Bien isoler son logement est souvent perçu comme un moyen de rester au frais durant l’été. Pourtant, 69% des Français ont souffert de la chaleur dans leur habitat durant l’été 2026. Ce paradoxe révèle que les logements rénovés selon les normes du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) peuvent rapidement devenir inconfortables dès que la température extérieure augmente. Environ un tiers des biens classés A ou B se transforment ainsi en véritables « bouilloires », montrant les limites d’un système centré sur le confort hivernal.
Le DPE et la double facette de l’isolation thermique
L’isolation thermique fonctionne en ralentissant les échanges de chaleur entre l’intérieur et l’extérieur d’un bâtiment. En hiver, elle empêche la perte de chaleur produite par le chauffage. Cependant, en été, elle retient aussi la chaleur accumulée à l’intérieur. Philippe B., propriétaire d’une maison classée DPE C, explique dans l’Opinion que l’isolation, en l’absence de ventilation adéquate, transforme les logements en pièges thermiques. Corinne Jolly, PDG de PAP.fr, souligne que l’isolation, sans protections solaires ni inertie thermique, devient contre-productive lors des canicules.
L’Alliance des industriels du bâtiment a observé qu’un tiers des logements classés A ou B au DPE accumulent la chaleur au point d’atteindre des températures intérieures supérieures à 33°C en été. Des propriétaires rapportent des situations extrêmes après avoir investi dans des rénovations coûteuses pour obtenir une bonne note énergétique.
Les limites du DPE : une évaluation centrée sur l’hiver
Le DPE, obligatoire depuis 2006, évalue principalement la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, se concentrant sur les besoins de chauffage qui représentent jusqu’à 70% de la consommation énergétique d’un logement français. Cette approche favorise l’isolation sans considérer l’impact estival. De plus, le DPE impose des restrictions sur la location des « passoires énergétiques » (classes F et G), ce qui pousse les propriétaires à adopter des solutions standardisées, souvent inadaptées aux climats régionaux.
Depuis 2021, un « indicateur de confort d’été » est inclus dans le DPE, mais il n’influence pas la note finale. Ainsi, un logement peut être classé A ou B tout en étant inconfortable l’été. Une étude Jinka x YouGov d’octobre 2026 souligne que 64% des Français croient à tort qu’une bonne note DPE garantit le confort estival.
L’écart entre perception et réalité
Marc Lebel, CEO de Jinka, souligne la confusion autour du DPE, souvent perçu comme garantissant un confort estival. Les campagnes gouvernementales ont renforcé cette idée sans préciser que le confort évalué concerne principalement l’hiver. Les inégalités sociales accentuent le problème : 55% des locataires se plaignent de la chaleur l’été, contre 27% des propriétaires sans crédit. Les tensions sur le marché locatif limitent les choix, forçant certains à vivre dans des logements inconfortables.
L’étude Sofinco de septembre 2026 montre que 69% des Français ont souffert de la chaleur dans leur logement cet été, et 54% estiment que leur habitat n’offrait pas une protection suffisante contre les températures extérieures. Une enquête Ipsos BVA pour Velux indique que 81% des Français considèrent désormais la température intérieure en été aussi importante qu’en hiver. Sandrine Maguin, présidente de Velux France, note que le confort estival devient un critère d’achat prioritaire, dépassant même l’importance du DPE (58%).
Repenser le DPE pour intégrer le confort estival
Devant ces constats, 91% des Français souhaitent que le DPE prenne en compte le confort estival. Des propositions émergent, telles que l’intégration de l’indicateur d’été dans la note finale, l’imposition de solutions de ventilation et de protection solaire, et l’adaptation des critères aux zones climatiques. Bruno Retailleau propose même d’abroger le DPE comme critère d’exclusion locative. Cependant, la question demeure : comment concevoir un outil qui mesure à la fois la performance hivernale et le confort estival sans compliquer les diagnostics ?
Les professionnels du bâtiment plaident pour une approche bioclimatique globale intégrant orientation, ventilation, inertie et protections solaires dès la conception. Le changement climatique exige une réévaluation des critères d’habitabilité : un logement performant doit protéger autant des -10°C de février que des 40°C d’août. Tant que le DPE n’intègre pas cette réalité, il continuera de promouvoir des logements qui, bien que performants sur le papier, deviennent des pièges thermiques en été. Les frustrations alimentées par ce décalage entre normes et besoins réels sont comparables à celles observées dans d’autres domaines, comme la fiscalité de l’épargne.



