Médicaments, affections de longue durée, transports sanitaires… Les dépenses de santé sont souvent dans le viseur des gouvernements, et on demande aux Français de se responsabiliser pour alléger la charge pesant sur l’Assurance maladie. Mais une part de cette charge dépend aussi de pratiques des sociétés pharmaceutiques qui échappent au contrôle des citoyens. D’après le magazine 60 millions de consommateurs, en 2024, le coût global des médicaments a atteint 35 milliards d’euros, une somme lourde pour l’Assurance maladie française, accentuée par certaines pratiques douteuses de ces entreprises.
Pratiques déloyales : ce que ça coûte
2018-2022 a donné lieu à des amendes cumulées de 780 millions d’euros pour de telles pratiques dans l’Union européenne. De grandes entreprises, comme Sanofi, ont été condamnées à verser plus de 150 millions d’euros pour « pratiques anticoncurrentielles » concernant le médicament Plavix, avec un préjudice pour l’Assurance maladie estimé à au moins 115,9 millions d’euros. En 2002, Lundbeck a conclu des accords visant à retarder la commercialisation des génériques de son antidépresseur Seropram, ce qui a entraîné des sanctions de 93,8 millions d’euros par la Commission européenne, tandis que les producteurs de génériques ont écopé de 52,2 millions d’euros.
Hausse des prix abusives et réactions
Des abus de position dominante peuvent conduire à des hausses de prix vertigineuses. Aspen, une société sud-africaine, a vu le prix de son Purinéthol augmenter de 1 409 % et celui d’Alkéran de 1 131 % en 2013. Suite à l’enquête de la Commission européenne, elle s’est engagée en 2021 à réduire ses prix de 73 % en moyenne pendant dix ans et à garantir l’approvisionnement pendant cinq ans. Ce type d’ajustement permet de limiter les excès où le prix de vente peut être 300 % supérieur aux coûts de production. En France, cette réduction a fixé le prix d’Alkéran à 38,94 € et celui de Purinéthol à 12,64 €.
Parallèlement, l’Assurance maladie précise qu’elle « se laisse également la possibilité d’intenter une action » dans ce genre d’affaires, notamment face à la fraude à l’assurance maladie. Elle a d’ailleurs assigné Aspen en juin 2024, preuve de sa volonté de lutter contre les pratiques illicites qui fragilisent le système de santé solidaire.
Stratégies concurrentielles et régulation
La fusion annoncée de Pfizer et Mylan en 2019 a soulevé des inquiétudes : la Commission européenne redoutait une concurrence affaiblie sur les prix de 12 molécules. Pour limiter les risques anticoncurrentiels, les entreprises ont dû vendre plusieurs médicaments à quatre acheteurs différents.
Transparence des prix : ce que doivent savoir les assurés
Le système de santé français tente aussi de rendre les soins plus transparents pour les assurés, alors que l’augmentation du reste à charge pourrait affecter l’accès aux soins. Depuis fin septembre 2025, l’Assurance maladie informe ses bénéficiaires par courriels de l’Assurance Maladie des paiements récents pour qu’ils prennent davantage conscience des dépenses médicales. Une consultation chez le médecin généraliste tourne autour de 30 €, mais le coût réel des médicaments et des vaccins prescrits reste souvent opaque. L’usage généralisé du « tiers payant » rend le suivi personnel des frais de santé moins visible.



