Selon l’étude du Céreq publiée le 24 mars 2026 et relayée notamment par BFMTV, le cumul entre scolarité et emploi s’installe dans le quotidien d’une partie des adolescents. Derrière le petit boulot, il faut lire autre chose qu’une simple envie d’argent de poche : pour beaucoup de familles, ce revenu devient un appoint, et pour l’école, un signal encore mal identifié.
Un quart des élèves déclarent exercer une activité rémunérée durant l’année scolaire
Le sujet n’est pas seulement celui de quelques extras le week-end, mais celui d’une pratique désormais assez répandue pour interroger la vie quotidienne des foyers. Sur plus de 6.000 répondants interrogés au printemps 2025, près d’un quart des élèves déclarent exercer une activité rémunérée durant l’année scolaire. En voie professionnelle, la proportion approche un tiers. Le phénomène couvre des réalités très diverses : restauration, livraison, revente en ligne, baby-sitting, emplois familiaux, activités déclarées ou non. Le Céreq insiste d’ailleurs sur le fait que le travail lycéen relève d’une véritable « mosaïque sociale et économique ».
Pour une partie des adolescents, l’entrée dans le monde du travail ne commence pas après le bac, mais bien avant. Cela change le rythme des semaines, la place des week-ends, le rapport à l’autonomie et, parfois, l’équilibre financier du foyer. Le sujet est d’autant plus sensible qu’il demeure largement discret dans les établissements, alors même qu’il concerne des jeunes encore mineurs pour une partie d’entre eux.
Le Céreq souligne aussi que ce fait social reste peu pris en compte dans les politiques éducatives françaises. L’étude parle d’un phénomène qui passe « sous les radars » des politiques scolaires. Cette formule résume bien l’enjeu : les lycéens qui travaillent existent, mais ils entrent rarement dans les cadres habituels d’analyse de la réussite scolaire, du décrochage ou des inégalités éducatives.
Derrière le petit boulot, des situations familiales très différentes
L’image du lycéen qui finance seul ses loisirs ne suffit pas à résumer la réalité. L’un des apports majeurs de l’étude est de montrer que les logiques sociales divergent fortement. Dans certains cas, le travail est présenté comme un apprentissage de l’autonomie, presque comme un rite d’entrée dans l’âge adulte. Une proviseure citée par le Céreq résume cette vision en parlant de l’élève salarié parce que cela permet de gagner son argent de poche et de s’autonomiser, une représentation qu’elle associe plutôt aux milieux favorisés.
Mais l’autre versant est plus rude. Selon les témoignages recueillis, certains jeunes travaillent pour soutenir concrètement leur famille. L’étude cite le cas d’une lycéenne d’une famille monoparentale qui travaille « par nécessité », et rapporte aussi ce constat formulé dans les entretiens : « souvent ces jeunes disent travailler pour aider les parents ». Là, le revenu du lycéen ne relève plus du confort personnel ; il devient une pièce du budget domestique.
Ce dossier ne parle pas uniquement d’éducation ; il parle aussi de pouvoir d’achat. Quand un adolescent consacre ses soirées ou ses week-ends à une activité rémunérée, cela peut traduire un désir d’indépendance, mais aussi la pression exercée sur des ménages qui arbitrent déjà tout : transport, alimentation, équipement numérique, loisirs, parfois permis de conduire. Le travail lycéen devient alors un révélateur discret des tensions économiques qui traversent les familles.
Une réalité que l’école voit souvent trop tard
Autre enseignement important : le système scolaire prend généralement connaissance de ces emplois lorsqu’ils commencent à produire des effets visibles. Le Céreq explique que la communauté éducative découvre le sujet surtout quand apparaissent fatigue, retards, absentéisme ou baisse des résultats. Une proviseure citée dans l’étude évoque ainsi des élèves qui « travaillait tard le soir ».
Le problème n’est donc pas seulement l’existence de ces jobs, mais leur invisibilité partielle. Les professionnels interrogés disent avoir souvent sous-estimé leur ampleur. Le communiqué de presse du Céreq va dans le même sens en expliquant que ce travail lycéen est « quasi absent des radars de la communauté enseignante ». Pour les élèves eux-mêmes, le silence tient aussi à une logique simple : leur activité rémunérée « ne regarde pas » le lycée.
Cette faible visibilité complique tout. Elle rend plus difficile l’identification des situations où l’emploi reste ponctuel et compatible avec les cours, et celles où il devient un facteur de fragilisation. L’étude ne dit pas qu’un emploi condamne automatiquement la réussite scolaire. Elle montre plutôt que les effets dépendent du volume horaire, des conditions de travail, du caractère choisi ou subi de l’activité et du contexte social de l’élève.
Ce que cette étude dit déjà de la jeunesse française
Au fond, l’enquête du Céreq décrit une jeunesse plus vite confrontée que prévu aux contraintes du marché du travail. Certains y gagnent de l’expérience, de l’assurance ou une première forme de liberté financière. D’autres y entrent sous pression, au prix d’une fatigue chronique ou d’un brouillage entre le temps de l’école et celui de la nécessité économique. Le phénomène est particulièrement fort en lycée professionnel, ce qui rappelle que les inégalités de parcours se jouent aussi dans la façon dont les adolescents vivent le temps hors classe.
L’intérêt de cette publication est précisément de sortir le sujet du folklore du « petit job ». En France, la figure du lycéen salarié reste encore peu pensée comme objet de politique publique. Pourtant, dès lors qu’un quart des élèves sont concernés, la question cesse d’être anecdotique. Elle touche à la réussite scolaire, à la protection des mineurs, à la précarité des ménages et à la manière dont une société organise l’entrée de ses jeunes dans le travail.



