Battus dans les urnes, désavoués par le pays, Emmanuel Macron et son entourage refusent d’admettre la fin d’un cycle. Le président continue de gouverner comme s’il détenait encore une majorité, alors qu’il n’a plus ni légitimité politique, ni assise parlementaire, ni projet collectif. Enfermé dans un pouvoir devenu pure gestion, il maintient l’illusion d’un commandement qui n’existe plus. La France, elle, attend un État qui gouverne, pas un chef qui persiste à régner.
I. Le pouvoir sans majorité
Il y a des défaites qui imposent le silence. D’autres qui obligent à réfléchir. Emmanuel Macron, lui, n’a choisi ni l’une ni l’autre. Battu aux européennes, désavoué aux législatives, il persiste à se comporter comme si rien n’avait changé. Comme si la déflagration démocratique n’avait pas eu lieu. Comme si, par la seule force de sa volonté, il pouvait maintenir une illusion de pouvoir.
Mais la réalité est brutale : il n’a plus de majorité, plus de coalition viable, plus de relais dans le pays. Ce qui faisait la force du macronisme, la promesse du dépassement, la maîtrise du centre, la verticalité jupitérienne, s’est effondré. Ne demeure qu’un pouvoir nu, sans horizon, replié sur lui-même.
Depuis 2017, Emmanuel Macron gouverne comme un directeur général : centralisation, verticalité, cercle restreint, technocratie triomphante. Ce mode de gouvernement, déjà contesté pendant la crise des Gilets jaunes, s’est mué en impasse dès lors que la majorité parlementaire a disparu. Privé de relais, le président tente de compenser par le contrôle absolu de ses ministres. Mais l’effet inverse se produit : chaque remaniement souligne un peu plus son isolement.
La nomination de Sébastien Lecornu à Matignon illustre cette fin de cycle. Habile, loyal, mais sans autonomie politique, Lecornu n’a qu’un mandat de survie. Le choix de Bruno Le Maire à la Défense, imposé par le président contre toute logique politique, achève de démontrer la déconnexion de l’Élysée. Cette déconnexion aboutit à tuer dans l’œuf la nomination d’un nouveau gouvernement.
II. Le pouvoir sans projet
Le macronisme devait dépasser les clivages. Il a fini par les dissoudre. La gauche qui l’avait soutenu s’est réfugiée dans l’opposition morale. La droite qu’il avait séduite s’est lassée d’être instrumentalisée. Le centre est devenu un champ de ruines idéologiques. Il ne reste qu’un espace vide : celui d’un pouvoir sans doctrine, qui administre faute de gouverner.
La Vᵉ République reposait sur une idée : le président incarne la nation parce qu’il la protège et la projette. Macron, lui, s’est réduit au rôle d’arbitre gestionnaire. Il parle, il commente, il annonce, mais il ne décide plus. Le « en même temps » souligne une pensée vide de sens et sans aucun projet politique de long terme.
La réforme de l’État ? Reportée.
La maîtrise de la dette ? Repoussée.
La relance industrielle ? Dissoute dans les plans de communication.
Ce n’est plus un projet politique, c’est un exercice d’attente. La technocratie a remplacé la conviction. La communication s’est substituée à la vision. Le pouvoir s’est fait réflexe : maintenir les apparences pour ne pas reconnaître la vacance.
Pire encore : le président ne voit pas la rupture qui s’opère. Dans ses discours, le pays n’existe plus comme acteur, mais comme problème. Les Français seraient trop pessimistes, trop conservateurs, trop “rétifs à la réforme”. Ce n’est jamais la politique qui échoue, c’est le peuple qui ne comprend pas. Ce renversement est le signe ultime de la déconnexion : quand un pouvoir accuse la société de son propre échec, il entre dans la phase terminale de son autorité.
III. Le pouvoir sans issue
L’impasse actuelle ne tient pas seulement à un homme, mais à un régime. La Ve République, conçue pour un président fort adossé à une majorité stable, devient ingouvernable dès que cette majorité s’effrite. Sans culture du compromis, sans coalition possible, la France s’enlise dans une paralysie institutionnelle. Le chef de l’État gouverne par décrets, contourne le Parlement, s’abrite derrière les symboles, mais le réel, lui, ne suit plus. Et le réel finit toujours par rattraper ceux qui l’ignorent.
Macron aurait pu transformer cette fragilité en chance : ouvrir le jeu, associer les forces vives du pays, redonner sa place au Parlement. Il aurait pu, à défaut d’autorité, incarner la maturité démocratique. Il a choisi l’orgueil de la continuité.
Désormais, trois voies seulement se dessinent : la dissolution, la démission, ou la cohabitation. Cette dernière ne serait pas un échec, mais un retour au réel. Gouverner avec une majorité issue des urnes, c’est restaurer la souveraineté populaire. Refuser cette évidence, c’est s’enfermer dans un pouvoir spectral, hors-sol, coupé du pays.
La droite, aujourd’hui majoritaire dans les territoires comme dans l’opinion, doit assumer cette responsabilité : celle d’incarner à nouveau l’alternance et la stabilité.
Car l’histoire politique française est implacable : les présidents qui refusent d’entendre le peuple finissent balayés par lui. De Gaulle l’avait compris en 1969, Mitterrand lors de la cohabitation, Chirac en 1997. Macron, lui, s’obstine à nier l’évidence. Mais nul volontarisme ne résiste au verdict démocratique.
Le temps du macronisme est clos. Ne demeure qu’un président sans majorité, un pouvoir sans projet et une République sans issue. Une autre voie est absolument nécessaire. Et la seule possible, la plus digne, est de donner la parole au peuple comme l’a fait en son temps le Général De Gaulle.




