Heures creuses : ce qui changera pour 11 millions de foyers dès le 1er novembre 2025

À compter du 1er novembre 2025, les heures creuses seront redéfinies pour près de 11 millions de foyers français. Une réforme d’ampleur nationale, menée par Enedis sous la supervision de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), modifiera les horaires de consommation avantageuse afin d’adapter le réseau électrique aux nouveaux équilibres de production, notamment ceux issus des énergies renouvelables.

Publié le
Lecture : 4 min
Heures creuses : ce qui changera pour 11 millions de foyers dès le 1er novembre 2025
Heures creuses : ce qui changera pour 11 millions de foyers dès le 1er novembre 2025 | journaldeleconomie.fr

Le changement des heures creuses, attendu depuis plusieurs mois, deviendra réalité le 1ᵉʳ novembre 2025. Ce réajustement, qui concernera plus de 11 millions de consommateurs titulaires de contrats Heures Pleines / Heures Creuses, marque une étape clé dans la modernisation du réseau électrique français. Objectif : mieux caler les périodes tarifaires réduites sur les horaires où la production est la plus abondante et la demande la plus faible, tout en soutenant l’équilibre du système énergétique face à l’intermittence croissante du solaire et de l’éolien.

Une refonte stratégique des heures creuses

Jusqu’à présent, les heures creuses s’étendaient principalement la nuit, entre 22 h et 6 h, période où la demande est la plus basse. Or, cette organisation historique ne correspond plus aux nouveaux schémas de consommation ni aux pics de production renouvelable. Cette évolution vise à redistribuer une partie des plages tarifaires vers les horaires diurnes, notamment entre 11 h et 17 h, lorsque la production solaire est la plus abondante, explique Enedis.

Selon la CRE, au moins cinq heures creuses nocturnes seront conservées pour préserver le confort des ménages équipés d’appareils programmés (chauffe-eau, lave-linge, recharge de véhicules). Les trois heures restantes seront désormais positionnées en journée. Ce nouveau découpage permettra d’utiliser plus efficacement l’électricité d’origine renouvelable produite en milieu de journée, alors que la demande reste modérée.

La réforme sera progressive : le déploiement complet s’étalera jusqu’à fin 2027, avec un ajustement zone par zone en fonction des caractéristiques locales du réseau. Enedis indique que les consommateurs seront informés « au moins un mois avant » de la modification effective de leurs horaires personnels. Dans certaines régions, notamment celles dotées d’un fort parc photovoltaïque, les périodes d’après-midi devraient être favorisées dès la première phase de déploiement.

Objectifs économiques et énergétiques : une réforme systémique

Derrière la question des heures creuses, c’est tout le modèle d’équilibre électrique qui se transforme. En 2025, la part des énergies intermittentes (solaire, éolien) dans la production nationale dépasse déjà 30 %. Or, ces sources injectent massivement de l’énergie en journée, parfois au moment où la demande est faible. Résultat : les prix de gros de l’électricité s’effondrent à la mi-journée tandis que les heures pleines du soir restent sous tension. La réforme vise donc à lisser la courbe de charge, c’est-à-dire à répartir plus harmonieusement la consommation sur la journée.

Selon Connaissance des Énergies (2025), ce repositionnement des heures creuses constitue « un levier concret d’optimisation du réseau », susceptible de réduire les pointes de consommation jusqu’à 3 GW d’ici 2027. En parallèle, la CRE estime que cette redistribution permettra de limiter les coûts liés au stockage et à la mobilisation des centrales thermiques de pointe, aujourd’hui sollicitées lors des fins de journée hivernales.

Sur le plan financier, la réforme s’inscrit dans un contexte tarifaire déjà en tension : le TURPE 7, le tarif d’utilisation du réseau public d’électricité, a connu une hausse de 6 % au 1ᵉʳ février 2025. Si cette augmentation ne découle pas directement du changement des horaires, elle souligne la nécessité pour Enedis d’optimiser la gestion du réseau afin de contenir les coûts d’exploitation et d’investissement. À terme, mieux utiliser les plages d’énergie solaire pourrait contribuer à stabiliser les prix pour les ménages.

