Le 7 septembre 2026, l’application Yuka, accompagnée des chercheurs Serge Hercberg et Mathilde Touvier, dévoile un livre blanc révélateur. Ils accusent l’industrie agroalimentaire de recourir à des tactiques similaires à celles des lobbies du tabac, de l’amiante et des pesticides pour affaiblir le Nutri-Score et désinformer les consommateurs. « Récemment, avec Serge Hercberg et Mathilde Touvier, nous avons constaté que nous subissions les mêmes stratégies, ce qui est alarmant », déclare Julie Chapon, cofondatrice de Yuka, au Parisien.
Le Nutri-Score : une menace pour l’industrie agroalimentaire
Un outil de transparence devenu essentiel
Créé en janvier 2014 par des chercheurs de l’EREN, le Nutri-Score, autrefois appelé « logo 5C », évalue la qualité nutritionnelle des produits avec une lettre et une couleur. Cet algorithme, basé sur des décennies de recherches, offre une information claire et immédiate. Validé par des instances sanitaires françaises, il est devenu incontournable pour de nombreux consommateurs en France et en Europe. L’idée d’un affichage obligatoire reste un sujet de débat politique majeur.
La riposte des industriels
Pour les multinationales de l’agroalimentaire, un produit classé D ou E par le Nutri-Score est moins attrayant, ce qui impacte les ventes et les marges. Les reformulations étant coûteuses, ces entreprises voient dans le Nutri-Score une menace économique. D’où la mise en place d’une riposte méthodique sur plus de dix ans. Le livre blanc de Yuka recense sept stratégies utilisées depuis 2014 pour affaiblir cet outil.
Les sept tactiques de lobbying : stratégie d’influence éprouvée
Tactique 1 : discréditer le Nutri-Score
Dès 2014, l’ANIA, principal lobby alimentaire français, critique le Nutri-Score comme un « étiquetage nutritionnel simpliste ». Ce terme devient récurrent pour décrédibiliser la science derrière l’outil. Pourtant, l’algorithme du Nutri-Score repose sur une recherche validée par les autorités sanitaires.
Tactique 2 : proposer des systèmes concurrents
En 2017, alors que la France adopte le Nutri-Score, six multinationales lancent l’Evolved Nutrition Label pour fragmenter le marché. La coexistence de plusieurs étiquetages crée de la confusion et diminue l’impact du logo français.
Tactique 3 à 7 : autres stratégies d’affaiblissement
Le livre blanc décrit d’autres tactiques : financer des études contradictoires, utiliser les tribunaux pour retarder l’adoption réglementaire, mobiliser des fédérations professionnelles, influencer les parlementaires pour maintenir l’affichage volontaire, et déplacer le débat vers la responsabilité individuelle. Ces stratégies forment un arsenal efficace et coordonné.
Affichage obligatoire ou volontaire : un enjeu crucial
Nestlé affirme soutenir le Nutri-Score obligatoire, à condition d’une harmonisation européenne. L’ANIA est favorable à un cadre européen mais privilégie l’affichage volontaire, permettant de ne pas apposer le logo sur les produits mal classés. L’affichage obligatoire exposerait tous les produits, y compris ceux notés D ou E, ce qui a d’importantes implications économiques.
Face à une décennie de lobbying intense, Yuka et les chercheurs proposent de former les parlementaires aux techniques d’influence dès le début de leur mandat. L’objectif est de renforcer leur résistance face aux stratégies de manipulation. Julie Chapon souligne la difficulté de contrer ces tactiques. Former les élus pourrait rééquilibrer le rapport entre intérêt général et intérêts privés, et l’harmonisation du Nutri-Score obligatoire en Europe pourrait en dépendre.


