Le 3 novembre 2026, Sébastien Lecornu a annoncé devant l’Assemblée nationale que le plafond du Livret A passera de 22 950 euros à une fourchette comprise entre 25 000 et 30 000 euros à partir de février 2027. Au-delà du simple ajustement technique, le Premier ministre a dévoilé une transformation profonde de l’épargne réglementée française : les fonds collectés ne financeront plus uniquement le logement social, mais aussi six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 et l’adaptation climatique des infrastructures publiques.
Livret A : pourquoi son plafond change ?
Le Livret A représente le placement préféré des Français avec 58 millions de détenteurs, soit 83 à 84 % de la population selon Sébastien Lecornu. Son encours atteignait 442 milliards d’euros fin septembre 2026. Produit d’épargne réglementée, il offre une rémunération définie par l’État, une disponibilité immédiate des fonds et une exonération fiscale totale. Contrairement aux placements bancaires classiques, les sommes déposées sur les Livrets A et les Livrets de développement durable et solidaire (LDDS) sont centralisées par la Caisse des dépôts et consignations, qui les prête ensuite à des taux préférentiels pour financer des projets d’intérêt général.
Historiquement, le Livret A finance principalement le logement social via la Banque des Territoires. Les bailleurs sociaux bénéficient ainsi de prêts bonifiés pour construire et rénover les HLM. Depuis 2025, l’exécutif a progressivement élargi le périmètre d’utilisation de ces fonds vers de nouveaux objectifs stratégiques.
De 22 950 à 30 000 euros : une augmentation historique
Le plafond actuel de 22 950 euros n’a connu que de rares ajustements depuis sa création. L’annonce de Sébastien Lecornu marque donc une rupture notable. « Il y a encore une dernière concertation, un travail à faire avec la place bancaire, avec Bercy et avec la Caisse des dépôts pour une fourchette entre 25 et 30 000 euros », a précisé le Premier ministre. Roland Lescure, ministre de l’Économie, déterminera le montant exact dans les prochaines semaines après consultation des acteurs financiers.
L’augmentation interviendra simultanément avec une revalorisation du taux de rémunération en février 2027. Pour les épargnants disposant déjà d’un Livret A plafonné, l’espace supplémentaire permettra de verser entre 2 050 et 7 050 euros additionnels. Pour un ménage moyen, cela représente une capacité d’épargne défiscalisée accrue de 30 % environ.
L’épargne réglementée au service de l’État
Le mécanisme de l’épargne réglementée repose sur un circuit fermé. Les Français déposent leur argent dans les banques commerciales, qui transfèrent automatiquement 60 % des encours vers la Caisse des dépôts. Celle-ci joue le rôle d’investisseur institutionnel public en accordant des prêts à long terme et à taux bonifiés. Traditionnellement, ces prêts financent les offices HLM et les programmes de rénovation urbaine.
Depuis le budget 2027, le gouvernement modifie cette allocation. Désormais, jusqu’à 60 milliards d’euros d’épargne réglementée pourront financer 60 % du coût de la construction de six réacteurs nucléaires EPR2. EDF bénéficiera ainsi de prêts à des conditions avantageuses, réduisant le coût du capital pour un programme estimé à 100 milliards d’euros au total.
Du logement social au nucléaire : le tournant de 2027
« Historiquement, il permettait de financer le logement social. Vous le savez, on a souhaité avancer sur la mobilisation de ces fonds pour le nouveau nucléaire et nous allons aller plus loin, notamment pour financer le plan et le programme d’adaptation au changement climatique, du bâtimentaire public, des infrastructures », a déclaré Sébastien Lecornu devant les députés.
La Banque des Territoires a publié un communiqué le 12 mars affirmant que « cet engagement ne contraindra pas la capacité du secteur HLM à bénéficier des prêts concessifs distribués par la Banque des Territoires ». Pourtant, 145 signataires (élus de gauche, associations, syndicats, Greenpeace) ont publié une tribune le 2 novembre demandant l’abandon du dispositif. Ils craignent une raréfaction des ressources pour les 2,9 millions de ménages en attente de logement social. L’exécutif assume néanmoins ce virage stratégique. Les fonds du Livret A financeront aussi l’adaptation climatique des lycées, collèges, réseaux électriques et d’eau, autant de chantiers nécessaires face aux épisodes de canicule et aux sécheresses récurrentes.






