Alors que le monde catholique pleure la disparition du pape François, Jean-Baptiste Noé, docteur en Histoire, professeur de géopolitique et rédacteur en chef de la revue Conflits, rappelle que l’histoire de l’Église est aussi celle d’un combat. Non pas de conquête violente, mais d’une lutte spirituelle, culturelle et morale continue.
Le 21 avril 2025, le pape François s’est éteint à l’âge de 88 ans, au Vatican. En douze années de pontificat, Jorge Mario Bergoglio aura imprimé une marque singulière sur l’Église : celle d’une proximité avec les pauvres, d’une diplomatie audacieuse, et d’un engagement pour une Église « en sortie ». Sa disparition ouvre une période d’incertitude, alors que s’ouvre le conclave qui désignera son successeur.
Dans ce contexte troublé, la publication du livre La culture du combat de l’Église catholique de Jean-Baptiste Noé prend un relief particulier. L’historien y rappelle une vérité souvent oubliée : si l’Église a traversé les siècles, c’est parce qu’elle a su développer une véritable culture du combat — pas seulement théologique, mais aussi politique, diplomatique, artistique et intellectuel.
Car si le pape François a prôné la paix et la miséricorde, il n’a cessé, dans ses discours comme dans ses actes, de dénoncer ce qu’il appelait les « idéologies destructrices », les « colonisations culturelles » ou encore les logiques de guerre économique. C’est bien là, note Jean-Baptiste Noé, une forme de combat. À l’image de ses prédécesseurs, François s’inscrivait dans cette tradition de confrontation non violente mais résolue aux forces du monde.
Dans son nouvel ouvrage, Jean-Baptiste Noé rappelle que l’Église a été une des premières institutions à penser un ordre juridique international fondé sur la dignité humaine, bien avant les Nations unies. De la lettre du pape Gélase Ier à l’empereur Anastase (Ve siècle) jusqu’aux prises de position des papes face aux dictatures du XXe siècle, cette tradition de résistance juridique traverse l’histoire catholique. François l’a incarnée à sa manière : en plaidant pour les migrants face aux murs, pour la liberté religieuse face à la persécution, et pour l’écologie intégrale face au productivisme aveugle.
La « culture du combat », telle que décrite par Jean-Baptiste Noé, n’est donc pas l’appel aux armes, mais un engagement global pour la vérité, la justice et la paix. C’est une lutte intérieure et collective, où l’arme est autant la prière que la parole ou la diplomatie. L’Église, écrit-il, « combat pour l’existence, pour la paix et pour les âmes ». Et c’est peut-être là que réside son étonnante résilience.
Alors que le trône de saint Pierre est vacant, que les regards se tournent vers Rome, ce livre invite à prendre de la hauteur. Il rappelle que l’Église ne s’effondre pas avec un pape. Elle poursuit un combat millénaire, enraciné dans la foi, porté par des hommes et des femmes souvent discrets, mais toujours déterminés à tenir bon « le jour du malheur », selon les mots de saint Paul. La mort du pape François marque la fin d’un chapitre. Mais le combat, lui, continue.



