La Chine devient une puissance créancière majeure devant le Japon

La situation du Japon révèle l’un des paradoxes les plus troublants de l’économie mondiale contemporaine.

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Le Japon est en perte de vitesse
La Chine devient une puissance créancière majeure devant le Japon © journaldeleconomie.fr

Le Japon perd sa position de deuxième créancier mondial au profit de la Chine en 2025, malgré des avoirs extérieurs nets record. Cette relégation au troisième rang, après l’Allemagne, marque une transformation majeure de l’architecture financière internationale.

Le Japon relégué au troisième rang mondial des créanciers nets

Une page se tourne dans l’architecture financière mondiale. Pour la première fois de son histoire moderne, le Japon a perdu sa position de deuxième créancier net mondial, dépassé par la Chine en 2025. Cette relégation au troisième rang intervient à peine un an après avoir cédé la première place à l’Allemagne — marquant une chute vertigineuse pour l’archipel nippon qui dominait le classement depuis 1991.

Selon les données publiées par le ministère des Finances japonais, les avoirs extérieurs nets du pays ont pourtant atteint un niveau record de 561,75 trillions de yens (3,53 trillions de dollars) à fin 2025, soit une progression de 4,4% sur un an. Paradoxe saisissant de l’économie contemporaine : cette croissance soutenue n’a pas suffi à préserver le rang du Japon face à la montée en puissance de ses concurrents.

L’émergence fulgurante de la Chine créancière

L’ascension chinoise dans le classement des créanciers mondiaux illustre, avec une netteté troublante, le rééquilibrage géopolitique à l’œuvre. Avec des avoirs extérieurs nets de 636,3 trillions de yens, la Chine devance désormais le Japon de plus de 74 trillions de yens. Cette progression spectaculaire s’appuie sur un excédent commercial structurel qui a atteint un niveau historique de 735 milliards de dollars en 2025, représentant 3,7% du PIB chinois.

Yang Delong, économiste en chef chez First Seafront Fund à Shenzhen, souligne que cette évolution « n’est pas due à la volatilité du marché à court terme, mais résulte de la consolidation structurelle à long terme d’une base économique domestique solide, d’une allocation d’actifs transfrontaliers optimisée et d’une ouverture financière maîtrisée ». Les exportations chinoises ont progressé de 6,5% au dernier trimestre 2025, défiant les tarifs douaniers américains pourtant censés les freiner.

L’Allemagne confirme sa domination créancière

L’Allemagne conserve quant à elle sa position de premier créancier mondial, avec 675,5 trillions de yens d’avoirs nets. Cette suprématie repose sur une stratégie éprouvée : un excédent commercial massif et régulier, fruit d’exportations industrielles performantes dans la machinerie, l’automobile et la chimie. La Bundesbank confirme un excédent de compte courant de 197,4 milliards d’euros pour 2025, en retrait par rapport aux 251,5 milliards enregistrés en 2024, mais dont le volume demeure considérable.

La position nette internationale de l’Allemagne représente désormais plus de 50% de son PIB — ratio remarquable pour une économie de cette envergure. Contrairement au Japon, Berlin bénéficie de la stabilité relative de l’euro, qui épargne à ses calculs les distorsions monétaires dont pâtissent les avoirs libellés en yens.

Les paradoxes de la richesse japonaise

La situation du Japon révèle l’un des paradoxes les plus troublants de l’économie mondiale contemporaine. Ses avoirs étrangers ont progressé de 8,5% pour atteindre 1.806 quadrillions de yens, alimentés par les investissements directs des entreprises japonaises aux États-Unis et en Suisse, notamment dans la finance, l’assurance, l’équipement de transport et les métaux non ferreux.

Mais les passifs extérieurs ont crû encore plus rapidement, bondissant de 10,5% à 1.244 quadrillions de yens. Cette accélération s’explique principalement par l’envolée de 26% du Nikkei 225 en 2025, qui a franchi le seuil symbolique des 50 000 points. Selon les analystes de Business Standard, la valorisation des titres japonais détenus par des non-résidents a ainsi progressé de 62,2 trillions de yens — une mécanique qui, paradoxalement, érode la position nette du pays même lorsque ses actifs s’apprécient.

Les implications monétaires du déclin relatif

La politique monétaire de la Banque du Japon vient compliquer encore davantage l’équation. Après des décennies de taux négatifs, l’institution a relevé son taux directeur à 0,75% en décembre 2025, son niveau le plus élevé depuis 1995. Cette normalisation progressive met un terme au carry trade, stratégie par laquelle les investisseurs empruntaient à bas coût en yens pour placer leurs capitaux dans des actifs plus rémunérateurs à l’étranger.

Le gouverneur Kazuo Ueda conduit cette transition avec une prudence calculée, conscient des risques systémiques qu’elle recèle. Le relèvement surprise de juillet 2024 avait suffi à provoquer une chute de 12% du Nikkei et une brutale appréciation du yen, illustrant la sensibilité extrême des marchés mondiaux à ces ajustements.

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