Naissances : les chiffres de la mortalité périnatale révèlent de fortes inégalités

La mortalité périnatale continue de progresser en France, selon les dernières données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. La hausse met en lumière des fragilités persistantes dans le suivi des grossesses, avec des écarts marqués selon les territoires, l’âge maternel et les conditions sociales.

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Les naissances restent marquées par une hausse préoccupante de la mortalité périnatale. | journaldeleconomie.fr

La mortalité périnatale désigne les enfants nés sans vie et ceux nés vivants mais décédés au cours des sept premiers jours. En 2024, cet indicateur atteint 11,2 pour 1.000 naissances totales en France, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), qui relève 7.398 décès périnataux pour 661.822 naissances.

Mortalité périnatale : le suivi des grossesses au cœur du signal sanitaire

La mortalité périnatale n’est pas seulement un indicateur hospitalier. Elle se situe à la jonction de plusieurs sujets : dépistage prénatal, accès aux consultations, prise en charge des grossesses à risque, organisation des maternités, santé maternelle et inégalités sociales. La Drees constate que le taux progresse depuis 2021, avec une accélération en 2024, après plusieurs années de fluctuation autour de 10,5 pour 1.000 naissances entre 2014 et 2021.

Dans son étude publiée le 7 juillet 2026, la Drees affirme que « La mortalité périnatale concerne un peu plus d’une naissance sur 100 ». Cette moyenne nationale masque toutefois des situations très différentes selon le profil médical de la grossesse et le lieu de résidence.

Le phénomène est d’abord tiré par les enfants nés sans vie. En 2024, la mortinatalité représente 82% de la mortalité périnatale, avec un taux de 9,2 pour 1.000 naissances totales. La mortalité néonatale précoce, qui concerne les enfants nés vivants puis décédés dans leur première semaine, atteint de son côté 2,0 pour 1.000 naissances totales.

Prématurité et naissances multiples concentrent les risques

Le principal facteur de risque reste l’âge gestationnel. D’après la Drees, 84% des morts périnatales surviennent après un accouchement prématuré, c’est-à-dire avant 37 semaines d’aménorrhée. Le taux atteint 125,7 pour 1.000 naissances prématurées, contre 2,0 pour 1.000 pour les naissances à terme.

Les grossesses multiples accentuent aussi fortement le risque. La mortalité périnatale atteint 36,7 pour 1.000 naissances multiples, contre 9,7 pour 1.000 naissances uniques. La Drees chiffre ainsi un risque 3,8 fois plus élevé pour les jumeaux, triplés ou grossesses de rang supérieur.

L’âge de la mère intervient également. Le taux de mortalité périnatale s’élève à 18,1 pour 1.000 lorsque la mère a moins de 20 ans et à 17,6 pour 1.000 lorsqu’elle a 40 ans ou plus. Il est nettement plus bas, à 9,9 pour 1.000, pour les femmes âgées de 30 à 34 ans. La Drees associe ces écarts à des facteurs différents : davantage de complications et de pathologies préexistantes chez les mères plus âgées, et un suivi parfois plus fragile ou des conditions sociales moins favorables chez les plus jeunes.

Inégalités sociales : un indicateur qui dépasse le seul champ médical

La géographie sociale apparaît clairement dans les données. Dans les communes regroupant le cinquième de la population la plus défavorisée, le taux de mortalité périnatale atteint 12,0 pour 1.000. Il tombe à 9,5 pour 1.000 dans les communes où résident les populations les moins défavorisées.

Cette différence confirme que le suivi de grossesse ne dépend pas uniquement de l’offre médicale disponible. La précarité peut peser sur la régularité des consultations, le repérage des complications, l’accès aux examens, les conditions de logement ou encore la possibilité de se déplacer vers une maternité adaptée. La Drees souligne d’ailleurs que les facteurs de risque identifiés n’expliquent qu’une partie de la hausse observée depuis 2014.

Le rapport de Santé publique France sur la période 2010-2019 allait déjà dans ce sens. L’agence y décrivait des indicateurs périnataux contrastés, notamment dans les départements et régions d’outre-mer, avec des taux de mortalité périnatale autour de 17 pour 1.000 naissances dans les DROM entre 2012 et 2019, contre environ 10 pour 1.000 en France entière.

Outre-mer : des écarts territoriaux persistants

La carte des naissances montre des écarts particulièrement importants. En 2024, le taux de mortalité périnatale varie de 9,3 pour 1.000 en Auvergne-Rhône-Alpes à 21,0 pour 1.000 en Guadeloupe. Selon la Drees, les départements et régions d’outre-mer affichent en moyenne un taux supérieur de 60% à celui de la France métropolitaine.

Santé publique France évoquait déjà, dans son bilan 2010-2019, « Une situation dégradée, mais hétérogène, dans les DROM ». L’agence signalait notamment des taux élevés de mortalité néonatale dans ces territoires, tout en appelant à interpréter certaines évolutions avec prudence en raison de faibles effectifs et de fluctuations annuelles.

Ces écarts territoriaux posent une question d’organisation sanitaire. La disponibilité des maternités, la gradation des soins, le repérage des grossesses à risque, les délais de prise en charge et les difficultés sociales locales peuvent se combiner. L’enjeu n’est donc pas seulement de constater un différentiel régional, mais de comprendre pourquoi certains territoires concentrent durablement les risques.

La mortalité infantile confirme un signal plus large

La hausse de la mortalité périnatale intervient dans un contexte plus large de dégradation des indicateurs autour de la naissance. En avril 2025, l’Insee indiquait que 2.700 enfants de moins d’un an étaient décédés en France en 2024, soit 4,1 décès pour 1.000 enfants nés vivants. Depuis 2011, ce taux est passé de 3,5 à 4,1 pour 1.000.

L’Insee résumait ce niveau par une formule simple : « un enfant sur 250 meurt avant son premier anniversaire ». L’institut précisait aussi que la hausse depuis 2011 s’expliquait uniquement par l’augmentation de la mortalité entre 1 et 27 jours de vie, passée de 1,5 à 2,0 pour 1.000, alors que les décès le jour de la naissance et ceux survenant après 28 jours restaient quasiment stables.

La comparaison européenne ajoute un élément de préoccupation. D’après l’Insee, le taux français de mortalité infantile est supérieur à la moyenne de l’Union européenne depuis 2015. En 2023, il atteignait 4,0 pour 1.000 en France, contre 3,3 pour 1.000 dans l’Union européenne.

Données périnatales : la nécessité d’un suivi plus fin

Les données publiées par la Drees reposent sur les informations hospitalières, utilisées depuis 2014 pour maintenir une cohérence de mesure après les changements intervenus dans l’enregistrement à l’état civil. Ce choix méthodologique permet de suivre la mortinatalité et la mortalité néonatale précoce dans le temps, mais il rappelle aussi l’importance d’outils statistiques solides pour documenter les causes et les écarts.

L’enjeu dépasse la seule publication d’un taux annuel. Les profils les plus exposés sont désormais mieux identifiés : prématurité, grossesses multiples, mères très jeunes ou plus âgées, communes défavorisées et territoires ultramarins. Reste à transformer cette cartographie du risque en décisions concrètes sur le suivi prénatal, l’accès aux soins spécialisés et la continuité de prise en charge avant, pendant et après la naissance.

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