Ces horaires atypiques qui menacent la santé de millions de Français

Entre 55 % et 75 % des actifs occupés en France sont exposés à des horaires de travail atypiques au cours de leur carrière. L’ANSES alerte sur les effets néfastes de ces rythmes décalés sur la santé physique, mentale et la vie sociale des salariés.

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Entre 55 % et 75 % des actifs français sont confrontés, au cours de leur carrière, à des horaires de travail dits atypiques. Le 2 septembre 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un avis préoccupant sur les conséquences sanitaires et sociales de ces horaires qui diffèrent du classique 9 heures-17 heures, du lundi au vendredi. Ces horaires, incluant le travail le week-end, les journées de plus de huit heures, et les postes débutant tôt ou finissant tard, concernent désormais une majorité de salariés, d’agents publics et de travailleurs indépendants, tous secteurs confondus.

L’Anses a mis en évidence des corrélations statistiques solides entre ces rythmes de travail et une dégradation de la santé physique et mentale ainsi que de l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Henri Bastos, directeur scientifique santé et travail de l’agence, déclare que ces horaires atypiques touchent aujourd’hui 55 % à 75 % des actifs, selon la définition utilisée. « Quelle que soit votre profession, vous pouvez être concerné à un moment ou à un autre », précise-t-il.

Une notion sans cadre juridique

L’Anses a défini les horaires atypiques en trois catégories : le travail le week-end, les horaires longs de plus de huit heures par jour ou quarante heures par semaine, et les horaires décalés entre 5 heures et 8 heures du matin ou entre 19 heures et minuit. Cette typologie englobe la plupart des situations dérogeant au cadre standard sans tomber dans le travail de nuit, déjà étudié par l’agence en 2016.

Actuellement, aucune définition légale ne correspond à la notion d’horaires atypiques en droit français ou européen. L’Anses souligne l’urgence de créer une définition commune avec une portée juridique pour améliorer la prévention des risques professionnels et harmoniser la collecte de données pour la recherche future. Sans ce cadre, les travailleurs concernés restent dans une zone grise, sans les protections spécifiques accordées, par exemple, aux travailleurs de nuit.

Maladies cardiovasculaires, anxiété et troubles du sommeil

L’analyse de 172 études scientifiques pertinentes a permis de classer les effets des horaires atypiques selon la robustesse des associations statistiques en effets démontrés, suggérés ou insuffisants pour conclure. Les horaires longs ont clairement des effets néfastes sur les maladies cardiovasculaires, l’anxiété et la qualité du sommeil. Ils semblent également affecter la santé reproductive, métabolique, le risque de dépression, l’équilibre vie professionnelle et socio-familiale, ainsi que le taux d’accidents du travail.

Le travail le week-end affecte négativement l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, et pourrait nuire à la santé mentale (dépression, anxiété) et physique (troubles du sommeil, douleurs, fatigue, troubles musculosquelettiques, accidents). Les horaires décalés ont des répercussions sur la vie socio-familiale, en particulier pour les postes en soirée, ainsi que sur la santé mentale, cardiovasculaire et la qualité du sommeil, surtout pour les postes matinaux. Henri Bastos explique : « La désynchronisation avec les rythmes collectifs, comme le fait de croiser sa famille sans jamais les voir vraiment, dégrade la vie sociale et familiale et peut ensuite affecter la santé. »

L’Anses note que les horaires atypiques ne touchent pas uniformément la population active. Les plus diplômés sont plus souvent confrontés aux horaires longs, tandis que les moins diplômés subissent les horaires décalés et le travail le week-end. En 2019, selon l’Insee, les femmes travaillaient plus souvent le week-end et en horaires fractionnés, la forme la plus contraignante. Être né à l’étranger augmente aussi la probabilité de travailler en horaires atypiques.

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