Les holdings familiales permettent-elles de contourner l’impôt ?

Le débat sur la fiscalité des grandes fortunes et des entreprises revient régulièrement dans l’actualité française. Parmi les sujets les plus souvent évoqués figure celui des holdings familiales : ces structures juridiques et financières sont accusées de servir de refuge pour éviter l’impôt. Mais qu’en est-il réellement ? Servent-elles à contourner la fiscalité ou bien sont-elles un outil légitime de gestion et d’investissement ?

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1. Qu’est-ce qu’une holding ?

Une holding est, avant tout, une société comme une autre. Le terme vient de l’anglais to hold, c’est-à-dire « détenir ». Concrètement, une holding est une société dont l’objet principal est la détention de titres dans d’autres sociétés. Elle n’a pas forcément d’activité opérationnelle (production, vente, services) mais joue un rôle de société financière et de pilotage.

Il existe plusieurs formes de holdings :

  • La holding pure, qui ne fait que détenir des participations.
  • La holding mixte, qui combine détention de titres et activité économique propre.

En droit français, une holding est donc soumise aux mêmes règles que n’importe quelle autre entreprise : obligation de tenir une comptabilité, de déposer ses comptes annuels, d’être soumise à l’impôt sur les sociétés (IS), et d’appliquer les mêmes interdictions, notamment l’abus de biens sociaux si ses dirigeants utilisent les fonds à des fins personnelles.

Ce statut n’a donc rien de mystérieux ni d’opaque : il s’agit d’un outil de structuration patrimoniale et de consolidation de participations. Loin de représenter un mécanisme d’évasion fiscale automatique, la holding est un véhicule d’investissement reconnu par la loi et utilisé dans tous les pays développés pour faciliter la transmission, la gouvernance et la croissance d’un groupe d’entreprises.

2. Une holding n’est pas un compte bancaire personnel

Une idée fausse circule souvent : les détenteurs de holdings pourraient utiliser directement les bénéfices des sociétés pour financer leurs dépenses personnelles — voyages, biens de luxe, résidences secondaires. Cette vision relève du fantasme.

En pratique, une holding est une société distincte de ses actionnaires. Si ses dirigeants utilisaient l’argent pour des dépenses privées, ils commettraient un abus de biens sociaux, sanctionné pénalement. Une holding ne peut donc financer que des dépenses liées à son objet social : prise de participation, gestion financière, investissements dans d’autres sociétés, etc.

Pour que les propriétaires d’une holding en tirent un revenu personnel, deux voies sont possibles :

  1. Être salarié de la holding : ils perçoivent un salaire soumis aux mêmes charges sociales que tout salarié, voire davantage, car s’ajoute une taxe spécifique sur les salaires (environ 10 %) puisque les dividendes ne sont pas soumis à la TVA.
  2. Se verser des dividendes : la holding, après avoir perçu les dividendes de ses filiales (déjà imposés à l’IS), peut les redistribuer à ses actionnaires. Ces derniers paient alors la flat tax à 30 % (prélèvements sociaux + impôt sur le revenu).

On est donc loin de l’image d’une cassette magique servant à financer la vie privée des actionnaires sans passer par la case impôt.

3. Exemple concret : la famille Dupond

Prenons un cas pratique pour mesurer l’impact fiscal.

La société Transport Dupond génère 1 million d’euros de bénéfices.

  • Elle paie 25 % d’IS, soit 250 000 €.
  • Elle distribue 750 000 € de dividendes à la holding familiale.

La holding décide :

  • De verser 500 000 € de dividendes aux actionnaires. Ceux-ci paient la flat tax de 30 %, soit 150 000 €. Ils perçoivent donc 350 000 € nets.
  • De conserver 250 000 € pour réinvestir.

Au final, sur 1 million de profits, 400 000 € sont partis en impôts (25 % au niveau de la société opérationnelle + 30 % sur une partie des dividendes). Les actionnaires disposent de 350 000 € nets, et 250 000 € restent dans la holding pour être réinvestis.

Lorsque ces 250 000 € produisent des gains (placements, réinvestissements), ces bénéfices sont eux-mêmes soumis à l’IS de 25 %.

Conclusion : le système ne permet pas d’échapper à l’impôt, mais au contraire de le multiplier.

4. Pourquoi l’État a intérêt à encourager les holdings

L’État n’est pas perdant dans ce schéma, bien au contraire. Chaque étape du circuit génère des recettes fiscales :

  • 25 % d’IS sur les bénéfices des sociétés.
  • 30 % sur les dividendes redistribués aux actionnaires.
  • TVA et autres impôts indirects lorsque ces revenus sont dépensés.

Les holdings jouent même un rôle positif dans l’économie :

  • Elles permettent une gestion prudente et long terme des profits faite par des familles qui ont intérêt à ce que leur capital croisse, contrairement à un État qui a souvent tendance à dépenser sans stratégie.
  • Elles constituent une rente fiscale pérenne pour le Trésor public, car chaque euro investi par une holding rapporte à terme de nouveaux impôts sur sociétés (25% sur les revenus du capital).
  • Elles favorisent le renforcement des entreprises françaises, leur transmission et leur internationalisation.

Fiscaliser davantage les holdings pour « vider leur trésorerie » revient donc à tuer la poule aux œufs d’or : cela procure un gain budgétaire immédiat, mais au détriment des recettes futures venant de la fiscalisation à l’IS de cet argent qui génère des revenus . Pire, une pression fiscale excessive peut inciter certains actionnaires à délocaliser leurs structures dans des pays plus attractifs, privant la France de recettes durables.

Conclusion

Les holdings familiales ne sont pas des outils d’évasion fiscale mais des instruments légaux et utiles d’organisation patrimoniale. Elles ne permettent pas de contourner l’impôt : au contraire, elles alimentent à plusieurs niveaux les caisses de l’État.

Assimiler une holding à un coffre-fort personnel servant à financer des dépenses privées est une caricature, voire une fake news. Le vrai rôle des holdings est d’investir, de structurer et de pérenniser les entreprises familiales. Vouloir surtaxer ces structures pour des raisons idéologiques revient à affaiblir la base fiscale à long terme et à fragiliser l’économie française. La démagogie est vraiment la perversion de la démocratie. Aristote écrivait  » La démagogie est née presque toujours de ce qu’on a prétendu rendre absolue et générale une égalité qui n’était réelle qu’à certains égards. Parce que tous sont également libres, ils ont cru qu’ils devaient être égaux d’une manière absolue. 

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