviter qu’ils soient contraints de maintenir deux infrastructures distinctes. La tribune publiée dans Les Echos plaide pour que la BCE s’appuie sur les standards de paiement européens déjà en place afin d’assurer une bonne interopérabilité. En reprenant les mêmes standards que le secteur privé, le projet pourrait être rendu « plus efficace », renforçant ainsi ses effets positifs possibles.





