À première vue, Lake Havasu City n’a rien du cliché californien. On est en Arizona, en plein désert, à l’extrémité ouest de l’État, sur la rive d’un lac artificiel créé par le barrage de Parker sur le Colorado. Pourtant, c’est là que des milliers de Californiens font leurs cartons. Selon le Los Angeles Times, en 2023 le comté de Mohave (dont Lake Havasu City est la principale ville) a accueilli 5 358 nouveaux arrivants venus de Californie, pour seulement 2 651 nouveaux résidents en provenance du reste de l’Arizona : c’est le ratio le plus élevé de tout l’État.
Un décor de carte postale au milieu du désert
Lake Havasu City s’est développée sur la rive est du lac Havasu, un vaste réservoir du Colorado long d’une soixantaine de kilomètres, à la frontière de la Californie. La ville compte désormais près de 60 000 habitants et profite d’un climat de désert chaud : hivers très doux, ciel bleu quasi permanent, à peine 10 cm de pluie par an. Le contraste est spectaculaire : plages de sable, palmiers, eau turquoise, mais tout autour, les reliefs ocre du désert et les montagnes arides de l’Arizona occidental. Le lac lui-même offre plus de environ 640 km de rivages, avec criques, petites plages, ports de plaisance et deux parcs d’État, Lake Havasu State Park et Cattail Cove, très prisés pour le camping, la randonnée et les sports nautiques. La ville s’est aussi offert une curiosité unique : le véritable London Bridge, racheté à Londres dans les années 1960 par l’industriel Robert McCulloch, démonté pierre par pierre, expédié à Long Beach puis remonté à Lake Havasu City. Aujourd’hui, le pont enjambe un chenal qui sépare la ville de “l’île” de Lake Havasu, devenu un centre névralgique de la vie touristique.
Pourquoi les Californiens s’y ruent
La première raison tient aux chiffres : les coûts de la vie et de l’immobilier. Le Los Angeles Times rappelle que le prix médian d’une maison à Lake Havasu City tourne autour de 435 000 dollars, bien en-dessous des métropoles côtières californiennes, où les médianes dépassent fréquemment les 800 000 à 1 million de dollars. Des comparateurs de coût de la vie montrent qu’un foyer doit souvent gagner 20 à 40 % de revenu en plus pour maintenir le même niveau de vie à Los Angeles ou San Diego qu’à Lake Havasu City (Apartments.com). La fiscalité joue aussi un rôle décisif. L’Arizona applique un impôt sur le revenu à taux unique de 2,5 %, alors que la Californie maintient l’un des systèmes les plus lourds des États-Unis, avec des tranches progressives allant jusqu’à 13,3 % pour les plus hauts revenus. Pour les retraités, l’Arizona ne taxe pas les prestations de Sécurité sociale, n’a ni impôt sur la succession ni sur l’héritage et est considérée comme l’un des États relativement “friendly” fiscalement. Sur la propriété, les taux restent modérés : environ 0,62 % en moyenne pour l’Arizona contre 0,73 % en Californie, et la valeur des biens est plus basse, ce qui allège fortement la facture annuelle. (thegedaljegroup.com) Pour beaucoup de nouveaux arrivants, le compromis géographique est idéal : Lake Havasu City se trouve à environ cinq heures de route de Los Angeles et moins de trois heures de Las Vegas. Assez loin pour changer totalement de cadre de vie et de fiscalité, assez près pour garder un lien avec la famille, les affaires ou… les stations de ski de la Sierra et la côte pacifique, accessibles en une journée de voiture.
Un mode de vie “vacances toute l’année”
Sur place, le quotidien ressemble à une version permanente de week-end prolongé. Le lac concentre l’essentiel de la vie sociale et des loisirs : bateaux à moteur, voiliers, pontons, jet-skis, paddle, pêche sportive (Lake Havasu est classé parmi les meilleurs lacs à black-bass des États-Unis), sans oublier la culture “spring break” qui a fait la réputation de la ville au printemps. Hors saison étudiante, l’ambiance devient plus familiale et beaucoup plus paisible ; Investopedia classe d’ailleurs Lake Havasu City parmi les destinations de retraite les plus attractives du pays, citant son coût de la vie inférieur à la moyenne américaine, la densité d’équipements de santé et la richesse de la vie associative et culturelle autour du lac et du London Bridge. Autre atout : la nature tout autour. Havasu National Wildlife Refuge et les zones protégées qui encadrent le lac offrent des dizaines de sentiers de randonnée, du VTT, de l’observation d’oiseaux (plus de 350 espèces recensées), sans oublier 1 800 miles de pistes off-road dans le désert pour les amateurs de buggy et de quad. L’hiver, les températures se stabilisent entre 15 et 25 °C l’après-midi : pour un Californien des montagnes ou du nord de l’État, fini la neige à pelleter, place à la piscine et au barbecue en t-shirt.
Un “secret” qui commence à se savoir
Le revers de la médaille, c’est que ce paradis discret l’est de moins en moins. L’analyse du Los Angeles Times montre que l’afflux de Californiens a fait exploser le segment haut de gamme : là où l’on comptait une petite dizaine de maisons à plus d’un million de dollars en 2019, on en trouve désormais plus d’une centaine sur le marché à un instant donné. Le positionnement “lac abordable” reste réel, mais la pression immobilière monte et certains habitants commencent à parler d’un risque de “Californisation” des prix. Pour l’instant, Lake Havasu City coche pourtant toutes les cases du “paradis secret” pour exilés californiens : un vrai décor de vacances, une densité d’activités outdoor rare, une fiscalité plus douce, un coût de la vie plus raisonnable, et la possibilité de revenir en quelques heures sur la côte ou vers la Sierra. Tant que la ville ne se transforme pas en mini-Los Angeles des sables, elle restera ce qu’elle est en train de devenir : l’adresse que les Californiens se refilent à voix basse quand ils cherchent à fuir l’État… sans renoncer au soleil ni à l’eau bleue.