Conséquences concrètes pour les consommateurs

Pour les particuliers, les changements se traduiront surtout par un repositionnement des heures bon marché. Certaines plages historiques (7 h-10 h, 17 h-21 h) disparaîtront, selon La Dépêche. En pratique, il faudra adapter la programmation des appareils électroménagers et du chauffage pour continuer à profiter des tarifs avantageux. Les compteurs communicants Linky, déployés à plus de 90 %, permettront une transition simplifiée : la mise à jour des plages horaires se fera automatiquement, sans intervention technique à domicile.

Les offres actuelles resteront valables, mais leur structure changera. Ainsi, les contrats Tempo d’EDF, fondés sur des jours bleus, blancs et rouges, ne seront pas concernés : leurs heures creuses demeureront fixes, de 22 h à 6 h. Pour les abonnés à l’option Heures Pleines / Heures Creuses classique, l’impact dépendra du profil de consommation : les foyers qui utilisent beaucoup d’électricité en journée pourront y gagner, tandis que ceux dont les usages sont concentrés la nuit verront leurs économies légèrement réduites.

Les experts du secteur soulignent que ce basculement pourrait encourager une électrification plus flexible. Avec la montée des véhicules électriques et des pompes à chaleur, les heures creuses diurnes offrent une nouvelle fenêtre de recharge ou de fonctionnement optimisé. Enedis met en avant la possibilité de synchroniser les équipements intelligents via des programmateurs ou applications domotiques, permettant d’automatiser la consommation selon les nouveaux horaires.

Une adaptation technique et sociétale

D’un point de vue technique, la réussite du projet repose sur la capacité du réseau à piloter finement la demande. Les compteurs Linky et les systèmes de télégestion permettent désormais à Enedis de différencier les plages horaires selon les zones et les profils. Autrement dit, la France ne disposera plus d’un unique schéma d’heures creuses, mais de configurations locales, ajustées selon la production disponible. Une logique déjà en œuvre dans d’autres pays européens, notamment en Allemagne ou aux Pays-Bas.

Les associations de consommateurs, elles, appellent à la vigilance. Selon CNews, certaines inquiétudes portent sur la lisibilité des nouvelles grilles : il faudra que les fournisseurs communiquent clairement sur les nouveaux horaires et leurs effets sur la facture. Enedis s’engage à accompagner chaque client avec un simulateur personnalisé, accessible via l’espace en ligne du gestionnaire de réseau.

Pour les ménages les plus fragiles, la réforme ne modifiera pas le principe de la tarification sociale. Les aides existantes (chèque énergie, tarifs réglementés) continueront de s’appliquer de la même manière. En revanche, une adaptation des habitudes sera indispensable : les équipements programmables devront être reconfigurés, notamment les ballons d’eau chaude et les bornes de recharge domestiques.

Une évolution en phase avec la transition énergétique

Au-delà de l’aspect tarifaire, le repositionnement des heures creuses illustre la transformation profonde du système électrique français. En reliant directement la tarification aux cycles de production renouvelable, Enedis introduit une forme d’« éco-signal » : l’incitation à consommer lorsque l’énergie est la plus abondante et la moins carbonée. Cette flexibilité, rendue possible par le numérique et les compteurs communicants, prépare aussi le terrain à la future tarification dynamique, déjà testée dans plusieurs régions.

Pour la CRE, cette réforme représente un jalon stratégique : l’enjeu est d’éviter que le développement du solaire ne génère des excédents diurnes inutilisés. D’ici quelques années, cette approche pourrait être complétée par des tarifs encore plus fins, variant non plus seulement selon les horaires, mais aussi selon la météo et la tension du réseau.

À court terme, les effets économiques dépendront de la capacité des consommateurs à s’adapter. Les ménages capables de décaler 20 % de leur consommation vers les nouvelles heures creuses pourraient réduire leur facture annuelle d’électricité de 5 à 7 %. Une incitation qui devrait favoriser la domotisation du parc résidentiel et encourager la production d’énergie autoconsommée.

Laisser un commentaire

Share to...