Michael O’Leary, patron de Ryanair, prévient que les billets d’avion en Europe vont augmenter de 10 à 20% en 2027, la plus forte hausse de l’histoire. L’explosion du prix du kérosène (doublé depuis février 2026), l’expiration des contrats de couverture et la réduction de l’offre de sièges expliquent cette flambée inédite qui va impacter des millions de voyageurs européens.
Ce que dit Michael O’Leary : la plus forte hausse de l’histoire
Lors d’une conférence de presse à Bruxelles, le PDG de la première compagnie low-cost européenne a été catégorique : « Vous allez assister à la plus forte hausse des tarifs aériens de l’histoire en Europe au cours des 12 prochains mois. » Les chiffres avancés parlent d’eux-mêmes. Une augmentation de 10 à 20% représenterait, pour un billet Paris-Barcelone actuellement vendu 80 euros, un prix oscillant entre 88 et 96 euros en 2027. Pour une famille de quatre personnes partant en vacances, la facture grimperait de 32 à 64 euros supplémentaires.
Michael O’Leary n’a pas l’habitude de dramatiser sans raison. Sa prédiction s’appuie sur des données concrètes. Ryanair n’est actuellement couverte qu’à 15% de ses besoins en carburant pour 2027, contre 80% de couverture jusqu’en mars 2027. « Ryanair n’est plus couverte qu’à 15%, c’est-à-dire rien », a-t-il déclaré sans détour. Les chiffres de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) confirment déjà la tendance : en septembre 2026, les tarifs aériens au départ de France ont augmenté de 10,6% sur un an, avec une hausse de 12,1% sur les liaisons internationales. La trajectoire est déjà amorcée.
Les trois raisons de cette hausse historique
Raison 1 : le prix du kérosène a explosé
Le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février 2026 a bouleversé le marché énergétique. Le prix du kérosène est passé de 750 dollars la tonne avant le conflit à 1.550 dollars en septembre 2026, selon la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (FNAM). Le 8 octobre 2026, le kérosène atteignait même 1.590 dollars la tonne, soit plus du double du niveau d’avant-guerre. Or, le carburant représente habituellement près d’un tiers des coûts d’exploitation des compagnies aériennes. Une telle explosion des prix rend impossible le maintien des tarifs actuels sans compromettre la viabilité économique des transporteurs.
Raison 2 : les contrats de protection arrivent à expiration
Jusqu’à présent, les compagnies aériennes ont été partiellement protégées par des contrats de couverture (hedging) négociés avant le conflit. Ryanair, par exemple, avait sécurisé 80% de ses besoins jusqu’en mars 2027 à 67 dollars le baril. Mais ces contrats arrivent progressivement à échéance au cours de 2027, exposant les transporteurs aux prix actuels du marché. Pour 2027, Ryanair n’est couverte qu’à 15% à 85 dollars le baril, un niveau bien supérieur aux 67 dollars précédents mais toujours inférieur aux cours actuels. « Most of his competitors were in a similar position », a précisé Michael O’Leary, soulignant que l’ensemble du secteur fait face au même défi.
Raison 3 : réduction de l’offre et consolidation du secteur
La hausse des coûts du carburant s’accompagne d’une réduction de l’offre de sièges en Europe. Ryanair a annoncé le 20 octobre la suppression de 20 lignes et de plus d’un million de sièges en Belgique pour son programme hivernal, en réaction à l’augmentation des taxes aériennes (passant de 2 à 7 euros par passager en janvier 2027). La France a également augmenté sa taxe de solidarité aérienne. Cette combinaison de hausses fiscales et de coûts énergétiques pousse les compagnies à réduire leur capacité, créant une raréfaction de l’offre qui tire mécaniquement les prix vers le haut. Plusieurs transporteurs risquent la faillite, accélérant la consolidation du secteur.
Concrètement, qu’est-ce que ça change en 2027?
Pour les voyageurs : moins de vols, plus chers
Les consommateurs vont subir un double effet. D’abord, une hausse directe des tarifs de 10 à 20%. Ensuite, une réduction du nombre de liaisons disponibles. Les destinations secondaires, moins rentables, risquent d’être abandonnées au profit des lignes principales. Les voyageurs à budget limité, qui bénéficiaient jusqu’ici des tarifs low-cost, verront leur accès au transport aérien se réduire. Un billet Bruxelles-Malaga actuellement vendu 60 euros pourrait atteindre 72 euros au mieux, 72 euros au pire. Pour les familles et les étudiants, l’impact sera significatif.
Pour les compagnies aériennes : la survie en question
Les transporteurs font face à un dilemme. Augmenter les tarifs risque de réduire la demande et de pénaliser le remplissage des avions. Maintenir les prix actuels menace directement leur rentabilité. Les compagnies les plus fragiles, sans réserves financières suffisantes, pourraient ne pas survivre à l’année 2027. Le secteur s’attend à une vague de faillites et de rachats, similaire à celle observée après la crise sanitaire de 2020-2021. Seules les compagnies disposant de fonds propres solides et d’une gestion rigoureuse pourront traverser cette tempête.

