Carburants à 2,41 euros : Sébastien Lecornu réunit d’urgence les acteurs de l’énergie pour faire face à la crise

Le gazole atteint 2,41 € le litre dimanche 20 septembre 2026, un record historique. Le gouvernement convoque deux réunions d’urgence à Matignon pour examiner les approvisionnements perturbés par la guerre au Moyen-Orient et définir des aides ciblées, tout en excluant toute baisse de taxes ou blocage des prix des carburants.

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Carburants à 2,41 euros : Sébastien Lecornu réunit d’urgence les acteurs de l’énergie pour faire face à la crise © journaldeleconomie.fr

Le dimanche 20 septembre 2026, les automobilistes français ont constaté des prix records des carburants. Le gazole atteint 2,41 € le litre en moyenne nationale, battant tous les précédents records. Le SP95-E10, le carburant le plus populaire en France, dépasse désormais 2,17 €, et le SP98 atteint 2,28 €. En réponse, le gouvernement organise deux réunions d’urgence à Matignon ce lundi 21 septembre, l’une concernant les approvisionnements en pétrole et gaz, l’autre sur les aides à court et moyen terme pour les citoyens.

Les chiffres alarmants de septembre 2026

Le pic précédent pour le gazole, à 2,41 € le litre, a été atteint la veille, samedi 19 septembre. En moins de 48 heures, le prix moyen national a augmenté de plusieurs centimes. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, rappelons qu’en 2022, lors de la dernière crise énergétique, le gazole avait déjà atteint des sommets. Aujourd’hui, les prix explosent : 2,41 € représente une hausse de près de 20 % par rapport aux niveaux de début 2026. Le SP95-E10 suit la même tendance à 2,17 € le litre, et le SP98 culmine à 2,28 €.

Remplir un réservoir de 50 litres coûte désormais 120,50 € pour le gazole, contre environ 100 € il y a six mois, un surcoût mensuel qui pèse lourdement sur les budgets des foyers, notamment ceux qui dépendent de leur voiture pour le travail. Certaines associations comme Emmaüs Brest rapportent des augmentations de 35 % sur leurs dépenses de carburant, mettant en péril leur viabilité financière.

En 2022, la guerre en Ukraine avait causé une hausse brutale des prix du pétrole, et le gouvernement avait mis en place une remise de 18 centimes par litre financée par l’État. Actuellement, les prix dépassent ceux de 2022, mais l’exécutif refuse de réitérer ce type de soutien massif. Roland Lescure, ministre de l’Économie, a exclu toute baisse de taxes ou blocage des prix lors de ses interventions sur France Inter et LCI lundi matin. « On sait où sont les tankers, on a ce qu’on a dans les stocks », a-t-il déclaré pour rassurer sur les approvisionnements. Cependant, la grogne sociale s’intensifie, avec 88 % des Français craignant une nouvelle vague de protestations similaires aux Gilets jaunes.

Les causes de la hausse des prix

Le principal facteur de cette crise est le détroit d’Ormuz. Situé entre l’Iran et la péninsule Arabique, ce passage maritime stratégique voit transiter environ 30 % du pétrole mondial. Depuis février 2026, un conflit au Moyen-Orient perturbe ce couloir, ralentissant le passage des tankers et allongeant les délais, ce qui entraîne une augmentation des tarifs d’assurance des compagnies maritimes. Le résultat est une flambée du prix du baril de Brent sur les marchés internationaux.

Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre chargée de l’Énergie, a résumé la situation sur LCI : « La situation est extrêmement difficile pour beaucoup de Français. Cela s’explique par la situation internationale. Ce qu’il se passe au Moyen-Orient, c’est ce qui impacte directement les prix des carburants. » Sept mois de tensions géopolitiques suffisent à déstabiliser l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement européenne, et la France, qui importe la majorité de son pétrole, en ressent fortement les effets.

Plusieurs étapes séparent le pétrole brut du litre vendu en station. D’abord, le coût du baril : une hausse de 10 dollars entraîne une augmentation de 6 à 8 centimes à la pompe. Ensuite, le raffinage, dont le coût augmente avec les normes environnementales. Puis, les taxes, qui représentent environ 60 % du prix final en France (TICPE, TVA). Enfin, la marge des distributeurs, généralement faible (2 à 5 centimes par litre).

Lorsque le détroit d’Ormuz se grippe, c’est toute la chaîne qui déraille. Les tankers mettent plus de temps, les stocks stratégiques s’amenuisent, et les raffineurs paient leur approvisionnement plus cher. En conséquence, le prix à la pompe s’envole. Roland Lescure a précisé que 17 % des stations connaissent des ruptures partielles, un taux qu’il juge « normal » après un week-end de forte affluence. Les stations TotalEnergies, moins chères, font face à des pressions particulières avec des files d’attente et des cuves vides.

Les réponses du gouvernement face à la crise

Le gouvernement privilégie des aides ciblées plutôt qu’une remise généralisée. Une aide de 100 € existe déjà pour les « grands rouleurs » précaires, mais la moitié des bénéficiaires potentiels ne l’ont pas encore demandée. Le ministre du Travail a confirmé qu’une aide supplémentaire pour les gros rouleurs est à l’étude. Les critères précis seront annoncés après la réunion de Matignon cet après-midi.

En parallèle, l’exécutif rejette toute baisse de taxes. Contrairement aux demandes de Marine Le Pen (Rassemblement National) et Jean-Luc Mélenchon (France Insoumise), qui réclament respectivement une baisse des taxes et un blocage des prix, Roland Lescure argue que les finances publiques ne permettent pas une nouvelle subvention massive. En 2022, la remise généralisée avait coûté plusieurs milliards d’euros à l’État. Aujourd’hui, avec l’arrivée prochaine d’une taxe européenne sur les carburants pouvant ajouter 15 centimes, la marge de manœuvre budgétaire se réduit encore.

L’exécutif envisage d’introduire un plafonnement des prix, sur le modèle du Luxembourg ou de la Belgique, au plus tard début 2027. L’État fixerait un prix maximum de vente en station, et compenserait la différence aux distributeurs si le coût d’achat dépasse ce plafond. Bien que coûteux, ce système pourrait protéger le pouvoir d’achat sans toucher aux taxes. L’Allemagne, elle, a annoncé un rabais fiscal dès le 1er octobre jusqu’à fin 2026, offrant un soulagement temporaire à ses automobilistes.

En attendant, les Français doivent composer avec des tarifs record. Les deux réunions de ce lundi à Matignon devraient préciser les contours des aides et rassurer sur la sécurité des approvisionnements. Maud Bregeon a insisté : « À l’heure où l’on se parle, il n’y a pas de risques de pénurie de carburants. On a des stocks stratégiques qui sont à plein en ce moment. » La question persiste : combien de temps les automobilistes français devront-ils supporter ces prix records avant qu’une solution durable n’émerge ? Cela dépendra autant des négociations au Moyen-Orient que de la capacité du gouvernement à équilibrer soutien aux ménages et rigueur budgétaire.

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