En pleine révolution numérique, 92% des entreprises européennes disposant de points de vente physiques continuent d’accepter les paiements en espèces en 2026. Un chiffre qui marque une inflexion inattendue après des années de déclin du cash. Parallèlement, le paiement mobile explose : 68% des commerces l’acceptent désormais, contre seulement 36% deux ans plus tôt. Comment les entreprises gèrent-elles cette coexistence de modes de paiement ? L’enquête de la Banque centrale européenne publiée cette semaine éclaire les transformations en cours.
Le cash : toujours incontournable, mais pour quelles raisons ?
Pourquoi les entreprises persistent-elles à accepter les espèces malgré la multiplication des alternatives numériques ? Les réponses apportées par les commerçants révèlent des motivations pragmatiques, loin des débats idéologiques sur la disparition du cash.
La confidentialité et la fiabilité : les avantages perçus du cash
Les entreprises interrogées considèrent le paiement en espèces significativement supérieur aux méthodes numériques sur deux critères : la protection de la vie privée et la fiabilité. « Malgré l’essor du numérique, les entreprises continuent d’associer les espèces à des avantages spécifiques, notamment la protection de la vie privée et la fiabilité », confirme la BCE. Contrairement aux paiements par carte ou mobile, qui laissent des traces numériques, le cash garantit l’anonymat des transactions. La fiabilité tient quant à elle à l’absence de dépendance aux infrastructures électroniques, aux réseaux internet ou aux terminaux de paiement, susceptibles de pannes.
92% : un chiffre stable qui rassure sur l’avenir des espèces
Plus révélateur encore : 92% des entreprises acceptant actuellement le cash envisagent de continuer à le faire dans les cinq prochaines années. La stabilité de ce pourcentage démontre que les commerçants ne perçoivent pas le cash comme une contrainte appelée à disparaître, mais comme un service à maintenir pour leurs clients. « Dans l’ensemble, les espèces demeurent le moyen de paiement le plus largement accepté dans la zone euro », rappelle l’institution de Francfort. À l’image d’autres secteurs confrontés à des mutations, les entreprises privilégient l’adaptation plutôt que la rupture brutale.
Le paiement mobile : la révolution des deux dernières années
Si le cash résiste, le paiement mobile connaît une croissance spectaculaire qui redessine le paysage des transactions commerciales en Europe.
De 36% à 68% : comment le mobile s’est imposé
Entre 2024 et 2026, l’acceptation du paiement mobile a quasiment doublé, passant de 36% à 68% des entreprises. Cette progression fulgurante s’explique par plusieurs facteurs : généralisation des smartphones, simplification des interfaces (Apple Pay, Google Pay), pression concurrentielle entre commerçants et attentes des clients, notamment les plus jeunes. Les terminaux de paiement modernes intègrent désormais nativement la technologie NFC (sans contact), rendant l’adoption du mobile moins coûteuse pour les commerçants. La dématérialisation des services progresse sur tous les fronts, des transports aux paiements.
À partir de juillet 2027 : les règles qui s’imposent aux entreprises
Le 10 juillet 2027, un plafond de 10 000 euros pour les paiements en espèces entrera en vigueur dans toute l’Union européenne, en application du règlement (UE) 2024/1624. Au-delà de ce montant, les transactions commerciales devront obligatoirement passer par des moyens de paiement traçables. L’objectif affiché : limiter les possibilités de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme.
Vérification d’identité renforcée dès 3 000 euros
Pour les transactions professionnelles comprises entre 3 000 et 10 000 euros, une vérification d’identité renforcée devient obligatoire. Les entreprises devront collecter et conserver les informations d’identification de leurs clients lors de ces paiements en cash. La mesure concerne principalement les secteurs du luxe, de l’automobile d’occasion, de l’immobilier et de certains services professionnels.



