Le timing est parfait. Endetté, affaibli, mais toujours stratégique, SFR s’apprête à changer de mains. Et Patrick Drahi, fondateur du groupe Altice, pourrait bien en sortir grand gagnant. À condition que le duel Bouygues–Niel tourne à la surenchère.
Il y a des ventes qu’on subit, et d’autres qu’on orchestre. Celle de SFR, actuellement en négociation discrète mais avancée, appartient clairement à la seconde catégorie. Patrick Drahi, toujours actionnaire majoritaire d’Altice Franceavec 55 %, cherche à restructurer une dette devenue incontrôlable. Et pour cela, il est prêt à lâcher son principal actif télécoms. Mais pas à n’importe quel prix.
Deux repreneurs, une opportunité à saisir pour Drahi
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 60 milliards d’euros de dette pour Altice dans son ensemble, dont 24 milliards pour la seule branche française. SFR, de son côté, pèse 15,5 milliards d’euros d’endettement. Une pression énorme, qui empêche tout investissement significatif et alourdit chaque trimestre un peu plus la facture.
Dans ce contexte, la cession de SFR apparaît comme la seule option viable pour Drahi. Et elle pourrait lui rapporter gros : jusqu’à 5 milliards d’euros selon les projections évoquées par La Lettre de l’Expansion, si la concurrence entre les candidats au rachat fait monter les enchères. Ce n’est pas seulement une vente d’urgence : c’est aussi une stratégie financière bien rôdée.
La meilleure manière de maximiser un actif en tension ? Créer une concurrence. C’est exactement ce qui est en train de se produire avec l’arrivée de Martin Bouygues (Bouygues Telecom) et Xavier Niel (Iliad / Free), tous deux en lice pour reprendre SFR.
Pour Drahi, ce duel est une aubaine. D’un côté, Bouygues, conseillé par Rothschild, vise la taille critique pour affronter Orange sur le marché domestique. De l’autre, Iliad, plus offensif, qui rêve d’une consolidation à l’échelle européenne. Deux projets solides, deux prétendants crédibles. Résultat : les négociations prennent de la valeur.
Chaque nouvelle rumeur, chaque mouvement tactique entre les deux camps sert directement l’intérêt du vendeur. Car dans cette configuration, c’est Drahi qui tient le rythme de la danse. Plus les deux acheteurs s’opposent, plus il peut espérer faire monter la note.
Le jackpot ou la dernière manœuvre ?
Patrick Drahi n’en est pas à son premier coup de ciseaux dans son portefeuille d’actifs. Son retrait progressif des télécoms n’est pas un aveu d’échec, mais une manœuvre assumée. SFR n’est plus l’atout stratégique d’il y a dix ans. Trop de dettes, un modèle commercial sous pression, des parts de marché qui s’érodent.
Mais tant que l’actif reste attractif pour d’autres, il conserve une valeur marchande. Et la conjoncture actuelle joue en faveur du vendeur : les taux remontent, les liquidités sont plus rares, mais les opérateurs cherchent à consolider pour survivre. Dans ce marché en tension, chaque occasion de grossir est une opportunité à ne pas manquer.
Il reste des inconnues : le rôle des autorités de régulation, les éventuels fonds étrangers en embuscade (KKR, STC, Etisalat), et la possibilité d’une vente à la découpe. Mais le scénario d’un “jackpot” pour Drahi reste crédible.
Avec une cession bien négociée, il pourrait non seulement réduire la dette d’Altice France, mais aussi préserver une part de valeur pour ses autres actifs, aujourd’hui menacés par le spectre d’un refinancement douloureux.
Dans le dossier SFR, Drahi n’est pas le plus fort, mais c’est peut-être le plus malin. Et dans une guerre où deux titans s’affrontent pour un actif en difficulté, le mieux placé n’est pas toujours celui qui gagne… mais celui qui vend au bon moment.




