Dans un entretien accordé à franceinfo mercredi 12 août, Olivier Las Vergnas, président de l’Association française d’astronomie, a rappelé que la sécurité consiste simplement à avoir des lunettes spéciales éclipse, avant l’observation du phénomène attendu ce jour-là. Les lunettes de soleil ordinaires ne sont pas adaptées à l’observation du soleil.
Le danger tient justement à l’absence de signal d’alarme. « Le soleil détruit la rétine sans douleur instantanée », a averti l’astronome. Fixer l’astre revient à concentrer ses rayons comme à travers une loupe, un phénomène qu’il compare à une scène précise, expliquant que si l’on fixe le soleil, cela fait loupe, que les rayons du soleil se concentrent et brûlent la rétine, exactement comme Hergé l’a dessiné dans Tintin et le Temple du soleil.
Les lunettes agréées, elles, ne laissent passer qu’environ un cent-millième de la lumière solaire. Olivier Las Vergnas déconseille formellement de fabriquer soi-même une protection de fortune.
253 lésions oculaires recensées après l’éclipse de 1999
Le précédent le plus documenté remonte au 11 août 1999. Ce jour-là, une bande de totalité avait traversé la France en diagonale, du Nord au Nord-Est, tandis que le Sud-Est, du côté de la Côte d’Azur, n’avait connu qu’une éclipse partielle occultant environ 80 % du Soleil.
Un rapport du ministère de la Santé, publié en 2000 et mis à jour en 2019 par Santé publique France, a recensé 253 lésions oculaires dans l’Hexagone à la suite de l’observation du phénomène. Le recensement, réalisé sur questionnaire auprès de 54 000 ophtalmologistes et de 500 services d’urgences, avait remonté 1 024 consultations liées à l’éclipse dans 69 départements.
Parmi ces 253 cas, 147 patients présentaient une atteinte de la rétine, dont 17 jugées graves, avec une acuité visuelle tombée sous 2/10. Sept personnes étaient devenues malvoyantes des deux yeux. Les 106 autres cas concernaient de simples lésions superficielles de la cornée. Dans le Nord, le ciel couvert avait par ailleurs limité l’exposition directe, n’entraînant que des irritations de la cornée sans gravité.
Le paradoxe se situe justement là. Plus de la moitié des atteintes rétiniennes confirmées par un ophtalmologue provenaient du Sud-Est, la région où le Soleil était le moins masqué. Sous un ciel dégagé et un plein ensoleillement estival, les brûlures y étaient plus sévères et plus durables qu’au nord.
Plus de huit patients sur dix concernés y résidaient à l’année. Les 15-29 ans, avec 57 cas sur 147, représentaient 38,8 % des atteintes rétiniennes recensées à l’échelle nationale, une surreprésentation qui ne s’observait que dans cette zone d’éclipse partielle.
Les comportements à risque expliquent une bonne partie du bilan : sur les 253 lésions, 100 patients avaient regardé l’éclipse à l’œil nu, 74 avaient retiré leurs lunettes en cours d’observation et 32 avaient utilisé des moyens jugés inadéquats par le rapport.
Chez les patients atteints de la rétine dont le lieu d’observation était connu, 93 % avaient regardé le phénomène en dehors de la bande de totalité, lors d’une phase seulement partielle, et 75 % déclaraient une exposition de moins de cinq minutes.
La campagne de prévention de 1999 avait pourtant été massive : 30,6 millions de lunettes homologuées distribuées, dont 1,5 million fournies directement par l’État aux centres de vacances et aux personnes défavorisées, 12 millions de tracts et 700 000 affichettes.
Selon l’Institut de veille sanitaire, le stock de lunettes s’était révélé légèrement excédentaire dans la bande de totalité, mais potentiellement déficitaire plus au sud, où les commerçants s’étaient organisés plus tardivement. Le rapport de l’institut avance une autre piste : « Le nombre élevé d’atteintes de la rétine dans les régions du sud-est pourrait être lié à une mauvaise compréhension des messages de prévention. »
Ce chiffre de 93 % de victimes situées hors bande de totalité prend un relief particulier pour la Charente, où l’éclipse du 12 août n’était également que partielle.



