Journal de l'économie

Envoyer à un ami
Version imprimable

La taxation des vins français





Le 3 Octobre 2019, par Sébastien Burel - Expert

C’est une marque d’attention dont la filière viticole se serait bien volontiers passée. Tout récemment, les importations de vins français aux USA ont déjà été menacées par Donald Trump lors des tensions qui ont suivi la taxation par la France des activités des GAFA.


On croyait la menace écartée après les échanges entre le président Macron et son homologue américain au sommet du G7, à Biarritz. Le répit n’aura pourtant été que de courte durée puisque ces importations se voient à nouveau prises pour cible par l’administration US. La crise intervient dans le cadre plus large de la résolution, à l’OMC, du conflit commercial sur les financements indus d’Airbus par l’Union européenne. Certes, à côté de la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni sont également cités. Certes, d’autres produits agricoles comme les olives, les fromages, la viande de porc ou des biens manufacturés sont également visés par ces sanctions. Il n’empêche, les viticulteurs français ont décidément l’impression d’être devenus les têtes de Turc de M. Trump ; un comble quand on sait qu’il est lui-même producteur de vins issus de cépages… bordelais.
 
Quelles conséquences doit-on attendre de l’imposition d’une taxe de 25% ad valorem sur les vins français ? En 2018, les importations de vin aux USA ont atteint les 5,3 milliards d’€, dont un tiers est revenu à la France. Le marché américain est la première destination des exportations françaises, soit 20% du chiffre total, selon Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux de France, (FEVS). Dans une conférence de presse qui s’est tenue dans l’urgence le 3 octobre, son président a tenu à détailler l’impact de ces mesures sur le secteur :
 
  • Un renchérissement d’environ 30% du prix des vins dans les linéaires et sur la carte des restaurants ;
  • Une baisse des ventes qui pourrait atteindre 50% pour le segment des vins vendus actuellement entre 15 et 30 $, tranche qui représente la moitié des vins français importés sur le marché américain ;
  • La montée en puissance des vins italiens qui ne sont pas concernés par les mesures américaines et qui devraient partiellement se substituer aux produits français, notamment sur le créneau extrêmement dynamique des bouteilles à moins de 30$ ;
  • La réduction des marges des producteurs pour tenter de limiter la hausse des prix entrainant la fragilisation de pans entiers de la production. 
     
Il y a 5 ans, les viticulteurs avaient déjà fait les frais d’un conflit commercial avec la Chine à propos de panneaux solaires. Ils prônent pour l’instant une désescalade du conflit mais se sentent pris en otage par une situation dont personne ne semble pouvoir prédire l’issue. Les sanctions sont supposées prendre effet dès le 18 octobre 2019. Robert E. Lighthizer, en charge du dossier au sein de l’administration américaine a laissé entrouverte la porte des négociations.

Par la voix de sa porte-parole, le gouvernement français a fait savoir que sa réponse se fera en concertation avec les acteurs européens. Or la Commission européenne n’est pas encore en place. Il y a donc peu à attendre du côté de Bruxelles. Donald Trump, quant à lui, est en campagne pour sa réélection, qui se jouera comme la fois dernière en Floride et dans les états du Mid West, bien loin des bars à vins de New York et de San Francisco où se consomment majoritairement les vins français. En attendant, le beaujolais nouveau qui s’apprête à embarquer pour l’Amérique risque bel et bien de rester à quai cette année.
 



Vitis



Les entretiens du JDE

OPA du fonds Searchlight sur Latécoère : un nouveau scandale Alstom ?

Frédérique Picard :"j’ai décidé de répertorier les leviers spécifiques qui permettent aux femmes d’oser"

Jean-Louis Scaringella, les taux d’intérêt négatifs ou : « l’euthanasie des rentiers »

La Saga des Audacieux

Pouquoi les ambitions protectionnistes chinoises et américaines frappent la France et l'Europe

Frédéric Verdavaine (Nexity) : « Nous sommes au croisement de nombreux enjeux de société structurants pour l’avenir »

​« L’Etat ne peut pas se transformer en « père fouettard » et réguler avec des mesures très restrictives les acteurs innovants de l’économie collaborative »

"Les collectivités territoriales sont nos partenaires privilégiés." Carmen Munoz, Directrice Générale de Citelum












Rss
Twitter
Facebook