La France risquerait bientôt de produire trop d’électricité

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Alors que la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit une montée en puissance des capacités de production d’électricité, notamment via le nucléaire et les énergies renouvelables, des experts soulignent le risque d’un excédent difficile à écouler. Cette situation pose plusieurs questions sur les choix stratégiques en matière d’énergie et leur impact économique.

Dans un marché où la demande n’évolue pas au même rythme que l’offre, un excédent d’électricité peut devenir un enjeu économique et structurel. La France, qui ambitionne une production énergétique largement décarbonée, doit désormais anticiper les effets d’une potentielle surcapacité et réfléchir aux ajustements nécessaires pour préserver la compétitivité de son modèle énergétique.

Un contexte énergétique en mutation

La politique énergétique française repose sur une double ambition : assurer la souveraineté énergétique du pays tout en contribuant aux objectifs climatiques de l’Union européenne. Dans cette optique, la PPE prévoit une forte augmentation des capacités de production d’électricité, portée par la relance du nucléaire et l’essor des énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien.

Plusieurs analyses estiment que la croissance de l’offre pourrait dépasser la demande nationale d’ici 2035. En 2024, la consommation d’électricité en France est encore inférieure aux niveaux d’avant la crise sanitaire, bien que certaines projections anticipent un rebond progressif lié à l’électrification de nombreux secteurs, notamment l’industrie et les transports.

Les dynamiques de la surproduction d’électricité

La production d’électricité française repose historiquement sur une forte composante nucléaire, qui représente aujourd’hui environ 70 % du mix énergétique. Le gouvernement a annoncé un renforcement de cette filière avec la construction de nouveaux réacteurs. Les capacités installées d’énergies renouvelables continuent de leur côté d’augmenter, en raison des engagements pris pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

L’augmentation de la production ne s’accompagne pas nécessairement d’une hausse proportionnelle de la consommation. Selon les données récentes, la demande électrique en France a connu une relative stagnation au cours des dernières années, notamment en raison des gains d’efficacité énergétique et d’une croissance plus lente que prévu de certains usages électriques. De plus, les nouvelles habitudes de consommation, comme l’autoproduction solaire, peuvent également modifier la structure de la demande.

Si ces tendances se poursuivent, la France pourrait se retrouver avec un surplus d’électricité qui ne trouverait pas immédiatement preneur. L’exportation vers les pays voisins est une solution envisageable, mais elle dépend des besoins énergétiques de ces derniers, eux-mêmes engagés dans des politiques de développement de leurs propres capacités renouvelables.

Enjeux économiques et industriels d’une offre excédentaire

Une production d’électricité supérieure à la demande pose plusieurs défis économiques. D’un côté, l’augmentation des capacités nécessite des investissements significatifs, notamment pour la construction de nouvelles infrastructures de production et pour l’entretien du réseau électrique. De l’autre, une offre excédentaire pourrait conduire à une pression à la baisse sur les prix de gros de l’électricité, avec des effets contrastés selon les acteurs du secteur.

Pour les producteurs, une baisse prolongée des prix peut réduire la rentabilité des investissements et compliquer le financement de nouveaux projets. À l’inverse, pour les consommateurs, une abondance d’électricité pourrait signifier des prix plus avantageux à court terme. Toutefois, l’équilibre du système électrique repose aussi sur la capacité à maintenir des infrastructures performantes, ce qui nécessite une visibilité financière suffisante pour les exploitants.

Par ailleurs, les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables, qui garantissent un tarif d’achat fixe pour certaines productions, peuvent engendrer des coûts additionnels en cas de forte production excédentaire. Ces coûts sont généralement répercutés sur la facture d’électricité ou pris en charge par des mécanismes de compensation publique.

Exportation et flexibilité du réseau : des solutions envisageables

Face au risque de surproduction, plusieurs leviers peuvent être mobilisés. Le premier concerne le développement des infrastructures de transport d’électricité vers les pays voisins afin d’optimiser les exportations. La France dispose déjà d’interconnexions avec plusieurs pays européens, mais leur capacité pourrait être augmentée pour faciliter l’écoulement des surplus.

Le second levier repose sur le stockage de l’électricité, une technologie encore en développement à grande échelle. Les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) et les batteries de grande capacité constituent des pistes explorées pour absorber les excédents lors des périodes de forte production et les redistribuer en période de forte demande.

La flexibilité de la demande pourrait également jouer un rôle important. L’évolution des usages, avec des incitations à la consommation en dehors des pics de production, pourrait permettre une meilleure adaptation de la demande à l’offre. Certains secteurs industriels ou infrastructures, comme les électrolyseurs pour la production d’hydrogène, pourraient ajuster leur consommation en fonction des disponibilités électriques.

3 réflexions au sujet de “La France risquerait bientôt de produire trop d’électricité”

  1. Si le prix de l’ électricité baissait, cela permettrait peut-être une plus grosse consommation ce qui permettrait d’équilibrer l’offre et la demande.

  2. Tant que l’on n’a pas converti les 40 millions de véhicules qui sillonnent les rues des villes et des routes entre les villes,
    Tant que l’on n’a pas converti la totalité du chauffage de l’habitat à l’électricité,
    Tant que l’on n’a pas converti l’ensembles des industries utilisant la chaleur comme une matière première pour leur activité à l’électricité,
    Tant que l’on n’a pas converti à l’électricité tous les pans de l’agriculture qui peuvent l’être,
    ALORS ON NE PRODUIRA PAS TROP D’ELECTRICITE

    Serge Rochain

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