Autolib’ : l’addition salée des communes d’Île-de-France après la victoire judiciaire de Bolloré

Cette condamnation met les finances des communes sous pression. La Ville de Paris, qui comptait 700 stations, sera la plus impactée par le remboursement. D

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Autolib’ : l’addition salée des communes d’Île-de-France après la victoire judiciaire de Bolloré © journaldeleconomie.fr

L’expérience Autolib’, lancée en grande pompe en 2011, devait révolutionner la mobilité urbaine avec des voitures électriques en libre-service. Pourtant, sept ans après son arrêt brutal en 2018, le projet continue d’alourdir les finances publiques. La cour administrative d’appel de Paris a condamné, le 21 février 2025, les 98 communes franciliennes impliquées dans le service à indemniser le groupe Bolloré à hauteur de 66 millions d’euros.

Autolib’ : une idée en avance sur son temps qui n’a pas convaincu

Dès son lancement, Autolib’ suscitait l’enthousiasme. Imaginé sous le mandat de Bertrand Delanoë, le service devait s’imposer comme un modèle de mobilité propre et économique. À son apogée, il comptait 3 907 véhicules répartis sur 1 100 stations en Île-de-France, avec un objectif ambitieux de rentabilité. Pourtant, la réalité a rapidement rattrapé les projections trop optimistes. Les frais de maintenance ont explosé, les bornes ont souffert d’un manque d’entretien, et le vandalisme des véhicules a aggravé la situation. Malgré 150 000 abonnés, le modèle économique s’est effondré sous le poids d’un déficit grandissant.

Le syndicat mixte Autolib’ Vélib’ Métropole (SAVM), regroupant une centaine de communes d’Île-de-France, a acté l’arrêt définitif du service en juin 2018. Une décision radicale, portée notamment par Anne Hidalgo, qui estimait que le gouffre financier ne pouvait plus être toléré. Le groupe Bolloré, de son côté, a immédiatement saisi la justice pour obtenir une indemnisation de 233,7 millions d’euros, invoquant une clause de compensation des pertes figurant dans le contrat initial. En décembre 2023, le tribunal administratif de Paris avait rejeté la demande, estimant que le groupe Bolloré avait une part de responsabilité dans l’échec du projet. Mais la cour administrative d’appel de Paris, saisie en seconde instance, a finalement tranché en sa faveur.

Un préjudice pour le groupe mais moins d’argent que demandé

Dans son arrêt, la juridiction considère que la résiliation unilatérale du contrat par le syndicat mixte a causé un préjudice avéré au groupe Bolloré, justifiant l’indemnisation accordée. Le montant de 66 millions d’euros se décompose en 44,9 millions d’euros pour compenser les pertes d’exploitation, 13 millions d’euros pour les infrastructures de recharge, et 8,2 millions d’euros pour la résiliation anticipée du contrat. La cour souligne également que ni le groupe Bolloré ni le syndicat mixte n’ont su réagir à temps aux difficultés économiques du projet. Le groupe aurait dû notifier l’échec du modèle dès 2013, ce qui aurait permis une sortie anticipée du contrat sans les pertes financières actuelles.

Cette condamnation met les finances des communes sous pression. La Ville de Paris, qui comptait 700 stations, sera la plus impactée par le remboursement. D’autres collectivités devront également contribuer, selon leur implication dans le projet. Sylvain Raifaud, président du SAVM, prend acte du jugement, tout en soulignant que l’indemnité est bien inférieure aux 233 millions réclamés initialement par Bolloré. Il estime que ce verdict reconnaît aussi les erreurs de gestion de l’opérateur et laisse entrevoir une possible contestation devant le Conseil d’État. Un pourvoi en cassation pourrait être envisagé, mais celui-ci ne suspendrait pas le paiement de la somme due.

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