Crise au Moyen-Orient : pourquoi le lait va coûter plus cher

Les ménages aux revenus modestes seront particulièrement affectés, le lait représentant une part plus importante de leur budget alimentaire.

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Retrait de toutes les boîtes de lait infantile Lactalis produite à Craon
Crise au Moyen-Orient : pourquoi le lait va coûter plus cher © journaldeleconomie.fr

Lactalis annonce devoir répercuter sur ses prix les surcoûts de plusieurs dizaines de millions d’euros causés par la guerre au Moyen-Orient. Une décision qui interroge alors que le géant laitier affiche un bénéfice net en hausse de 50% à 528 millions d’euros.

Lactalis contraint de répercuter les surcoûts liés à la guerre en Iran

Le géant laitier français Lactalis vient d’annoncer qu’il allait devoir « répercuter » l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur ses prix de vente aux consommateurs. Cette décision, annoncée par Emmanuel Besnier lors de la présentation des résultats 2025, illustre parfaitement comment les crises géopolitiques se transforment mécaniquement en hausses pour les ménages français. Derrière les marques Président, Lactel ou Galbani, c’est l’ensemble de l’industrie laitière qui subit les contrecoups d’un conflit démarré fin février entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

Cette annonce intervient paradoxalement alors que Lactalis affiche des résultats financiers particulièrement robustes. Le groupe familial lavallois a enregistré un chiffre d’affaires de 31,2 milliards d’euros en 2025, soit une progression de 2,9% sur un an. Plus frappant encore, son bénéfice net a bondi de près de 50%, passant de 359 millions à 528 millions d’euros.

Des résultats 2025 qui questionnent la capacité d’absorption

Face à des performances financières aussi solides, on peut légitimement s’interroger sur la réelle incapacité du groupe à absorber ces surcoûts. Avec un bénéfice net en progression de 47%, soit 169 millions d’euros supplémentaires par rapport à 2024, Lactalis dispose théoriquement de marges de manœuvre substantielles. Emmanuel Besnier a d’ailleurs souligné que 2025 constituait « une année charnière » avec notamment la consolidation du développement américain, où les ventes régionales ont franchi pour la première fois la barre des 10 milliards d’euros.

Cette santé financière éclatante contraste avec les « plusieurs dizaines de millions d’euros » de surcoûts évoqués par Thierry Clément, directeur général des opérations. Si l’on considère que « plusieurs dizaines » pourrait représenter entre 20 et 90 millions d’euros dans le pire des cas, cela représenterait au maximum 17% du bénéfice net 2025. Une proportion qui, rapportée au chiffre d’affaires colossal du groupe, apparaît relativement marginale.

Transport et emballage : les postes de coûts impactés

Selon les explications fournies par la direction de Lactalis, la guerre au Moyen-Orient génère « un impact important sur les coûts, à la fois sur les transports et les emballages ». Cette situation s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement tendu depuis que le conflit a embrasé la région, entraînant une flambée des prix de l’énergie qui se répercute mécaniquement sur l’ensemble de la chaîne logistique. Pour les emballages, la hausse des prix du pétrole se traduit directement par une augmentation du coût des matières plastiques et des cartons.

Thierry Clément a précisé que le groupe souhaitait « minimiser l’impact en fonction des catégories » de produits. Cette approche suggère une stratégie tarifaire nuancée, où certains produits pourraient être davantage préservés que d’autres. Traditionnellement, les industriels tendent à protéger leurs gammes d’entrée de gamme pour maintenir l’accessibilité, tout en répercutant plus facilement les hausses sur les produits premium.

Cette différenciation pourrait également s’appliquer géographiquement. Lactalis étant présent dans de nombreux pays via ses 260 sites de production et ses 85 000 salariés, l’impact des surcoûts logistiques varie selon les marchés. Les produits destinés à l’export, notamment vers l’Amérique du Nord où le groupe réalise désormais plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, pourraient être plus fortement touchés.

L’équation impossible des ménages français

Pour les consommateurs français, cette annonce s’ajoute à un contexte inflationniste déjà préoccupant. Selon l’Insee, les prix des produits laitiers ont déjà progressé de manière significative ces derniers mois, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages. Le lait, produit de première nécessité présent dans tous les foyers, constitue un poste budgétaire incompressible pour les familles.

Cette situation illustre parfaitement le phénomène de transmission des crises géopolitiques vers l’économie réelle. Comme l’avait montré l’épisode du cargo bloqué dans le canal de Suez, notre monde interconnecté fait que les battements d’ailes d’un conflit régional peuvent rapidement se transformer en ouragan tarifaire dans nos supermarchés.

Les ménages aux revenus modestes seront particulièrement affectés, le lait représentant une part plus importante de leur budget alimentaire. Cette réalité soulève des questions sur la répartition des efforts en période de crise : faut-il que les consommateurs paient systématiquement les conséquences de l’instabilité mondiale ?

Qui finira par payer la facture de la crise ?

La stratégie annoncée par Lactalis révèle les mécanismes de répartition des coûts en période de crise. Le groupe réclame, comme d’autres industriels de l’agroalimentaire, « la réouverture au plus vite de négociations commerciales avec les distributeurs pour partager ces frais imprévus ». Cependant, ces derniers se montrent peu enclins à accepter de nouvelles hausses, préférant maintenir leurs marges.

Cette situation crée un effet de ciseau où les consommateurs finaux se retrouvent in fine à supporter l’essentiel de la charge. Les distributeurs, soucieux de préserver leur compétitivité, répercutent intégralement les hausses fournisseurs. Les industriels, même en situation financière favorable comme Lactalis, préfèrent maintenir leurs marges plutôt que d’absorber temporairement les surcoûts.

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