Le Canada et les États-Unis ont finalement trouvé un terrain d’entente. Le pont international Gordie Howe, ouvrage à haubans de six voies reliant Windsor en Ontario à Détroit au Michigan, ouvrira ses portes le 27 juillet, a confirmé le gouvernement fédéral canadien dans un communiqué publié peu après 19 h un vendredi.
L’annonce met fin à plusieurs semaines de bras de fer entre Ottawa et Washington, qui avait bloqué une première cérémonie d’inauguration prévue le 12 juin.
La contrepartie est nette : Ottawa, qui devait initialement percevoir l’intégralité des recettes des péages, a accepté d’en reverser la moitié aux États-Unis pendant les 15 premières années d’exploitation, sous la forme d’un fonds de développement économique régional. La Windsor-Detroit Bridge Authority devra en outre obtenir l’aval américain si elle souhaite augmenter les tarifs de plus de 10 % ou les abaisser en dessous des moyennes régionales comparables.
Mark Carney a tenté de minimiser la portée de la concession. Dans un entretien à CTV News, le premier ministre canadien a assuré que ce serait une bonne affaire pour le Canada, ajoutant qu’une fois déduits les coûts d’entretien et le remboursement de la dette, il n’y aura pas beaucoup de bénéfices à partager. La formule a eu du mal à convaincre tout le monde.
Trump, les Moroun et une inauguration bloquée
L’épisode avait commencé en février, lorsque Donald Trump avait exigé sur les réseaux sociaux que le Canada cède au moins la moitié de la propriété du pont au gouvernement américain. Selon La Presse, ces exigences auraient suivi une rencontre entre Howard Lutnick, secrétaire au Commerce des États-Unis, et la famille Moroun, propriétaire du pont Ambassador voisin et important donateur de Trump.
Ce pont centenaire, détenu par des intérêts privés, assure actuellement la grande majorité du transit commercial entre les deux pays : le Gordie Howe est précisément conçu pour en absorber une partie du trafic, saturé depuis des décennies.
Le 11 juin, à la veille de la cérémonie avortée, Carney avait reconnu que le Canada avait accepté de retarder l’ouverture et de prendre le temps nécessaire pour résoudre les questions en suspens, précisant que la demande venait de Washington. Le samedi de l’annonce de l’accord, Trump s’est félicité sur Truth Social : « L’accord initial était inacceptable pour moi. Le nouvel accord est formidable et équitable. »
Les réactions canadiennes ont été moins enthousiastes. La Presse a parlé de « taxage » et d’une « rançon » payée par Ottawa. Andrew Lawton, député conservateur, a dénoncé dans les colonnes du National Post une capitulation désastreuse. The Globe and Mail a relevé froidement qu’un accord avec les États-Unis n’est valable que tant que M. Trump souhaite continuer à l’honorer.
Le pont lui-même a coûté 6,4 milliards de dollars canadiens, entièrement à la charge des contribuables canadiens. Les travaux avaient débuté en 2018.
« Ce sera Le Gordie »
Au milieu de la polémique, la famille de Gordie Howe attend l’inauguration avec une impatience d’une autre nature. Le Dr Murray Howe, fils cadet du légendaire numéro 9 des Detroit Red Wings, sera présent lors de la coupure du ruban. À 65 ans, il s’est confié à Tony Geftos, journaliste de la chaîne WXYZ à Détroit, sur ce que représente cet ouvrage pour lui.
Quand le nom du pont avait été annoncé en 2015, Gordie Howe était encore en vie. Sa réaction ? « Eh bien, ça me semble plutôt bien. » Murray Howe en sourit encore : « C’était tout à fait lui, parce que, encore une fois, il était tellement humble. »
Le joueur est décédé le 10 juin 2016, à 88 ans, un an après l’annonce et bien avant le début des travaux.
Son fils voit dans le pont quelque chose qui dépasse le simple hommage sportif. « Quand je pense au pont, je me mets à sourire, parce que je pense à quel point mon père était amusant et à la façon dont il égayait la journée de tout le monde. J’ai l’impression que ce pont contribuera à faire naître toute une nouvelle génération de gens qui voudront faire pareil », a-t-il dit.




