Le 2 juillet 2026, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rejeté l’appel de Google et confirmé une sanction record : 4,1 milliards d’euros d’amende pour abus de position dominante. Cette décision clôt un contentieux débuté en 2015. Google a imposé son moteur de recherche et son navigateur Chrome aux fabricants de téléphones Android, éliminant ainsi toute concurrence. Pourquoi cette pratique pose-t-elle problème ? Qu’est-ce que cela change concrètement pour vous ? Explications.
Qu’est-ce que Google a fait de mal ?
Android : le système d’exploitation que tout le monde utilise
Android équipe environ 70 % des smartphones et tablettes dans le monde. Ce système d’exploitation, développé par Google, domine largement le marché mobile. Apple et son iOS représentent l’essentiel du reste. Cette domination confère à Google un pouvoir considérable : contrôler ce que des milliards d’utilisateurs trouvent sur leur écran au moment d’allumer leur appareil. Selon Le Figaro, cette position dominante permet à Google d’imposer ses conditions aux fabricants de téléphones.
La préinstallation forcée : forcer les utilisateurs à choisir Google
Entre 2011 et 2018, Google a exigé des fabricants (Samsung, Huawei, etc.) qu’ils préinstallent Google Search et Chrome sur tous les appareils Android. Impossible de vendre un téléphone Android sans ces applications. Les fabricants n’avaient pas le choix : accepter ou renoncer à Android. Cette stratégie a étouffé les moteurs de recherche concurrents comme Qwant, DuckDuckGo ou Bing. Les utilisateurs, eux, se retrouvaient avec Google par défaut, sans avoir vraiment choisi. CNEWS précise que Google a modifié ses accords depuis 2018 pour permettre aux utilisateurs de choisir librement leur moteur de recherche.
Pourquoi c’est considéré comme de l’abus de pouvoir ?
L’avocate générale Juliane Kokott a expliqué en juin 2025 : « Google occupait une position dominante sur plusieurs marchés de l’écosystème Android et bénéficiait ainsi d’effets de réseau qui lui permettaient de faire en sorte que les utilisateurs recourent à Google Search. Aucun concurrent hypothétique supposé aussi efficace n’aurait pu se trouver dans une telle situation. » En clair, Google a utilisé sa domination sur Android pour verrouiller le marché de la recherche mobile. Les concurrents n’avaient aucune chance, même s’ils proposaient de meilleurs services. Cette pratique viole les règles européennes de concurrence, qui interdisent aux entreprises dominantes d’écraser leurs rivaux par la force plutôt que par le mérite. Le secteur technologique est particulièrement surveillé par Bruxelles.
La longue route vers la condamnation
2015-2018 : l’enquête de l’Europe contre Google
En 2015, la Commission européenne ouvre une enquête sur les pratiques de Google. Après trois ans d’investigation, elle conclut en 2018 : Google a bien abusé de sa position dominante. L’amende initiale s’élève à 4,3 milliards d’euros, un montant record. La Commission reproche à Google d’avoir imposé trois restrictions illégales : préinstallation obligatoire de Google Search et Chrome, versement de primes aux fabricants qui installent exclusivement Google Search, interdiction de vendre des appareils fonctionnant avec des versions modifiées d’Android.
2022 : une première validation du jugement
Google conteste la décision devant le Tribunal de l’Union européenne. En septembre 2022, le Tribunal valide l’essentiel de la condamnation, mais réduit légèrement l’amende à 4,1 milliards d’euros. Google fait appel devant la CJUE, la juridiction suprême de l’UE. L’entreprise argue que ses investissements dans Android ont bénéficié à l’ensemble de l’écosystème mobile et que le système reste ouvert et gratuit. Yahoo Finance rapporte que l’action Google a baissé de 1,5 % en avant-Bourse le jour de la décision.
2 juillet 2026 : la décision définitive tombe
Aujourd’hui, la CJUE tranche : « Le pourvoi formé par Google et sa société mère Alphabet est rejeté, confirmant ainsi la sanction infligée pour l’abus de position dominante de Google Search dans le cadre du système d’exploitation Android. » Cette décision est définitive, sans appel possible. Google doit payer les 4,1 milliards d’euros. Un porte-parole de Google réagit : « Ce jugement ne tient pas compte des investissements considérables que nous avons réalisés pour garantir qu’Android reste ouvert, interopérable et gratuit. Quoi qu’il en soit, nous avons adapté nos accords pour nous conformer à la décision initiale de 2018. »
Concrètement, qu’est-ce qui change pour vous ?
Plus de liberté pour choisir votre moteur de recherche
Depuis 2018, Google a modifié ses accords. Lorsque vous configurez un nouveau téléphone Android, un écran de choix apparaît : vous pouvez sélectionner votre moteur de recherche préféré parmi plusieurs options (Google, Bing, DuckDuckGo, etc.). Idem pour le navigateur. Cette liberté n’existait pas avant la procédure européenne. Vous n’êtes plus contraint d’utiliser Google par défaut. Cette évolution favorise la diversité des services et stimule l’innovation, car les concurrents peuvent enfin accéder aux utilisateurs Android.
Les autres services Google restent gratuits et accessibles
L’amende ne change rien à l’accès aux services Google. Gmail, YouTube, Google Maps, le Play Store restent gratuits et fonctionnels sur Android. Google peut toujours proposer ses applications, mais ne peut plus les imposer. Les fabricants de téléphones conservent la liberté d’installer ou non les applications Google. Les utilisateurs gardent la possibilité de les télécharger s’ils le souhaitent. Le modèle économique d’Android, financé par la publicité et les services Google, n’est pas remis en cause.
Ce que Google doit faire maintenant
Google doit continuer à respecter les règles de concurrence imposées en 2018. L’entreprise fait face à d’autres procédures : en septembre 2025, Bruxelles lui a infligé une amende supplémentaire de 2,95 milliards d’euros pour pratiques anticoncurrentielles dans la publicité en ligne. En janvier 2026, deux nouvelles enquêtes ont débuté : l’une sur l’accès des assistants IA concurrents à Android, l’autre sur le partage des données de Google Search. Ces dossiers pourraient déboucher sur de nouvelles sanctions. Sud Ouest souligne que l’Union européenne poursuit sa régulation stricte des géants technologiques. Le total des amendes infligées à Google en Europe dépasse désormais 7 milliards d’euros.

