« Je ne suis pas morte ce jour-là » : Christa Pike, la seule condamnée à avoir survécu à l’injection létale aux États-Unis

Deux doses de pentobarbital injectées, et pourtant Christa Pike respirait encore. Veines rompues, produit dégradé, secours tardifs : son exécution tourne au fiasco. Ce qui s’est réellement passé dans cette salle du Tennessee laisse sans voix.

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« Je ne suis pas morte ce jour-là » : Christa Pike, la seule condamnée à avoir survécu à l'injection létale aux États-Unis
« Je ne suis pas morte ce jour-là » : Christa Pike, la seule condamnée à avoir survécu à l’injection létale aux États-Unis © journaldeleconomie.fr

Christa Pike, 50 ans, a survécu mercredi à sa propre exécution. Après avoir reçu deux doses de pentobarbital, le produit létal utilisé par les autorités du Tennessee, elle respirait encore et a dû être transportée à l’hôpital. Les autorités pénitentiaires n’ont fait aucun commentaire dans l’immédiat et n’ont pas répondu aux sollicitations de l’AFP. L’information a été rapportée par plusieurs médias américains, dont le New York Times et The Tennessean.

Ses avocats, cités par ces mêmes médias, ont dénoncé un protocole défaillant : « Nous ne tirons aucune satisfaction du fait d’avoir eu raison, mais les préoccupations soulevées par Mme Pike se sont avérées fondées : difficulté d’accès aux veines, veines rompues, pentobarbital dégradé, absence de soins médicaux d’urgence lorsque les choses tournent inévitablement mal, le tout sous l’égide d’un protocole qui demeure enveloppé de secret ».

Ils ont ajouté : « Christa reçoit des soins dans un hôpital à proximité. Nous n’avons pas été informés de son état ».

L’exécution devait être la première mise à mort d’une femme aux États-Unis depuis 2023, et la première dans le Tennessee en plus de deux cents ans.

Mercredi a été marqué par plusieurs rebondissements judiciaires. Une cour d’appel fédérale avait suspendu l’exécution une heure avant l’horaire initialement prévu, à Nashville, pour se donner le temps d’examiner la recevabilité d’un recours de la défense sur les violences sexuelles subies par Christa Pike durant son enfance.

L’État du Tennessee avait reconnu ces violences pour la première fois lors d’une audience en août, sans changer sa position. La Cour suprême des États-Unis, à majorité conservatrice, a finalement annulé ce sursis, contre l’avis des trois juges progressistes, ouvrant la voie à l’exécution.

Dans la soirée, son avocat Luke Ihnen avait indiqué à l’AFP s’attendre à ce qu’elle ait lieu « d’un moment à l’autre ».

Cette décision est intervenue après le rejet, lundi, par le gouverneur républicain Bill Lee, des demandes de commutation de peine, malgré les appels de plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International. Début septembre, des experts mandatés par l’ONU avaient eux aussi appelé à suspendre l’exécution et à commuer la peine.

Une rivalité amoureuse à l’origine du meurtre

Christa Pike avait 18 ans lorsqu’elle a tué Colleen Slemmer, 19 ans, en 1995. Les deux jeunes femmes étaient camarades dans le programme de formation professionnelle Job Corps, à Knoxville. L’affaire, jugée en 1996, relevait d’une rivalité amoureuse. Deux complices, également adolescents à l’époque, ont échappé à la peine capitale : le petit ami de Christa Pike, alors âgé de 17 ans, condamné à l’emprisonnement à vie, et une autre jeune fille de 18 ans, condamnée avec sursis en échange de son témoignage.

Les avocats de Christa Pike soutenaient que sa défense, lors du procès, n’avait pas invoqué les circonstances atténuantes dont elle aurait dû bénéficier : un trouble bipolaire et un stress post-traumatique diagnostiqués tardivement, consécutifs à des violences, en particulier sexuelles, subies depuis son plus jeune âge.

La dernière exécution d’une femme aux États-Unis remontait à celle d’Amber McLaughlin, dans le Missouri en 2023, également première femme transgenre exécutée dans le pays. Depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976, 18 femmes ont été exécutées aux États-Unis, à peine plus de 1 % du total, selon l’observatoire Death Penalty Information Center.

L’exécution de Christa Pike aurait été la 30e de l’année aux États-Unis, dont 16 pour la seule Floride. En 2025, 47 exécutions avaient eu lieu dans le pays, le plus haut niveau depuis les 52 enregistrées en 2009. La peine de mort reste abolie dans 23 des 50 États américains.

L’ordre d’exécution délivré par la justice du Tennessee court en principe jusqu’à minuit mercredi, soit jeudi. Passé ce délai, les autorités devront solliciter une nouvelle date.

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